Abonnez-vous !

WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

TERRY BRISACK : parallels & crossroads [CD]

Terry Brisack : Parallels & crossroads

Parfois, on passe complètement à côté d’une œuvre, d’un artiste, d’une voix, d’un univers… Et à d’autres moments, on est plus chanceux et les hasards de la vie mettent sur notre chemin l’excellence et la quasi-perfection, cette chose en musique après laquelle tout le monde —compositeurs et « auditeurs »— court, très majoritairement en vain…

terry rcv

Cette histoire débute au printemps dernier. Dan Brodie, le songwriter à la big black guitar, from Melbourne, Australia, m’appelle pour me dire qu’il est en rémission miracle de sa saloperie de cancer, qu’il adorerait —comme nous l’avions évoqué par le passé— tourner en France, seul, en réinventant son répertoire souvent musclé, rock australien oblige, pour l’acoustique ; et en me demandant si je pouvais m’occuper de lui organiser cette tournée, voire de l’accompagner sur les routes de France… Ce que nous avons fait pendant deux mois environ.

Pour l’un de ses concerts en région parisienne, je décide de pimenter et nuancer la chose, en invitant un certain nombre de musiciens à rejoindre Dan sur scène. Bien entendu, j’invite prioritairement les amis et notamment Johan Asherton. Johan, toujours partant, me propose de venir accompagné de son nouvel acolyte : Terry Brisack. Sur le moment, je n’ai pas encore écouté le superbe Diamonds, premier album de Johan en groupe depuis, ouch, depuis bien longtemps, et n’ai donc jamais entendu ni la patte magique de Terry aux guitares (essentiellement des Grestch, de vieux modèles millésimés qui sonnent du feu des enfers, mais pas que), ni même, je l’avoue entre honte et embarras, son simple nom !…

Diary of a loverRépétitions, concert et after se déroulent on ne peut mieux (malgré un public, disons, « clairsemé ») et avant de nous quitter, Terry (aussi charmant qu’humble, que cela soit bien précisé ici —dont acte) m’offre deux albums : Brighton 1932 avec « son Band » et Diary of a lover sous son seul nom. Sur ce dernier, il évoque une reprise de Nick Cave.

Nous reprenons la route avec Dan et, curieux d’entendre cette fameuse cover (« Lime Tree Arbour », de l’album The Boatman’s Call), surtout que Cave est (avec Tom Waits ?) un des artistes les plus difficiles à reprendre… Le morceau est en seconde partie d’album, mais le choc se produit dès les premiers instants d’une autre reprise, celle de « The Eyes of Roberto Duran » du trop méconnu Tom Russell, qui ouvre cet ensorcelant bal des maudits —et prouve accessoirement à quel point les goûts de Terry sont sûrs.

Pour le reste, l’album s’égrène, âpre, profond, envoûtant et captivant, avec ses chansons à boire et déboires, où errent désespoir jovial et mythes démystifiés-remystifiés. La voix est traînante, granuleuse… Surélevée parfois de chœurs discrets. Ici un piano chafouin, et tout autour des riffs orageux, qui résonnent et trouvent écho (et frissons) en nous. Et puis, alors que nous roulons à vive allure sur l’autoroute, déboule « Lime Tree Arbour », que nous ne reconnaissons pas tout de suite, tant nous sommes déjà en totale apnée (de la même manière qu’on mettra deux minutes à remarquer la troisième cover du disque, un peu plus tôt, et non des moindres : celle du rare « Photograph » de Chris Bailey, ahurissante de justesse tout en étant admirablement réinventée). Et là, avec une surprenante concordance, de laisser échapper un « Ah oui, quand même ! » ou assimilé (pour Dan, ce sera un regard interloqué et quelque chose comme « Mais… fuck ! Il l’a fait ! »)… Car si Nick Cave est jugé « impossible à reprendre », Terry Brisack a pourtant bel et bien relevé le défi, et avec bien plus que les honneurs, même si on ressent presque comme de la retenue, comparativement à « Photograph » où, clairement, il a lâché les chevaux, sans même jeter un œil sur le rétroviseur.

Brighton 1932Le lendemain matin, mon premier geste sera de poser Brighton 1932 sur la platine, de monter le son, et de m’installer confortablement avec mon premier thé du matin. Antérieur à Diary of a lover, je me dis que sa richesse musicale en sera peut-être amoindrie, mais les premières mesures de « Victorian Memories » sont plus que rassurantes. En groupe, Terry Brisack ne perd rien de sa superbe, bien au contraire. Je ne sais pas si le fait de jouer « en bande » agit ou non, mais les solos de guitare sont encore plus étincelants, tout en gagnant en nervosité, et chaque prestation plus marquée, marquante, remarquée et remarquable.

