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ALLER-RETOUR : le court qui en dit long

ALLER-RETOUR : le court qui en dit long

Parmi la foultitude des projets de courts-métrages qui pullulent sur les sites de financement participatif ces jours-ci, et dont parfois la simple lecture de la note d’intention suffit à nous faire fuir, nous avons trouvé un chouette projet qui nous paraît digne de ce nom et comme par hasard qui tarde à atteindre son premier objectif, ce qui nous fout un peu les boules, à nous autres Braziliens, même qu’on ne saurait que trop vous conseiller d’y jeter un œil (le bon) et même quelques euros, pour la bonne cause, celle d’un cinéma intelligent à l’imaginaire luxuriant !…

Aller-retour

Ce qui a attiré potentiellement notre rétine et dans un premier temps notre écoute puis notre plume, c’est le discours de sa scénariste-réalisatrice Ornella Boyle qui, clairement, sait précisément où il va, pourquoi elle y va et comment elle veut y aller !… Nous vous invitons d’ailleurs à lire tout d’abord sa propre présentation du film (le lien est tout en bas de cette page) avant de vous plonger dans le court (mais très instructif et donc complémentaire) entretien qui suit… Et merci par avance à tous nos lecteurs qui vont nous suivre dans cette forcément belle aventure…


 

Quand on regarde un peu ton parcours jusqu’à aujourd’hui, on remarque comme un bouillonnement, une espèce de magma créatif qu’on imagine en mutation perpétuelle dans ta caboche… Comment expliques-tu ça et quel est ton secret si tu en as un ? Tu ne bois exclusivement que de l’Evian [ndr : Ornella est depuis des années égérie de la marque d’eau minérale], c’est ça ??

  • Hahaha, je bois du Tuderi 2007, aussi. Pour le magma créatif, je dirais qu’il existe depuis mon enfance. Des émergences d’idées, une facilité à les manifester, que je dois sûrement à ma famille, parce qu’elle m’a offert cette liberté. L’amour et la liberté dans l’enfance c’est peut-être le secret…
  • J’ai eu la chance d’avoir une éducation plutôt hippie, dans l’esprit : un père musicien, peintre, philosophe et poète, et une maman journaliste, intellectuelle, très sensible à la nature et à l’art, et qui a fait tenir la baraque aussi… Ils se complètent et ils s’aiment d’un amour assez délirant. On n’avait pas de fric, c’était une grosse frustration je me rappelle, mais de l’amour et une compréhension intrinsèque rapide du monde extérieur. Enfants, mon père nous racontait des histoires complètement folles avant d’aller dormir, je crois que c’est ça qu’on lui doit. Nous avoir transmis sa part créatrice, et son amour paisible dans des moments où, franchement, c’était dur. Je comprends aujourd’hui seulement la chance que nous avons eu avec ma sœur (musicienne), et de l’essentiel d’une telle éducation. C’était le bordel, pas d’argent, nos parents étaient des atypiques pour certains. Il y avait souvent du monde à la maison, des musiciens, des poètes, des artistes, ce qui à dû mettre en exergue nos sensibilités, et exacerbé nos expressions dans l’art et la liberté. Chez nous, il n’y avait pas beaucoup de filtres, et je crois que nous sommes proches de nos âmes dans notre façon d’échanger, de créer. Ce n’est pas évident de comprendre un tel mode d’éducation, parce que j’ai remarqué que souvent il y a des genres éducatifs récurrents, psychorigides en vérité, je trouve : ne pas s’embrasser devant les enfants, ou ne pas s’engueuler devant les enfants… Chez nous, c’est l’inverse ! On ne réprime pas nos sentiments, on communique, certes à notre manière, mais on ne refoule pas. Au-delà d’un certain schéma non-conventionnel, je constate que les graines semées par nos parents ont été arrosées de beaucoup de sentiments  et que des plantes viables ont poussé.

Ornella_aller-retourJ’aimerais que tu nous racontes un peu la genèse du film, pas l’histoire de ce film en particulier, mais comment, toi, tu es arrivée à la case « je veux faire mon film », après être passée par la danse, le théâtre, la télévision, le cinéma, etc. ?

  • Avant de faire « mon film », j’avais surtout envie de diriger et de travailler avec des acteurs passionnés, puis de mettre en scène, de réaliser. Cela s’est confirmé au CNSAD, puis pendant ma vie à Londres, où j’ai vécu  trois ans. J’ai expérimenté l’écriture d’un film  et la direction d’acteurs. Je ressens le besoin d’exprimer ma vision personnelle,  qui « donne du sens » au monde qui nous entoure, d’explorer les profondeurs de l’âme et de la nature humaine à travers la dramaturgie, et d’autres supports tel que l’art cinématographique.
  • Le théâtre, le cinéma sont aussi un moyen de faire réfléchir sur le monde et d’assumer ses engagements. Concernant Aller-retour, c’est autour d’une raclette que l’idée est née, avec Calvin Dionnet, scénariste talentueux, et acteur également dans le film.

Être un artiste, c’est garder son âme d’enfant, ses rêves d’enfant, ses désillusions d’enfant aussi parfois… Vu le sujet du film, je me demandais si finalement tu n’avais pas l’impression d’aller du général au particulier, de faire cet « aller-retour » donc en mettant en exergue ce personnage et son imaginaire pour finalement parler de toi ? 

