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WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

CHRONIQUES MARS [CD/DVD/BD/BOUQUINS…]

CHRONIQUES MARS [CD/DVD/BD/BOUQUINS…)

Mars est le mois préféré de tout Brazilien qui se respecte ou plutôt qui ne veut pas perdre sa place en or et son absence de salaire. Car oui, mars est le mois d’anniversaire de notre Goofissime à nous qu’on a. En plus, cette année, il publie lui-même un bouquin en mars. On ne vous dit pas l’orgie à base de chouquettes qui se prépare, vous ne nous croiriez pas !!… Bref, notre sélection de trucs, de muches et même de trucmuches, mise à jour quasi-quotidiennement, c’est par là que ça se passe…

 

Assassination ClassroomBienvenue dans l’anime le plus secoué de la pulpe (et même du poulpe) du moment ! Assassination Classroom, puisqu’il s’agit du nom de la bestiole en question, est à l’origine un manga scénarisé et dessiné par Yūsei Matsui (« Neuro, le mange-mystères »…). En 2014, il était même le dixième manga le plus vendu au Japon, ce qui n’est pas rien. Il a ensuite été fort logiquement adapté en anime, pour le plus grand bonheur des fans qui faisaient tous des petits bonds de joie, même que c’était très joli et amusant à voir. Un premier OAV a même été diffusé au cours du « Jump Super Anime Tour 2013″, en guise d’apéritif, parce qu’on ne se refuse rien quand dans le manga tout est bon —ce qui est le cas ici, puisqu’on vous le dit, faudrait voir à suivre les petits amis.
Ceci dit, l’anime produit par le studio Lerche, avec pour scénariste Makoto Uezu et pour réalisateur Seiji Kishi, nous offre un point de vue légèrement différent, pour ne pas dire mollement déviant, du manga originel. En gros, ça raconte ça : après avoir détruit en partie la lune, le dénommé M.Koro, un être mystérieux plein de tentacules et doté d’une tête de smiley fourbe qui change de couleur en fonction de ses humeurs, prévoit de détruire la Terre, genre dans quelques mois, bam ; après quoi, bizarrement, re-bam, il décide de devenir professeur de la classe regroupant tous les cancres, rejets et marginaux d’un lycée pourtant prestigieux top moumoute.
Le gouvernement, toujours joueur, accepte la demande curieuse de M.Koro et décide de laisser la classe s’occuper de son assassinat avec pour récompense 10 milliards de yen (environ 8 millions d’euros, ça en impose moins que des milliards mais c’est déjà pas mal) pour qui le tuera. Et le nouveau « professeur » d’enseigner à la classe le programme classique, mais aussi tout des techniques susceptibles de… le tuer. Il est même toujours là pour les encourager à innover et à être imaginatifs dans les techniques d’assassinat utilisées pour le détruire (des grenades au poison, en passant par le coup de couteau basique mais efficace —mais pas que !). Peut-être d’ailleurs cet anime vous encouragera-t-il aussi à faire preuve d’imagination dans vos prochaines tentatives de meurtres ?! Mais attention, tuer c’est mal, hein. KL

Assassination classroom (édition collector, Blu-ray + 2 DVD + goodies, Kana, disponible)


 

Hagar DunorSi vous l’avez lu, tout petiot, vous vous souvenez forcément d’Hägar Dünor, viking à la peau dure mais au cœur guimauve, et pas que pour le jeu de mots de troisième division de son patronyme !… Il faut dire qu’au milieu des années 70, il était bien difficile d’y échapper, tant le succès de Hägar the Horrible (son sobriquet originel) est foudroyant et gangréneux !… En effet, débutant en 73, la série connaît une première édition en album dès l’année suivante, mais, surtout, va s’étendre immédiatement dans les pages de plus de 200 revues ou quotidiens (aujourd’hui, le nombre de titres ayant diffusé ces strips dépasse le millier !!)… Une paille. En France, c’est Le Journal de Mickey qui l’accueille, dès 1973, et pour quatorze années consécutives. Pas mal aussi.

Au total, ce sont plus de 240 millions de personnes qui se bidonneront des aventures pas comme les autres d’un viking aux occupations certes tout à fait banales —pour un viking— (en gros, dézinguer du château british et organiser des orgies festives jusqu’à pas d’heure), mais préoccupé également par des éléments de stress autrement plus modernes, au nombre desquels il faut compter, bien entendu, sur un inspecteur des impôts un poil tatillon, entre autres anachronismes rigolards. Autre vecteur du succès de la série, le dessin tout en bonhommie (et casques ornés d’ailes ou de cornes, dont sont affublés tous les membres de la famille, y compris les animaux !) de Dik Browne, titulaire d’un certain nombre de prix et récompenses catégorie bonne marrade, et à qui l’on devait aussi la série Hi and Lois (Hippolyte et Clémentine, en gaulois —la série ne sera reprise que dans des titres de la PQR comme « L’Aurore »). Aujourd’hui, ce sont ces deux fils qui ont repris les deux séries en question, toujours en cours de publication, même si le niveau a nettement chuté au moment de ce passage de relais. DW

Hägar Dünor tome 1, 1973-1974 (Urban Comics, collection Urban Strips, 232 pages, 28 EUR)


 

61yNLWGmavL._SL1236_En novembre-décembre, j’étais bien occupé par la campagne de financement pour la post-production de mon premier long-métrage Uchronia (comment ça ? Vous n’êtes pas au courant ? Ahah… No worries, on va bientôt vous rappeler tout ça, et même plutôt deux fois qu’une !) et son accompagnement en festivals… Du coup, non seulement votre magazine-sur-écran a été quasi déserté (par nos équipes, en tout cas), mais en plus est-on passé à côté de plusieurs belles choses, même qu’il est judicieux de réparer ces manques pas plus tard que maintenant tout de suite. Dont acte ici pour la très très belle sortie de Body Double en coffret de la mort qui tue des ours —et aussi en éditions blu-ray ou DVD « normales ».

