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Aurélien DUCOUDRAY, le plaisir de raconter [BD]

Aurélien DUCOUDRAY, le plaisir de raconter

Arrivé depuis peu dans le monde de la BD, Aurélien Ducoudray a su s’imposer avec des récits bien à lui en signant déjà une vingtaine de scénarios. Bob Morane Renaissance ou Léviathan avec Luc Brunschwig, The Grocery, Amère Russie… pour n’en citer que quelques-uns. Chez ce scénariste attentif et généreux, on est frappé par le soin apporté aux personnages, à la qualité de la documentation, au plaisir de raconter des histoires et à l’envie de donner du sens à la fiction.

Ducoudray_Ravart_Cliches_de_Bosnie_Futuropolis

On sait que tu viens du monde du journalisme. Tu réserves une certaine place aux conflits qui secouent l’Europe de l’Est. Dans Clichés de Bosnie (Futuropolis, avec le soutien d’Amnesty International) dessiné par François Ravard, tu te mets en scène en rapportant ton expérience d’un convoi humanitaire vers l’ex-Yougoslavie. C’est un album à la fois léger dans le ton et sérieux dans le fond. Je cite ce court échange :

Oh Arlette et ses histoires ! Ça ferait un chouette livre, non ? – Un livre ? P’têt pas quand même !! Remarque y a tellement de trucs rigolos, ça ferait au moins une bonne BD !!

En plus de sa dimension pédagogique tout à fait bien venue, ce livre est-il le reportage tel qu’il aurait dû être  —si le rédac chef avait suivi ?

  • Bien sûr, en plus, avant de faire Clichés de Bosnie, j’avais fait un reportage qui est paru dans le magazine, j’avais fait une exposition photo, j’étais retourné pour faire un documentaire vidéo de 52 minutes et je n’arrivais pas à trouver la façon de me raconter. À la fois ce que j’ai vu, la façon dont je l’ai vu et ce qui s’est passé. C’est en discutant avec Luc Brunschwig qu’il m’a demandé pourquoi ne pas essayer avec le média bande dessinée. C’était ça : enfin la bonne manière, la bonne distance pour englober les interactions avec tout ce qui s’est passé, les portraits des gens, mes sentiments… Là, j’ai trouvé ma façon de me raconter. Oui, ce livre c’est exactement comme le reportage aurait dû être.

Amère RussieCertains de tes albums, tout en conservant leur aspect divertissant, ont donc une dimension documentaire. On peut le voir aussi, par exemple, dans La crise en Ukraine, un petit format qui apparaît dans Groom (dessin de Ulysse Malassagne, Dupuis, janvier 2016) ou dans Amère Russie (Grand Angle) dessiné par Anlor. Ekaterina  part à la recherche de son fils et se trouve plongée en plein cœur du conflit entre les Russes et les Tchétchènes. Le tout nous est présenté sous un angle à la fois émouvant et drôle. Qu’est-ce qui te touche dans ces événements ?

  • J’aime bien quand il y a une forte opposition. Quand on arrive à rassembler deux choses contraires en un petit point, c’est là qu’est l’histoire. Dans Amère Russie, c’était ça, une mère qui va chercher son fils, c’est plus une histoire de contes de fées, on est dans Le Petit Poucet, parce que la guerre en Tchétchénie, ce n’était pas un conte de fées ! Arriver à rassembler ces deux contraires, cela donne toujours un point de départ intéressant.
  • Mes premiers reportages photo, c’était dans les pays de l’Est —pas aussi loin que j’aurais voulu— et j’ai toujours été attiré par l’histoire de ces pays : le folklore, les contes et tout le côté journalistique. Il y a beaucoup de conflits qui ont éclaté depuis la chute de l’URSS.
  • Je trouve que l’ex-URSS en bande dessinée, même sur d’autres sujets, c’est quelque chose qui nous est assez étranger. La France a moins d’histoires dans son imaginaire collectif avec la Russie qu’avec ses colonies africaines par exemple. Pour les colonies, il y a une littérature qui continue d’explorer. Par contre, pour le continent russe, il y a une espèce de rudesse… On se ferme quand on y va. Plus jeune, j’ai été bercé par tous ces documentaires russes ou hongrois qui sont très rêches, durs, lents,dans lesquels il ne se passe pas grand-chose, avec des conditions climatiques difficiles… Ces documentaires-là me fascinent. L’univers va avec. En ce moment je travaille sur une histoire qui se passe six mois après la catastrophe de Tchernobyl.

