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BILLY BROUILLARD : le don de trouble vue [BD]

Billy Brouillard : le don de trouble vue 

Récit original, poèmes et bestiaires anarchiques

Malgré les apparences, on ne saurait conseiller l’album aux enfants. Premier volume d’une trilogie drolatique, le noir et blanc des dessins correspond aussi à la couleur de l’humour employé par un Monsieur Mardi-Gras Descendres de Eric Liberge.


 

BillyBrouillardCouvUn très beau sommaire vous annonce trois parties : Poèmes/Bestiaires/Miscellanées… Ne vous y fiez pas, tout vous renvoie à la page 13 !

Sans ses lunettes, le jeune Billy, 7 ans, est dans le brouillard et il voit ce que les autres ne voient pas. Sa vue se trouble, sa vue se double et lui montre l’envers du décor, le côté obscur de la vie, le vrai visage de la mort. Billy perd son chat Tarzan. « Tarzan est mort… C’était en automne… Un mercredi, je crois ». Début familier puisqu’il est repris à L’Étranger de Camus.

Mais comme un Calvin et son Hobbes, il n’a accès aux choses étranges qu’en l’absence des autres. Alors, tout ça ne serait que dans sa tête ? On vous laisse en juger. Après cet événement, et à mesure que le chat se décompose, s’ensuit pour notre jeune héros une incessante interrogation sur la direction de la vie et le sens de la sa mort. Ses questions sont formulées dans une touchante lettre au Père Noël, pleine de promesses, de questions et d’inquiétudes. Sa réponse arrivera en fin d’album.

L’écriture de Guillaume Bianco sait aussi se montrer monstrueusement poétique en prose comme en vers. Voyez les cases « La Princesse et la Flaque d’eau », étrange créature avec une robe en peau de parapluie et une couronne d’escargots, qui chante à la lune et dont le baiser laisse une trace de boue humide. Écoutez les rimes du « Croquemitaine » et tremblez car : « La mygale à cinq doigts, libère au pied du lit/Hordes de cauchemars prêtes à hanter vos nuits » .

Le récit est entrecoupé par des pages de la Gazette de l’étrange. Des articles fictifs s’y interrogent sur l’identité du Père Noël, le fonctionnement du ouija ou les superstitions en tous genres. On vous en livre quelques-unes pour le plaisir : « On ne compte pas les étoiles dans le ciel, cela donne des verrues » ; « Si l’on sent une mauvaise odeur pendant la nuit, il ne faut pas en parler car le nez nous pourrirait » ou « Plongez un chat noir dans un bénitier. S’il se débat c’est qu’il est habité par le Diable. S’il ne se débat pas c’est qu’il n’est bon à rien. » Mais vous trouverez aussi des extraits de l’Encyclopédie Curieuse et Bizarre de Cryptozoologie sur les vermicolles, les coléopandres, les cauchemars, les fantômes ou les vampires ou même… les petites sœurs ! Bien dans le ton des récits horrifiques comme celui de « La fille aux couteaux ».

Le ton est faussement naïf comme en témoignent les relations conflictuelles avec cette sœurette que Billy ne cesse de brimer : l’humour corrosif et volontiers irrévérencieux qui fait se côtoyer le petit garçon et la mort rappelle par certains aspects la décapante Vie de Norman par Silas. Aussi, lorsqu’on vous parle de « La fille qui ne se levait plus », votre gorge va se nouer et vous pourrez aussi penser aux Jolies ténèbres de Vehlmann et Kerascoët. Après tout, Billy est peut-être un garçon dérangé, avec son costume de nounours qui lui donne l’air d’un maximonstre égaré. Peut-être que c’est aussi l’enfant que nous avons tous été, avec des angoisses existentielles qui ne font rire que les adultes.

Scénario et dessin : Guillaume Bianco (Éditions Soleil, collection Métamorphose)


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