Si par bien des aspects Diary of a lover était orageux et paraissait souvent ne tenir qu’à un fil, suspendu dans les airs, entre voltige et équilibrisme, Brighton 1932, lui, est clairement pluvieux (mais quand même lumineux) et se rapproche encore plus de l’idée de perfection évoquée en préambule de cet article. À noter un sample voix de Vincent Price, piqué à la Cité sous la Mer, le dernier film de Jacques Tourneur, preuve qu’en plus d’être un mélomane chevronné notre homme est aussi un cinéphile averti.

Heureux de cette double découverte (disons, de ce « 2 en 1 »), je m’empresse d’envoyer un petit mot à Terry pour lui annoncer que je suis sous le charme et que ses disques ne vont sans doute pas quitter ma platine —et les méandres de mon lobe temporal et surtout de mon cortex auditif— pour un bon moment. Je lui promets aussi d’écrire un article pour le hurler haut et fort à la face des trois personnes qui me font encore l’honneur de me lire (et de m’accorder leur confiance) aujourd’hui, promesse que je mettrais, comme vous pouvez le constater, plus de six mois à honorer !…

Au détour de cette conversation, il m’apprend, presque gêné, qu’un autre disque est sorti un peu plus tôt, un album de reprises d’Hank Williams. Toujours aussi humble, Terry me le présente comme un petit disque, quasi-insignifiant. Bien sûr, je lui demande de m’en envoyer un exemplaire… et quand j’écoute la chose (Honky Tonk Mind, produit au même endroit et avec la même équipe que plus tard Brighton 1932), forcément, il est beaucoup moins superficiel que ce pour quoi son auteur veut le faire passer.

Forcément, cela demeure avant tout un exercice de style et l’on est beaucoup plus proche de l’univers de Williams SR que ce qu’a pu faire Matt Johnson (The The) avec Hanky Panky (1994) par exemple (les deux disques n’ont d’ailleurs que deux titres en commun, « I saw the light » et « Your cheatin’ Heart »), même si on s’éloigne souvent des arcanes purement country pour s’approcher de ce qui sera bientôt la « Brisack Touch » (si si, j’assume l’intitulé !).

rainy day talesEnfin, en décembre, je reçois le nouvel opus de Terry, en groupe (et avec Johan Asherton en special guest, normal) ; un disque produit par Patrick Chevalot à qui l’on doit quand même le « son » de mon disque de folk-rock made in France préféré (God’s Clown, le premier album en solo de Johan —encore lui). La chose s’appelle Rainy Day Tales et… La vache, les petits amis, quelle claque ! « Medusa », en ouverture, est un premier coup de boule. Gentil, le coup de boule, mais coupdeboulesque quand même, avec sa cavalcade de guitare surf décomplexée, aussi bavarde que le morceau est (presque) dépourvu de paroles…

Ensuite, on revient davantage en terrain connu, le disque étant la plus juste suite aux opus précédents, avec une exigence de chaque instant, tout en subtilité(s), une instrumentation riche et prenante et, donc, l’apport indéniable de Patrick Chevalot à la production. Avec aussi l’apport de cuivres et d’une petite touche jazzy, de temps à autre —ainsi qu’un titre (« Lon Chaney », sur l’acteur donc) chanté… en français. Franchement, si comme moi, ce que vous préférez chez un songwriter c’est la densité maîtrisée et chez un producteur la limpidité insolente, vous ne serez aucunement déçu par la confrontation, ici, de l’un et de l’autre.

Bref, Terry Brisack est MA découverte contemporaine de l’année écoulée, je suis bien content de la partager avec vous aujourd’hui et, clairement, si Crossroads existait encore au format papier, sûr qu’on y étalerait sa trombine sur de nombreuses pages, voire en couverture ! Pas moins…

Nota : le rangement par ordre alphabétique de mes disques fait qu’aujourd’hui ceux de Terry Brisack sont voisins de ceux de… Dan Brodie ! Amusant (ou pas)…

CONCOURS : 2 INTÉGRALES DE 4 CDs À RAFLER ! Pour cela, il vous suffit de nous écrire (à l’adresse concoursbrazil3.0 (a) gmail.com) et répondre à cette simple question : à quel grand disque de classic rock de 1975 Vincent Price a-t-il aussi donné de la voix ? (un tirage au sort départagera les bonnes réponses reçues avant le 25 janvier 2016, à minuit)

Terry Brisack & Band, « Rainy Day Tales » (disponible)

 


Christophe Goffette

 

 


Kankoiça
janvier 2016
L Ma Me J V S D
« déc   fév »
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031
Koiki-ya