De toute évidence, ton oeuvre témoigne d’un intérêt certain pour ceux qui sont sans voix, oubliés ou laissés pour compte. C’est le cas dans ton récit sur les migrants clandestins, Bekame (Futuropolis), dessiné par Jeff Pourquié. Peux-tu revenir sur ce qui t’a amené à raconter cette histoire d’une troublante actualité ?

  • Je travaillais comme photographe de presse pour la PQR (Presse Quotidienne Régionale) ; je faisais des photos aussi variées que des manifestations ou des remises de médailles. En parallèle, j’ai toujours travaillé sur des sujets plus longs où il fallait construire une relation avec ce qu’on photographiait pour les sujets plus sensibles. Dans cette période, pas loin de chez moi, il y avait plusieurs immeubles squattés par des sans-papiers et des migrants. J’ai travaillé en photo avec eux pendant à peu près un an, en allant les voir très régulièrement. J’ai fait pas mal de rencontres dont deux Algériens qui avaient essayé de passer plusieurs fois en Angleterre et qui se retrouvaient dans la misère. Ils m’avaient raconté plein d’anecdotes qui ne permettaient pas de faire un article mais qui étaient une matière intéressante. Quand m’est venue l’idée de Bekame, je me suis dit qu’il fallait tout y réinjecter.
  • C’est le texte le plus personnel que j’ai écrit, c’est la bande dessinée à laquelle je tiens le plus. Ce n’est pas celle qui a le mieux marché, au contraire. Peut-être qu’elle n’est pas sortie au meilleur moment et que le côté football a effrayé du monde !

Bilel, le jeune héros qui se surnomme Bekame (en référence à son idole David Beckham) entretient avec son frère une relation compliquée faite de tendresse et de sévérité. On retrouve la même chose dans El Paso (Sarbacane) dessiné par Bastien Quignon. Il y a parfois un côté « road movie » dans tes récits. Un gamin en voiture avec un adulte de sa famille, c’est comme un moment initiatique ? Quelle place réserves-tu à l’enfance dans ta façon de raconter les histoires ?

  • J’ai eu une enfance très joyeuse, mais c’est vrai que le rapport père-fils revient tout le temps, même maintenant que je suis père, y compris dans Amère Russie (un rapport mère-fils). Je suis en train d’écrire Bots (avec Steve Baker) un récit de science-fiction avec deux robots. Le rapport père-fils est bien caché mais il apparaît encore. C’est un rapport que je creuse, mais je ne sais pas pourquoi. Ça ne correspond ni à un manque, ni à un questionnement par rapport à ma propre histoire. Ce rapport avec le père, la mère, les frères ou sœurs défie toute logique. C’est un attachement qui est là, un peu animal ; ça pourrait être n’importe qui. On a des espèces de règles invisibles et tacites qui font que qu’on ne peut pas s’en défaire. C’est à la fois un emprisonnement terrible et un accomplissement total. Cela fait peut-être appel à des zones animales plutôt que des contraintes sociales. Cela me pose beaucoup de questions, surtout depuis que j’ai un petit garçon. Je pense que je transpose beaucoup de prospectives de ce thème dans ce que j’écris maintenant. Même dans l’histoire qui se passe à Tchernobyl, il y a un rapport père-fils. Et aussi dans La Malbête (Grand Angle, dessin de Hamo)…

Sixteen Kennedy ExpressC’est encore le point de vue de l’enfant qui apparaît dans Sixteen Kennedy Express. La mort du sénateur Bob Kennedy sert de point de départ, mais à travers les interrogations du jeune Rob, sa relation avec sa mère, avec sa « copine » Sixteen ou avec son camarade Bud, qu’est-ce que tu veux nous montrer de l’Amérique des années 60 ?

  • Je trouve qu’aux États-Unis, ils sont un rapport quasi immédiat à leur histoire, ils ont un art du story telling pour tout.C’est une nation très jeune qui aime se raconter à travers les romanciers ou les cinéastes. Je trouve qu’on s’est fait doubler sur le Vieux continent avec notre tradition littéraire sur la façon de créer et de raconter la légende de son propre pays. Les États-Unis y arrivent presque dix minutes après ! Ce ne sont pas forcément des œuvres de qualité mais s’interroger aussi vite sur ce qui se passe et vouloir le fictionnaliser pour le restituer, je trouve cela vraiment passionnant.
  • On a ce complexe de l’historien qui voudrait qu’on ne puisse pas analyser les choses à chaud et qu’il faudrait attendre vraiment longtemps. Il y a l’art de conter et puis les recherches scientifiques. On peut aborder quelques problèmes d’histoires avec un rapport aux personnages très direct et très émotionnel.