Déjà, saluons le courage sans cesse renouvelé de Carlotta, un éditeur qui plonge les mains dans le cambouis et met les petits plats dans les grands tout en se pliant en quatre, et ce, sans même prendre des cours de yoga ou débuter sa journée par des étirements ! Dingue !… C’est ainsi donc qu’a démarré fin d’année dernière une nouvelle collection, dite « ultra collector », limitée et numérotée à 3000 exemplaires uniquement. Et Body Double donc de démarrer ladite collection dans une édition absolument magnifique, que ce soit son visuel inédit, son master restauré 4K superbe ou son bouquin passionnant et contenant pas moins de cinquante clichés jamais montrés jusqu’alors. Pour le reste, si vous n’avez jamais vu le film, je ne dirais qu’une chose : c’est un condensé du meilleur du De Palma des 80’s et l’on atteint même là le niveau d’un Pulsions, voire un petit cran au-dessus, c’est dire. Bref, on appelle ça un chef-d’œuvre et si, comme nous, vous étiez trop occupé pour vous procurer la chose avant les fêtes de fin d’année, nous ne saurions que trop vous conseiller de vous en charger là, tout de suite, avant même de finir de lire ces lignes, allez, hop hop hop, c’est parti !… Vous ne trouverez sans doute plus l’édition ultra-collector à un prix décent, mais l’édition blu-ray vous en mettra aussi plein les mirettes ou, à défaut, l’édition DVD.

61hpvdDBCyL._SL1000_Par contre, le second film à subir ce magnifique traitement, il sort ces jours-ci et vous pourrez donc en dénicher la version coffret ultra-collector sans aucun problème (en plus, il est nettement moins cher, car avec un DVD de moins). Il s’agit de L’Année du Dragon de Cimino, film que d’aucuns ont eu tendance à sous-estimer tant la filmographie du cinéaste regorge d’incontournables (Voyage au bout de l’Enfer, La porte du Paradis, Le Canardeur). Hérésie, les petits amis, et cette belle édition remasterisée est là pour le prouver —et toc. Et cette plongée au cœur de Chinatown, de ses petites combines et de ses grossses ficelles mafieuses, vaut vraiment le détour. Surtout que Rourke n’a que très rarement été aussi juste (sauf sur les quelques scènes plus ou moins romantiques où il peut carrément friser le ridicule !) et qu’on (re)découvre la rare Ariane Koizumi, modèle germano-japonais qui faisait ses débuts au cinéma et qu’on ne reverra quasiment plus, à part notamment dans King of New York de Ferrara, son autre « grand » rôle. Petit bémol par rapport à Body Double, le livre du coffret présente un intérêt nettement moindre (il reprend essentiellement le scénario du film, mais comporte aussi de très intéressants entretiens), malgré une iconographie ad hoc.

Carlotta profite de cette belle sortie (l’édition DVD existante était juste affreuse !) pour sortir également —dans une très belle remasterisation haute définition, rien à redire de ce côté-là— le remake de La maison des otages filmé par le réalisateur au tout début des années 90, toujours avec Mickey Rourke mais dans une bien moindre forme que dans L’année du Dragon. Rourke n’est pas que l’unique frein de ce film, qui manque singulièrement de dynamisme et ne supporte en aucune manière la comparaison avec l’original de Wyler (avec Bogart et Fredric March, excusez du peu !). Dommage car les intentions de ce polar déguisé en western paraissaient on ne peut plus louable… CG

Body Double (Carlotta, coffret ultra-collector blu-ray + 2DVD + livre, DVD ou blu-ray, disponibles), L’année du dragon (Carlotta, coffret ultra-collector blu-ray + DVD + livre, DVD ou blu-ray, sortie le 9 mars) et Desperate Hours (Carlotta, blu-ray ou DVD, sortie le 9 mars)


 

Jesus VoltQu’il est agréable de voir se prolonger la belle histoire d’un groupe défendu en nos pages, dès ses débuts, et auquel nous sommes toujours restés fidèles. Et surtout de voir que les nouveaux chapitres de cette histoire sont tout aussi intéressants et a fortiori tout autant addictifs, que les précédents. Et ce, même si, dans le cas de Jesus Volt, le groupe a basculé un peu, de ses fulgurances originelles, vers un rock plus carré, plus dense, et paradoxalement plus monolithique et plus aérien à la fois (plus australien, d’une certaine manière, et l’on peut y voir sans doute là la patte du producteur Mark Opitz —Cold Chisel, AC/DC, INXS…—, présent depuis le précédent album Vaya Con Dildo, et aujourd’hui quasiment cinquième membre du groupe, dans le façonnage du son Jesus Volt), mais au final aussi nuancé que charpenté.