  • Probablement, mais je dirais qu’Aller-retour, est le lien entre l’adulte que nous sommes devenu par conventions sociales, et l’enfant que nous sommes dans notre vérité propre et profonde. Dans le film, le grenier est notre protagoniste. Il est la métaphore de notre inconscient, de nos désirs, de notre for intérieur. Le film raconte la possibilité de se rendre au cœur de son enfance, où l’imaginaire crée sa propre réalité.
  • « La lutte de L’adulte » s’associe dans notre film à des personnages qui tiennent un discours subversif sur l’enfance et qui vont essayer d’empêcher la renaissance de l’enfant. Commence alors un aller-retour d’images, de lumières, de sons, de situations revisitées où l’imaginaire a tous ses droits. Aller-retour est un voyage spatio-temporel, plongé au centre du moi profond : l’inconscient.

Jusqu’où dirais-tu que ce film est personnel et qu’il t’aide à combattre tes propres démons au travers de ce que tu décris fort justement comme « une écriture de lumière » ?  

  • Ce film m’est personnel, parce qu’il m’aide à comprendre qui je suis et qu’il me connecte à moi-même. La peur du « noir » ou le pouvoir de l’inconscient…  cette question est très intéressante. La peur est aussi un puissant vecteur au courage, et révèle la lumière quand on la brave, encore faut-il en avoir conscience. La lumière dans l’ombre, ou l’ombre dans la lumière. Avec mon directeur de la photographie, Julien Malichier, nous travaillons à un découpage et à un travail de la lumière très précis, pour raconter tout un monde inexploré, où réalité et imaginaire se côtoient, pour exprimer cette dualité.

Aller-retour acteurs1Dans ton esprit, Aller-retour serait-il plutôt un film d’auteur de genre ; ou, genre, un film d’auteur ? 

  • Alors, c’est amusant, parce que nous avons eu du mal à le positionner dans un genre particulier… Je dirais, qu’il s’agit d’un film genre poétique, fantastique, onirique, comique, touchant, écrit dans l’univers des contes philosophiques, magique, profond, avec plusieurs lectures possibles genre, pour les grands et les petits. Un film genre.

En lisant l’intrigue, mon premier réflexe a été de me dire que c’était là un beau matériau pour un long, pas un court-métrage. T’es-tu forcée à comprimer ton récit pour que cela reste au format court ?

  • Je te dirais qu’il y a au moins dix fictions comprimées dans ce court !!!  On peut absolument rêver à un commencement, une suite, des ouvertures multiples. C’est sans limite avec ce type d’intrigue !

Aller-retour acteurs2La liste d’acteurs que tu as réussi à embarquer dans ton projet est assez impressionnante. À la limite, ça pourrait presque paraître too much !… As-tu réussi dans ton écriture et ton découpage, à laisser de la place à chacun ? 

  • Oui, j’admets qu’elle peu paraître impressionnante, et pour ma part je trouve ça rassurant ! C’est un cadeau de les avoir tous ! Ils sont très doués, je pense qu’ils savent qu’ils ont des rôles dans lesquels ils vont s’éclater. On se fait confiance. L’écriture est chorale, rythmique et ils sont au bac à sable dans Aller-retour.

Comptes-tu toi-même jouer dans le film d’ailleurs ?

  • Non, je ne joue pas dedans, je suis le chef d’orchestre ! J’ai un sifflet que quelqu’un m’a filé, pour recentrer et canaliser les énergies des acteurs. Haha. Je n’aurai pas besoin de l’utiliser pour ce projet.

La campagne ulule que tu as lancée pour le financement du film a un peu de mal à décoller, je trouve. Es-tu déçue par le manque d’ouverture, d’audace et d’altruisme des gens ? Qu’aimerais-tu leur dire à tous pour qu’ils bougent un peu leur postérieur pachydermique et qu’ils prennent vraiment la peine de lire la page que tu as conçue autour de ce beau projet ?

  • Hé bien, au début, ça a super bien démarré. Et puis, on s’est aperçu que la cagnotte avait subitement baissé. En fait, des gens ont misé de l’agent mais n’étaient, en réalité, pas solvables. Les gens sont libres, et je ne suis pas du tout déçue. Le plus important, ce sont ceux qui nous aident, qui nous soutiennent, qui nous envoient de bonnes ondes. Les autres qui ne prennent pas la peine de lire, ou de s’intéresser au sujet, c’est tant pis, on n’y peut pas grand-chose.
  • J’ai demandé aux acteurs du film ne ne pas s’impliquer financièrement sur ce projet, ce qui me paraît normal. D’ailleurs, peut-être que les gens pensent que nous n’avons pas besoin de cet argent pour faire un film avec un si joli cast !?!… On est tout de même gagnant quoi qu’il arrive et il nous reste encore huit jours !!!! Alors go go go ! Pour ceux qu’y veulent nous aider, c’est encore le moment ! Et encore merci à tous ceux qui nous soutiennent !…

Pour voir plus précisément de quoi il retourne et faire chauffer la CB, ça se passe par là

 


Sam Lowry / Photos DR (Photo Ornella par Valentina Frugiuele) 


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