Le cauchemar américain, tu en parles aussi dans The Grocery, (Ankama) dessiné par Guillaume Singelin dont le 4e et dernier tome est sorti cette année. Dans une ambiance qui rappelle la série Sur écoute/ The Wire, tu présentes ces corners boys, des gosses liés au trafic de drogue pour se faire de l’argent de poche. La guerre des gangs menée par Ellis One est d’une rare violence. Comment en es-tu venu à créer ce drame social ?

  • C’était un « accident ». En me baladant sur les blogs, je suis tombé sur le boulot de Guillaume. En quatre cases, il me raconte quatre choses différentes. Une amplitude impressionnante ! Tout ça avec des bonshommes qui ne ressemblent à rien ! La charge émotionnelle dans le dessin est incroyable. Je le contacte, on discute et on tombe immédiatement d’accord sur The Wire. Il me dit qu’il voudrait un univers aussi foisonnant. Je lui dis qu’il y a plein de choses que j’aurais aimé que la série raconte alors : « Essayons ! ».
  • J’ai écrit le prologue, les six première pages. Deux semaines après, Guillaume me dit que c’est bon, Run le prend (directeur Label 619 à Ankama). On a discuté, échangé, mais pas tant que ça… Ce qui est fou avec Guillaume, c’est que je ne me préoccupe absolument pas de mise en scène, ni de la manière de raconter, lui, il sait ! Il sait s’en emparer, le restituer comme si c’était lui qui l’avait écrit . Quand ça arrive, c’est super, il ne faut pas lâcher le dessinateur !
  • Grocery, c’est un super terrain de jeu. On peut parler de sujets sérieux qui sortent des documentaires et à côté faire quelque chose avec beaucoup d’humour ou alors très violent. C’est vraiment un bac à sable.

On est frappé par le décalage entre un dessin presque enfantin de ces personnages animaux et la violence déployée.

  • Sans cet écart graphique l’histoire ne fonctionne pas. Ce serait quelque chose avec énormément d’emphase. Avec un dessin réaliste, ce serait une catastrophe, on n’y croirait pas une seconde. C’est ce que j’essaie d’explorer en ce moment, même si des éditeurs ne comprennent pas encore.
  • J’ai travaillé chez Delcourt sur un livre qui s’appelle L’anniversaire de Kim Jong-il qui raconte l’histoire d’un petit Coréen du Nord, de ses 8 ans jusqu’à ses 13 ans. C’est dessiné par l’illustratrice jeunesse Mélanie Allag. On reprend exactement les dessins de la propagande nord-coréenne avec de petits bonshommes colorés et stylisés et on leur fait dire tout le contraire ! Ça marche très bien ! J’aimerais aller encore plus là-dessus, faire une véritable différence entre le visuel et le fond. Ce n’est pas simple ! On raconte des horreurs basées sur des documentaires avec des personnages tout mignons. C’est encore pire !

La question des minorités ou des communautés rejetées transparaît de façon percutante et inattendue dans ton diptyque sur la boxe dessiné par Eddy Vaccaro. Avec Championzé (Futuropolis), l’histoire de Battling Siki, champion noir oublié, puis avec celle de Young (Futuropolis), le champion juif Young Perez qui combattait à Auschwitz, tu sembles te servir de la vie d’un individu qui s’affirme dans l’adversité pour dénoncer une société ou une époque. Peux-tu nous en dire plus sur tes choix, tes envies à ce sujet ?

  • J’avais fait plusieurs documentaires sur la boxe et je n’arrivais pas à comprendre pourquoi des mecs montaient sur un ring pour s’envoyer des pains dans la figure. C’est quelque chose qui me serait impossible, monter sur un ring et cogner l’autre. Arriver à respecter ces règles de la boxe, c’est déjà quelque chose d’incroyable. Après ces deux documentaires, je n’ai pas plus compris ; mais le monde de la boxe était plus intéressant. J’ai eu envie de mettre à profit tout ça pour raconter une histoire. J’ai fait des recherches dans une encyclopédie et je suis tombé totalement par hasard du l’histoire de Battling Siki, juste une note en bas de page : «combat truqué, voir Battling Siki contre Carpentier ». J’ai détricoté cette affaire et je suis tombé sur son histoire. Plus j’en lisais, plus c’était incroyable. Il fallait raconter la vie de ce type-là. Pour Young Perez, c’est pareil. Je ne suis pas un passionné de boxe, je n’en connais que les plus grands, ce qui m’intéressait surtout, c’était le monde autour des boxeurs. D’ailleurs, au final, dans les deux albums, la boxe, on en voit assez peu. Ils ne se battaient pas que sur le ring mais aussi à côté.
  • Sur Battling Siki, on n’avait pas d’informations et c’était merveilleux de reconstruire la fiction. À nous de poser des dérivés sur ce qui se passera ensuite. Quand on est scénariste et qu’on aime les histoires, c’est le meilleur moment. Comment faire vivre ce qui arrivera après en le plantant dès le départ, tout en étant entièrement dans la fiction ; c’est à ce moment-là que je trouve ma place : remplir les blancs de l’histoire, c’est ça qui est assez chouette.