Il suffit, à l’écoute du magma sonore en présence, d’isoler dans un coin de son cerveau, à l’écoute, les instruments, pour se rendre compte du boulot accompli par chacun de nos quatre outlaws. Et pas qu’au niveau des guitares de Jacques Mehard-Baudot, il est vrai assez étourdissantes par moments. Même l’atomique Lord Tracy semble de prime abord plus posé, au chant, une autre fausse impression car le groupe ne s’est aucunement assagi, il a juste progressé comme bon lui semblait et cette progression est passée par une meilleure maîtrise de son art et peut-être aussi par des sources d’inspiration un tout petit peu plus « black » (mais moins « dark »), parfois. Au final, ce nouvel album sans titre, comme pour bien montrer qu’il représente la parfaite carte de visite sonique de ce qu’est le groupe en 2016, est une bien belle démonstration de force de Jesus Volt qui, depuis toujours, a su exploser les ornières du rock à papa, et lui botter gentiment le cul pour en recracher une version bien ancrée dans son époque aussi péchue qu’attachante. Chapeau, les gars, and keep on the good work, on vous suit (et on sera au Trabendo, le 17 mars, d’ailleurs, hop) !… SL

Jesus Volt, « Jesus Volt » (Wagram, CD, disponible)


 

Widespread  Panic_Street DogsSorti il y a quelques mois dans une indifférence qui frôlait l’indécence, voici un superbe album de ce groupe « big star » aux États-Unis, mais totalement inconnu par chez nous (same old story !). Il faut dire que les jam bands n’ont jamais beaucoup suscité l’émoi des jeunes adolescentes dans notre cher pays. Aujourd’hui, seul Gov’t Mule (dans une certaine mesure) arrive à faire battre l’œil de nos oreilles endormies. Pourtant Widespread Panic est un groupe de trente ans d’âge et qui continue de se bonifier avec les années. Preuve en est avec le superbe (puis-je par outrecuidance oser le terme étonnant ?) Street Dogs, qui n’en finit pas de me faire jammer au volant de ma visa gordini.

Il faut dire que le groupe d’Athens (en Géorgie, mon cher Georges) s’il ne fait même pas hausser le sourcil d’Emmanuel (je parlais de Chain, pas celui de feu Sylvia Kristel) par chez nous, est un véritable poids lourd aux States. Des garçons qui font déplacer les foules à chacune de leurs tournées. Street Dogs est le quatorzième album studio (un must, si j’osais la répétition) et il existe aussi une dizaine de disques live qui durent chacun une quinzaine d’heures (sans compter les rappels) qui vous raviront les esgourdes.

Si vous aimez le rock ricain, les solos interminables et festifs, le chant rauque et juste de John Bell sonnera le glas de votre bonheur. Saupoudrez le tout avec le magnifique Dave Schools à la basse. Ah non, je ne veux pas entendre un « Qui ? ». Le bonhomme a un CV long comme deux bras, on peut noter à son actif de nombreux projets comme The Syndrome Stockholm (avec Eric McFadden), Hard Working Americans (avec Neal Casal) et une multitude d’enregistrements avec les plus grands du rock US. Pour les solos, vous rajoutez une dose de Jimmy Herring (encore un hyper pro-actif présent sur des dizaines de projets bien rock, comparse de Derek Trucks entre autres) et il ne vous reste plus qu’à vous installer tranquillement sur votre vieux fauteuil en cuir élimé, pour vous délecter de ce superbe opus. Introduit par un « Sell Sell » de feu, magnifié par un « Jamais vu (the world has changed) », sanctifié par un « Honky Red»  étonnant, il me semble que les Géorgiens ne sont pas loin de leur meilleur album (ou du moins du plus complet d’entre tous) ce qui, en trente ans de carrière, mérite un sérieux coup de Stetson. C’est totalement ricain, complètement jamband, et délicieusement addictif. JST

Widespread Panic, «Street Dogs» (Widespread records, CD, disponible)


 

Tom PoissonLes œuvres ambitieuses ne sont pas légion en France. On a plutôt tendance à nous faire du réchauffé et, pire, à opter pour la pire idée possible (un imposteur qui massacre un répertoire, suivez mon regard ; des albums hommages insupportables de nazeries, etc.). Et puis, parfois, un artiste ferme ses écoutilles pour s’ouvrir au monde (non, ça n’est pas paradoxal !) et se lance dans la confection d’une « œuvre somme », sans pourtant jamais oublier de rester intuitif, les pieds sur terre et un artisan, au sens propre et pur du terme. Ici, il s’agit d’un disque à regarder, d’un spectacle à lire ou d’une nouvelle à écouter, on ne sait plus trop, et peu importe. Il s’agit d’ailleurs d’un peu tout ça et même de plus encore. Arrangements classieux, ambiances cinématiques (forcément), mots faussement insouciants mais réellement touchants, personnages réels qu’on connaît tous, qu’on a croisés un jour, aimés peut-être, détestés aussi, parfois. Tom Poisson gratte là où ça démange, creuse son sillon, regarde, voit et effleure du bout des doigts la complexité des relations humaines, ne se retourne pas et est, donc, force de proposition. Bilingue la proposition, soit à la fois créative et artistique. Hautement subjective, point de vue du conteur oblige, et fantasque (un peu) aussi, comme le sont nos journées, nos quotidiens et nos devenirs. De fait, Heureux comme les cerfs-volants, combinaison trioliste entre un album d’une douzaine de chansons, un spectacle en sons et images et une courte —mais parfaitement complémentaire— nouvelle d’une grosse trentaine de pages, est un bel objet et un chouette cadeau, que Tom Poisson nous fait, et que chacun peut se faire à lui-même. À soutenir, minimum !… JPL

Tom Poisson, « Heureux comme des cerfs-volants » (CD+digibook 40 pages, LQCG/L’Autre Distribution, disponible)


 

SpectreIntéressant de voir comment, en deux films seulement, Sam Mendes a réussi à s’accaparer du personnage et de l’univers de James Bond, à les diriger dans une direction non pas unilatérale mais pluri-complexe et, de fait, à les transformer pour toujours, au point sans doute d’annoncer même la mort de 007, en tout cas de Daniel Craig dans le rôle, même si les deux vont dans un premier temps re-rempiler pour un 25ème Bond, l’an prochain. Intéressant et même surprenant processus créatif de métamorphose donc, mais ô combien nécessaire, tant l’après-Sean Connery avait été mal géré/digéré par les réalisateurs et acteurs successivement voués à la tâche, qui avaient tous redoublé d’immobilisme en concentrant le fruit de leur travail sur l’action pure et l’action seule, une cavalcade éperdue après la course-poursuite la plus ceci, l’explosion la plus cela, et la pétarade la plus pétaradante, qui a dénaturé complètement la nature des bouquins d’Ian Fleming. Être à la pointe de la mode, c’est bien, mais c’est aussi la meilleure façon de devenir démodé dès le changement de mode suivant et c’est ce qui est arrivé à quasiment tous les Bond période Roger Moore/Timothy Dalton (la pire période ?)/Pierce Brosnan, quasiment tous inregardables aujourd’hui.

Car ce qui prédomine dans Spectre, tout comme dans son prédécesseur Skyfall, c’est un travail de mise en scène entre funambulisme, classicisme, réalisme teinté de noirceur et même une pointe de cynisme bon teint bon œil. Presque une mise en abyme de notre inconscient collectif jamesbondien, d’une certaine manière. Oui, ce James Bond-là est bien ancré dans son époque, et il va mal. Mais ce mal-être vient nourrir le personnage, lui donner du caractère, de l’épaisseur, du corps et même du cœur, le rendant presque aussi magnétique que Sean Connery, mais dans un contexte et avec un rendu tout à fait différents, pour ne pas dire opposés. D’ailleurs, le 007 façon Mendes s’engouffre lui aussi dans une dichotomie assez prononcée, de laquelle il est difficile de savoir si ce sont les scènes d’action qui prédominent —et doivent prédominer !— ou au contraire les moments plus bavards ou plus introspectifs. Ce qui est certain, pour en revenir à Spectre, c’est que la séquence d’ouverture est une des plus réussies depuis très très longtemps. Un autre point positif d’un film majoritairement bien torché. SL

Spectre (FPE, blu-ray, DVD ou steelbook combo blu-ray + DVD, disponibles 11 mars)


 

MendelsonMendelson ou le geindre idéal ?… Le label nancéien Ici d’Ailleurs réédite L’avenir est devant & Quelque part, les deux premiers albums de Mendelson. L’occasion d’évoquer la naissance d’une œuvre crue, vicieusement timide, qui perce à jour l’ironie de nos sorts.

L’avenir est devant est signé en 97 chez Lithium. À la première écoute, l’injustice rôde. On ne sait qui, des murmures acoustiques ou du « parlé-chanté » stupéfait de Pascal Bouaziz, est le plus mal à l’aise. On se demande de quoi se plaignent ces textes singuliers et on enverrait bien chier cet opus pleurnicheur et sans avenir. Objection avancent ceux qui ont affronté ces six cordes sensibles et ce « chant » déchiré, laissant filer cette année-là le progrès avec OK Computer. Le réel obscène ici brossé, ils se le sont pris en pleine gueule. Cette lucidité suffocante, nauséabonde, rarement luronne, tout au moins caustique et dérisoire, ceux-là ont mis le nez dedans. Profondément. Les débuts de Mendelson les ont entamés, leur répit sera de trois ans.

L’an 2000, l’avenir. Celui que Mendelson disait devant est désormais Quelque part. Les choses ne s’arrangent pas. Giclées de guitares stridentes, relents de free jazz distendus viennent désormais lacérer les constats effrayés de Bouaziz. Produit par Noël Akchoté, l’album déploie plus de moyens pour se rapprocher de nos malaises. Toujours rien qui aille dans le sens du poil de nos vies. Toujours ce respect profond, important, imposant, pour le calvaire de nos biographies. Une fois de plus, ceux qui restent saluent Mendelson pour avoir sorti le vide de l’ombre. Les mêmes remercient Bouaziz de porter ces plaintes magnifiques à bout de bras. Pour ma part, je vais me mettre un Bonnie Prince pour me redonner la pêche. TB

Mendelson, rééditions « L’Avenir est Devant » & « Quelque Part » (Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution, disponibles)


 

Stop IIUne petite dosette de country-punk-blues en direct de cette bonne ville bien rock’n roll de… Bordeaux. Bon d’accord, je déconne, mais il faut savoir que Juppé se déplace régulièrement dans les bas quartiers munis de ses santiags à bouts cockés pour aller applaudir Stop II (information à toutefois vérifier avec le service de presse de l’homme politique). From rust to dust qui est la suite éthyliquement rock de Double Distillation (2013), navigue dans les mêmes sphères d’urgence que son prédécesseur. La recette est simple pour ce duo d’allumés notoires (Xav et Bess, pour ne pas les nommer), deux cousins éloignés du trio suisse Hell’s Kitchen qui tapent sur tout ce qui bouge.