Cela fait penser à des romans comme L’Enfant noir de Camara Laye ou Racines de Alex Haley : l’histoire d’une enfance africaine, avec l’ initiation, etc.

  • Oui, ça le fait rentrer dans sa propre légende. On l’a empêché d’écrire sa propre légende, on l’a effacé assez rapidement. Pour nous, c’était une façon de dire que sa légende existait avant même qu’il ne soit connu.

gueule-d-amour-14361Avec Gueule d’amour dessiné par Delphine Priet-Mahéo, tu offres un récit historique et touchant sur les gueules cassées de la Première Guerre Mondiale. Pourquoi ce sujet ? Te sens-tu proche de romanciers comme Roland Dorgelès, Erich Remarque, Henri Barbusse ou même Céline ? T’es-tu senti inspiré par les albums de Tardi ou les peintures d’Otto Dix ?

  • On était en pleine période où des choses étaient sorties sur la Guerre de 14-18 ; j’avais signé un autre scénario trois fois mais il n’est jamais sorti. Gueule d’amour, cela a été très rapide, je l’ai écrit en 15 jours. François Ravard avec qui j’ai fait La Faute aux Chinois travaillait dans un atelier et une de ses collègues illustratrices a voulu me présenter son travail. Et là, choc graphique ! Sur un de ses dessins, pour moi c’était un Poilu, une gueule cassée. Si le lecteur est déjà là, il faut s’en servir. Le sujet m’intéressait déjà.
  • Il y a plusieurs textes qui m’ont retourné en littérature. D’abord les histoires courtes de Maupassant que je trouve incroyables ; on n’a pas encore fait mieux. Il y a une espèce de cruauté latente et une langue incroyable. Il y a Hubert Selby, un écrivain américain que je trouve fantastique. Et l’autre gros choc, c’est Céline. Voyage au bout de la nuit, cette espèce de magma d’écriture remplie de colère et en même temps sublime… Je me suis dit que j’aimerais avoir un personnage qui a la même colère que Bardamu [le narrateur du roman de Céline, NdR]. C’est parti comme ça. L’opposition était tellement évidente : un homme qui s’est battu pendant quatre ans et qui n’a pas vu de femme, qui revient, qui veut de l’amour mais à qui on n’en donnera jamais parce qu’il est laid. C’est une quête impossible qui était parfaite pour commencer. Je voulais un récit assez cru. La première version proposée par Delphine était très explicite, trop pour qu’on puisse la sortir.

Son graphisme est en effet vraiment très étonnant.

  • Il a quelque chose de très fort. Certains passages sont dérangeants. Cette façon qu’elle a de jouer avec les corps… Pour l’histoire c’était parfait. On savait en faisant un livre comme celui-là qu’on en vendrait 500, mais ce n’est pas grave, c’est une histoire qui avait besoin de sortir.
  • Je ne voulais pas un livre gentil, je ne voulais pas que le personnage soit gentil, je ne trouve pas cela intéressant, j’en ai assez des personnages gentils. Les chevalier blancs, ça va deux secondes ! Je trouve que pour 14-18, il y a eu une espèce de déférence par rapport aux personnages et cela devenait presque plaintif. En même temps, quand tu reviens de la guerre, il faut que tu recommences à vivre, après quatre ans d’enfer, tu as besoin de ça. Un besoin primaire, voire primal.
  • Je ne sais pas s’il est sympathique mon personnage, peut-être à la fin…

Ils forment une paire sympathique avec Sembene, ces deux compères !

  • Lui, il ne peut plus, il n’ose pas, mais l’autre, c’est l’ogre, il bouffe la vie au sens littéral avec ses dents pointues, c’est un jouisseur forcené ! C’est amusant de l’acoquiner avec lui.

Survivre comme on peut, s’en sortir par tous les moyens, la lutte des classes c’est aussi ce que tu racontes de façon surprenante dans La faute aux Chinois dessiné par François Ravard. Pourquoi ?