Sept titres, vingt minutes de rock bio avec un label de qualité qui n’a d’autre ambition que de divertir, de faire bouger le croupion, que ce soit sur des « compost » maison ou sur des reprises de Johnny Cash vitaminées dans de l’alambic régional. Ces deux gars n’ont pas la prétention de révolutionner le monde du rock, ils prennent juste leurs instruments, un zeste de folie, un peu de blues, une dose de punk, du cow, du plaisir saupoudré d’énergie et hardi les Bordelais !… Tiens, c’est qui le grand chauve, là, au fond de la salle avec les santiags cockés ? JST

STOP II, « From rust to dust » (Beast Records, disponible)


 

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Quoi  ? Encore du Disney ! Eh oui, vous aurez une bonne raison de vous enflammer ce mois-ci. Glénat lance une opération de reprise des héros de notre enfance. Tandis que Cosey s’attaque à la rencontre entre Mickey et Minnie dans Une mystérieuse mélodie,  Lewis Trondheim, le maître du donjon, et Nicolas Keramidas, le dessinateur polymorphe, se sont associés pour exhumer les folles aventures du plus célèbre des rongeurs. Le tout prend l’apparence d’un fac-similé de l’époque avec pages déchirées, traces d’usure et taches en forme de cul de bouteille. Au fil des épisodes rapportés dans  44 planches numérotées, miraculeusement restaurées par les auteurs (!), suivez les péripéties de Mickey, flanqué de ce canard de Donald.
Leur mission ? Entre autres, retrouver les pièces manquantes de Picsou volées par une association de malfaiteurs :  les Rapetou et Pat Hibulaire. Ces gredins ont mis la main sur une machine à rapetisser ; pratique pour coincer ses ennemis et transporter le magot. Mais nos héros ne sont pas à court d’idées pour rattraper les bandits. C’est au péril de leur vie qu’ils vont tour à tour affronter des insectes géants et des dinosaures, tomber dans plusieurs cités antiques, croiser des savants dingues, voir d’autres planètes, profiter des trouvailles de Géo Trouvetou…
Le mieux, c’est le ton sur lequel nous sont balancées leurs histoires. Des blagues décalées ou du comique de répétition ; quelques familiarités bien senties ; Mickey qui colle des beignes ou qui veut soudoyer des gosses pour leur prendre leur vélo, Donald en poltron un peu benêt… Bref un coup de frais sur les personnages emblématiques de la marque aux grandes oreilles, orchestré par des trublions qui n’ont pas froid aux yeux. F
« Mickey’s Craziest Adventures », Lewis Trondheim & Keramidas ; Glenat, 15 €

 

Love StreamsWild Side poursuit ses chouettes sorties d’éditions collector-ultime-ou-appelez-ça-comme-vous-voulez, avec Love Streams de Cassavetes, son meilleur film (?), oui son meilleur film (!!), agrémenté pour cette première édition HD sur notre sol d’un passionnant (et superbement iconographié) bouquin de l’ami Doug Headline (ex-Starfix, pour les étourdis, mais pas que, puisqu’un temps dans la BD chez Zenda ou encore même à la réalisation de Brocéliande, giallo sauce celtique pas inintéressant, loin s’en faut).

Cassavetes, on le rappelle, demeure le réalisateur qui a le mieux parlé des femmes et surtout fait parler les femmes. Woody et son nombrilisme exacerbé et répétitif ad nauseum ne lui arrive même pas au poil de couille de la cheville gauche, sa plus faible, c’est dire. Mais Love Streams c’est bien plus que cela, et même si le « cela » en question n’a même pas encore été évoqué ici !… Il s’agit de l’un des films les plus « vrais » qui existent en matière de ressenti relationnel et de puissance évocatrice de la passion faite folie (ou l’inverse), une des plus étourdissantes mises en image d’êtres en perdition, au bout du bout du bout de leur rouleau compresseur interne, cette machine inébranlable qui fait qu’un jour, allez savoir pourquoi, tout votre monde s’écroule, et vous vous retrouvez complètement largué, à la dérive, ne sachant plus trop ni trop quoi ni qui accoster, ni comment, ni quand, ni même si cela se reproduira un jour. Et vous vous rapprochez alors de ceux qui vous paraissaient hier vos proches les plus étrangers et inconnus. Ainsi se joue le théâtre de la vie, de la maladie et de la folie qui, sans coup férir ni même parfois coup du destin, nous attend au coin de l’existence.

Mais la vrai force de Love Streams, originellement une adaptation d’une pièce de Ted Allan (pas un rigolo), c’est d’immerger le spectateur de la même façon que le réalisateur lui-même s’est perdu dans son film, pour mieux, peut-être, se retrouver, à défaut de s’y retrouver. En effet, ce qui rend Love Streams (littéralement « torrents d’amour ») aussi puissant, prégnant, poignant et saisissant (parce que le stock de mots en P est épuisé), c’est le fait que Cassavetes ait à nouveau opté pour une propre plongée personnelle, éperdue et effrénée, en s’inspirant de ses propres relations avec sa femme Gena Rowlands (incroyablement magnétique dans le film et incroyablement… incroyable ! Son plus rôle, sans contestation possible), de sa propre maladie, découverte qui plus est pendant le tournage, allant jusqu’à tourner dans son propre appartement, pour mieux y perdre ses repères. Bref, un chef-d’œuvre. Ni plus ni moins. SL

Love Streams (Wild Side, blu-ray + 2 DVD + livre, disponible)


 

Iggy Pop_Post Pop DepressionS’il y a bien quelque chose qu’on ne pourra jamais retirer à Iggy Pop, c’est sa faculté à prendre des risques, à tenter des choses, voire des « choses » (vous saisissez la nuance ?) et, quelque part, à baisser son froc (au propre comme au figuré d’ailleurs, que celui qui n’a jamais vu son service trois pièces lève la main ! Mais vous n’allez pas être nombreux, les amis)… au point d’en arriver après presque un demi-siècle de productions discographiques à y faire côtoyer le moyen (la quasi-totalité de sa discographie, en fait !), le pas bon du tout (le retour des Stooges, trop usés et fatigués, avec The Weirdness, album micro-unilatéral à l’intérêt avoisinant le zéro infini), le vraiment pas bon du tout (Préliminaires ou Iggy qui s’inspire de Houellebecq, non mais franchement, ça va pas la tête ?), le carrément mauvais (Après —rien que le nom m’amuse aurait dit Coluche ! ; en tout cas après Après on en oublie presque l’avant Après !— ou Iggy qui a cru que non seulement il était crédible en crooner, mais qu’en plus cela aurait un quelconque intérêt —ne parlons pas de sens— qu’il reprenne du Henri Salvador, du Piaf ou du Joe Dassin, et en français qui plus est !) et, parfois, des disques qui, miraculeux ou quasi-mais-c’est-comme-si, vous retournent comme les crêpes que vous n’avez jamais cessé d’être.

Tout en haut de cette pyramide, le premier Stooges bien sûr, véritable coup de canon (ou de boule) (ou de massue) (ou de ce que vous voudrez qui cogne fort et défonce tout sur son passage) rock & punkesque, Lust for Life mais aussi Avenue B, album beau et pur de nudité, bien plus important aux yeux de notre Iguane (et par ricochet à nos oreilles) qu’il l’a laissé entendre à l’époque, ou même encore aujourd’hui. Tout ceci pour en arriver à Post pop depression qui, quelque part, reprend un peu les choses après Avenue B, en moins jazzy et avec plus de recul et de décalage, surtout que l’Ig s’est entouré et laissé entourer, et pas par n’importe qui, puisque le disque a été mijoté-mitonné-michtonné sous le soleil californien par un Josh Homme fait Rémy Bricka (à la production, mais aussi aux percus, à la guitare, aux claviers, basse, piano…), accompagné aussi d’un autre Queens of the Stone Age (Dean Ferlita, lui aussi multi-tout : guitares-piano-basse-claviers) et sans doute du meilleur batteur de sa génération (Matt Helders, des Arctic Monkeys). Au final, le disque s’immisce, s’insinue, se fraye un chemin, plus sournois qu’il n’y paraît. Il prend au piège, tisse sa toile et, après quelques écoutes, se révèle assez étourdissant. Pas au point de tutoyer les hauteurs pyramidales sus-décrites, mais peut-être pas si loin non plus. Ça, seules quelques dizaines d’écoutes supplémentaires le diront. Reparlons-en dans quelques mois, quand le bonhomme viendra nous présenter la chose (et sans doute son service trois-pièces) sur scène.

Et comme il le répète si bien à la fin de « American Valhalla » : « I’m nothing but my name ». Tout est dit. Iggy n’est pas encore mort, vive Iggy ! CG

Iggy Pop, « Post Pop Depression » (Caroline, CD ou LP, disponibles)


 

games-history-tome-4-histoire-du-jeu-de-plates-formes-couvertureAprès Final Fantasy et le RPG, le jeu de baston 2D et les courses auto, la joyeuse bande qui compile-publie-écrit-édite les bouquins Games History, se paye un gros morceau avec ni plus ni moins qu’une histoire —bien sûr pas exhaustive, mais disons, super bien « achalandée »— du jeu de plates-formes. De la préhistoire (Donkey Kong & co), en passant par une sélection de consoles, un tour d’horizon bien foutu de la galaxie Mario, de son challenger Sonic, puis de différents Serial Platformers, mascottes, héros et anti-héros, sans oublier bien entendu les sempiternelles licences (qui, elles, ne se font jamais oublier bien longtemps ! N’est-ce pas messieurs de chez Disney ?) et autres adaptations de films, les jeux d’action, sur PC ou jeux d’arcade purs… Avec forcément l’obligatoire petit coup d’œil du côté de la 3D…