  • C’est le tout premier scénario que j’ai fait. Il y a eu une période pendant laquelle la classe ouvrière a eu sa propre éducation, ses propres histoires, ses propres mythes. Aujourd’hui, la classe ouvrière n’existe plus. À une période, aller à l’usine, même si c’était très dur, cela montrait une certaine fraternité. On est tous ensemble pour faire bloc. C’est peut-être un peu romantique, mais je l’ai senti comme ça quand j’ai fait de l’intérim. Cette culture prolétaire et d’industrie a complètement disparu. Avant il y avait le théâtre populaire avec Jean Vilar, etc., c’est fini. Où est cette fierté de faire partie de ça ? Le moment où c’est parti c’est le moment où enfin la gauche a accédé au pouvoir. Avec l’arrivée de Mitterrand, la culture ouvrière s’est désagrégée petit à petit, pour devenir une culture moyenne. Pas de choix franc, pas de propos qu’on défend. Je dis ça mais pour rien au monde, je ne voudrais retourner à l’usine ! J’ai été marqué par ces gens, au moment des fermetures d’usine qui aiment ces usines et qui pleurent. Voilà un peu ce qui sous-tend La faute aux Chinois. Avec une petite astuce qui permettait de décaler tout le vocabulaire « changer de matière première », pour des types qui tuent… Voilà ce qu’on voulait montrer avec le personnage qui passe de l’esprit d’ouvrier à celui d’entrepreneur free lance.

Ducoudray_Singelin_Grocery1En parlant de travail collectif, Luc Brunschwig nous a déjà fait l’honneur de répondre à quelques questions pour Brazil3.0 et j’aimerais ton point de vue sur l’écriture à quatre mains sur Bob Morane Renaissance ou Leviathan.

  • Je n’avais jamais fait ça avant. Ce n’est pas quelque chose que tu peux faire avec tout le monde. Quand tu écris à quatre mains, il faut poser ton ego. Ce qui est intéressant, c’est qu’on essaie d’aller vers la meilleure histoire possible, c’est très gratifiant, ça va très vite, c’est l’histoire qui prend le dessus. Les petits blocages qu’on pourrait avoir sont expédiés très rapidement. Ce qui est différent c’est que l’histoire t’appartient un petit peu moins, une fois qu’elle est faite, ça peut être frustrant. Le moyen de combattre cette frustration, c’est de faire un deuxième tome.
  • Luc et moi, nous avons des façons diamétralement opposées de travailler. Il peut papillonner sur cinq ou dix histoires différentes. J’ai plus de mal — même si je commence à m’y faire. Exactement comme lorsque je travaillais en photographie, j’ai besoin d’une immersion dans un seul sujet, pendant un temps donné. Alors que là, il faut se ré-immerger de temps à autre et c’est la chose la plus difficile pour moi. Luc et moi nous savons respecter l’envie de l’autre, partager le travail de façon à ce que chacun fasse ce qu’il préfère. Je suis impatient de voir ce que Léviathan va donner (à paraître le 16 mars 2016, chez Casterman, NdR).
  • Un jour, Luc m’a dit : « Avec The Grocery, tu écris exactement la même chose que ce que j’ai écrit dans Le Pouvoir des Innocents (Delcourt) » : une vision fantasmée et décalée de l’Amérique. Nous avons une sorte de communauté d’envie de récit et de façon de voir les choses. On sait ce qu’on veut ce qui nous permet de le salir un peu pour ne pas toujours faire la même chose ! »
  • Plus ça va aller et plus je vais faire des choses différentes. Je viens de rencontrer à Angoulême, au pavillon des Jeunes talents, une jeune dessinatrice époustouflante. On va faire de petites histoires dans la revue Aaarg ! Un peu comme les Contes de la crypte

Ah oui, Creepy, Eerie et compagnie…

  • Un mélange de Chester Adams, de Burns… C’est très noir et très tordu avec un mélange de Walt Disney au milieu de tout ça. C’est super intéressant comme proposition graphique pour raconter des choses. La première histoire est avec des petits chats… !
  • On ne fait pas ce qu’on veut avec tous les éditeurs, il faut s’adapter en fonction. Je suis impatient de voir sortir le récit sur Tchernobyl ; il est dessiné par Christophe Alliel qui fait un boulot de fou. J’y ai mis tous les éléments qui me fascinaient. C’est une suite logique d’Amère Russie. On va continuer continuer d’explorer cet univers avec Grand Angle…

Merci  pour toutes ces réponses !


Filakter


Kankoiça
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