Les plus du bouquin : ultra-documenté, ultra-pointu-mais-pas-chiant, bref aussi passionnant que le fruit de passionnés, comme le prouve définitivement un dernier chapitre consacré aux coups de cœur de la rédaction. Et une bien jolie couverture aussi. Les moins : une maquette qui use un peu les yeux (choix de typo hasardeux, accumulation de logos, couleurs, etc. —mais bon, on reste dans le monde du jeu vidéo, c’est donc aussi un peu un passage obligé) et un prix de vente qui passe de 15 euros pour les trois volumes précédents, à… 29 euros. Mais il est vrai que d’une part la pagination aussi a augmenté (314 pages au lieu de 224 à 240 pages), d’autre part que le boulot éditorial effectué ici est sans commune mesure avec les trois premiers tomes de la collec. En conclusion : un bouquin incontournable pour tout gamer qui se respecte (avec en plus un brazilien parmi l’équipe rédactionnelle, mais chut, point de copinage ici, non non non)… KL

Games History IV – Histoire du Jeu de plate-formes (CAC Éditions, 29 euros, disponible)


 

Huysmans, après sa conversion, s’était mis à recenser les églises de Paris où il sentait laFatima présence de Dieu. Il n’en avait pas dénombré des masses. À sa manière, on pourrait ces temps-ci recenser les films français où l’on peut ressentir des traces de vie, et Fatima ferait partie des rares où l’on en trouve, car, pour parler moins précieusement que Huysmans, mais plus pertinemment étant donnée l’origine arabe du mot, il n’y en a pas bézef. L’agencement scénique créé par Philippe Faucon (permettant la spontanéité des comédiens, et faisant oublier que l’on regarde la vie par le cadre factice d’un écran) et le fait que les acteurs ne soient pas des « professionnels », c’est-à-dire pas encore contaminés par les tics qu’on leur inculque dans les bien nommés cours d’art drama-tic, participent de ce miracle. Le film a d’ailleurs fait une récolte de prix méritée, notamment aux Césars, ce qui en a agacé plus d’un parmi les professionnels de la profession, surtout les amateurs de paillettes et de grozeffets spéciaux. On regrettera d’ailleurs que le prix du jeune espoir féminin n’ait pas été attribué aussi à Kenza Noah Aïche, qui apporte au film sa dimension abrasive et lui évite d’être un poil trop lisse. « L’histoire », tout le monde l’a lue, j’en fais donc l’économie. Rappelons qu’elle est tirée d’une expérience de vie réelle, et que cela contribue à renforcer notre adhésion, adhésion que certaines scènes un peu trop convenues, politiquement correctes ou sémantiquement triviales (notamment celles avec la « bourgeoise » chez qui Fatima fait des ménages) auraient pu sinon quelque peu atténuer. Si la situation qu’il décrit est hélas moins contemporaine que celle qu’il décrivait dans son précédent (La désintégration, qui avait 5 ans d’avance), ce film fait partie de ceux où, en sortant, on se sent un peu plus encéphalisé. dk

Fatima (Pyramide Vidéo, DVD & Blu-ray, disponible)


 

AtroceOh, la chouette anthologie de courtes histoires macrabro-insolites (si, ça existe, la preuve) que voilà, dans un esprit résolument Creepy/Creepshow donc, qui ravira tous les amateurs de la chose. À la baguette, Caritte, qui nous avait habitués à d’autres chatouillis de zygomatiques, mais qui connaît sa gamme sur le bout du hachoir. Outre donc des scénarios tous plus guillerets les uns que les autres (du zombie, du fantôme, du monstre et du carnage à tout va, c’est un minimum ma brave dame, pensez bien), ce bien nommé « Atroce », annoncé comme « terrifying » et « decadent », l’est assurément, et plutôt deux fois qu’une. Même que tout ce rouge dégoulinant des pages, c’est d’un seyant, si vous saviez (mais vous allez bientôt le savoir, hein, allez on fait péter la CB, go go go !).

Le plus agréable, à la lecture de ces quelques 80 pages grand format, imprimées par un joyeux drille quelque part en Lituanie (véridique !), sans doute relié avec de la vraie peau de bestiole du coin en plus, c’est la variété d’approches graphiques et au-delà même de cette variété, comment le scénariste chef-d’orchestre (et aussi coloriste d’une bonne moitié de l’album) n’a pas été que vers des évidences avec des dessinateurs au trait parfois plus « classique » (non, ce n’est pas péjoratif) que les sempiternelles illustrations de viande en décomposition, telles qu’on pouvait s’en gaver jusqu’à l’overdose dans les petits formats horrifiques des 70’s. Et puis, le fait de terminer chaque récit par une belle image générique pleine page, assurée par un autre dessinateur que le récit en question, est une excellente initiative. Tout comme le générique de fin, truffé d’inside jokes. Bref, ça saigne mais c’est cool (ou l’inverse, on s’en fout un peu en fait, achetez-le quoi, merdalors !)… DB

Atroce (par Caritte, Jürg, Mr Pek, Khattou et Rifo, AAARG ! Éditions, 17,90 EUR, disponible)


 

 

EN VRAC (NOUVEAUTÉS DVD-BLU RAY)

Le cavalier noirOn vous avait déjà dit ici tout le bien qu’on pensait de What do we do in the shadows, tenez, si vous avez besoin d’un petit reminder, ça se passe ici, mais quelle idée de proposer le film avec cette version française doublée à la va-vite, bâclée, mal jouée (mais qu’on arrête de faire bosser Fred Testot, ce mec est une catastrophe ambulante et une arnaque totale !!) et, pire, même plus drôle du tout !!… Surtout, surtout, et même si vous préférez voir les films en VF, fuyez celle-ci comme la peste !… (Wild Side, DVD ou blu-ray, disponibles)

Coup de chaud est un thriller campagnard plutôt poisseux comme il faut, grâce aux performances de l’ensemble de ses acteurs (Darroussin, Gadebois… tous sont épatants), mais surtout grâce à un scénario assez subtil, qui monte en puissance petit à petit, très insidieusement, et en abordant, sans en avoir l’air, des sujets graves comme l’exclusion sociale. Très bonne surprise. (Diaphana, DVD, disponible)

Deux petites sucreries signées Ang Lee et datant de sa période chinoise viennent de ressortir, dans de nouvelles restaurations HD assez convaincantes, le tout accompagné de nombreux suppléments inédits, eux-même en HD. Il s’agit de Salé Sucré, entièrement tourné à Taiwan, la ville où a été élevé le cinéaste, une ode pétillante et enlevée à l’art culinaire. Et de Garçon d’honneur, comédie un peu moins aboutie —car beaucoup plus désuète— mais tout à fait regardable, et qui aborde sur la pointe des pieds et de la caméra des thèmes un peu plus sociétaux comme la marginalisation et l’homosexualité (oui, déjà, de nombreuses années avant son Secret de Brokeback Mountain). (Garçon d’honneur et Salé sucré, Carlotta, blu-ray ou DVD, disponibles)

Pour la première fois en DVD, vient de paraître Le cavalier noir, un western un rien théâtral, réalisé par Roy Word Baker, que l’on connaît surtout pour ses films d’horreur (Asylum, Le club des Monstres, Doctor Jeckyll and Sister Hyde, Les cicatrices de Dracula…) et dans lequel on retrouve Dick Bogarde, John Mills et notre Mylène Demongeot nationale. Un casting atypique pour un western qui l’est tout autant et qui, avec l’évolution des mœurs, peut paraître avant-gardiste avec ces deux personnages masculins plus que très ouvertement attirés l’un vers l’autre (oui, comme dans l’excellente BD Al Crane, bien des années plus tard !)… (Le cavalier noir, Rimini, DVD, disponible)

La dernière leçon, on a eu envie de se le tenter, uniquement pour Sandrine Bonnaire, qu’on apprécie tant humainement que dans ses choix et son jeu (cf. relire l’interview qu’elle nous avait accordée il y a quelques années, pour ceux qui achetaient Brazil en version papier et ont conservé leur collection). On a eu envie de se le tenter donc, et donc on se l’est tenté !… Voilà. Ça partait d’un bon sentiment, mais, euh… waouh, quelle purge, les amis !!… Après une première scène de repas de famille plutôt pas mal amenée, les acteurs sont finalement tous totalement à côté de la plaque (même Sandrine B, d’ailleurs, qui a rarement sonné aussi « faux »), les personnages paraissent tous plus improbables les uns que les autres, les dialogues convenus et fainéants, la mise en scène assez inexistante, la photo tout juste digne d’un téléfilm de deuxième partie sur France 3. Bref, ça n’est juste pas bon, voire c’est plutôt très mauvais. Et pour ce qui est de nous fader un sujet soit disant bouleversant et faisant appel à nos libertés les plus essentielles (une femme annonce à ses enfants qu’elle veut mettre fin à ses jours car elle ne veut pas dépérir), une fois encore le film tombe tellement à plat, tant ledit personnage (joué par Marthe Villalonga, un peu en roue libre et qui au bout d’un moment n’a carrément plus l’air de savoir si elle doit rire, froncer le sourcil ou se la jouer total dépressive, navrant en réalité !). Aucun intérêt, passez votre chemin… (La dernière leçon, Wild Side, DVD, sortie le 9 mars)

Il y a le portnawak inclassable, ovniesque et donc logiquement assez jouissif… et il y a le portnawak calibré pour en être, complètement toc, et qui fait ploc ploc dans notre tête, sans jamais vraiment y entrer. C’est dans cette seconde catégorie qu’il faut ranger Tokyo Tribe de Sono Sion, sorte de clip vidéo géant (de hip hop en japonais ! vous voyez un peu le machin ?) insupportable plus de dix minutes, bourré de clichés débiles, de scènes complètement cons, d’acteurs assez mauvais (pour ne pas dire carrément nuls à chier) et de manière générale d’idées qu’on imagine pas germer dans un cerveau normalement constitué (sauf peut-être chez un enfant de huit ans un peu déviant de nature). À l’origine, Tokyo tribe est un manga ultra-culte au Japon (2,5 millions d’exemplaires écoulés !), cette adaptation ne lui fait aucunement honneur, accumulant les stéréotypes là où l’œuvre originelle a influencé toute une génération de street culture.

 

 


Par Doctor Bloodmoney, Thierry Brioul, Filakter, Christophe Goffette, dkelvin, Jean-Paul Léger, Kindred Lowry, Sam Lowry, Jean-Sébastien Thirion et Daniel Westin


Kankoiça
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