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SÉQUENCE VINTAGE (chroniques DVD)

SÉQUENCE VINTAGE

Le dernier western muet de John Ford, Humphrey Bogart chez Edward Dmytryk et Yul Brynner dans une adaptation de William Faulkner, voilà ce qui vous attend ! Et c’est quand même plus agréable qu’un coup de pied au cul !

 

TSCTROIS SUBLIMES CANAILLES réalisé par John Ford avec George O’Brien, Olive Borden, Lou Tellengen…

Dakota, 1877. Le gouvernement américain distribue des terres confisquées aux Indiens par le biais de « courses à la terre », dans lesquelles des centaines de pionniers, rêvant d’une vie meilleure, espèrent arriver les premiers sur un lopin de terre dont ils deviendront propriétaires. Décidés à participer à l’une de ces courses, trois hors-la-loi prennent sous leur aile une jeune fille dont le père a été assassiné. Ils l’aideront à se trouver un compagnon et se sacrifieront pour elle.

Ce dernier western muet de John Ford que l’on qualifie de chef-d’œuvre mérite sa place au panthéon du genre. Trois Sublimes canailles est une œuvre précieuse à plus d’un titre car elle évoque la partie sombre de l’histoire américaine. John Ford revient sur la spoliation des terres indiennes et la honteuse répartition qui s’en suivit. Une redistribution sous forme de jeux de course. Pour la faire courte, on vous pique vos terres, on viole votre femme, on vous colle une branlée puis on offre vos biens à des joueurs de bingo.
John Ford est un cinéaste complexe à bien des égards. Quand il traite d’un sujet grave, il désamorce les situations critiques en prenant soin de mettre en lumière des personnages solaires ou volontairement décalés, comme si la bonne humeur donnait du relief au drame. Le métier l’a qualifié de « sale nordiste ». Toutefois, son œuvre est loin d’être manichéenne. Dans ses films, John Ford embrasse l’Amérique avec ce qu’elle a de pire et de meilleur. L’homme n’est pas un artiste naturaliste, encore moins un contemplatif, mais un incroyable raconteur d’Histoire. Trois Sublimes canailles pose les fondamentaux des chefs-d’œuvre à venir. En route vers La Chevauchée fantastiques.

 

JAQUETTE LA MAIN GAUCHE DU SEIGNEUR

LA MAIN GAUCHE DU SEIGNEUR réalisé par Edward Dmytryk avec Humphrey Bogart, Gene Tierney, Lee J.Cob, Agnes Moorehead…

1947, dans une province reculée de Chine, James Carmody, aviateur américain, échappe au redoutable seigneur de la guerre Mieh Yang. Lorsque le Père O’Shea est assassiné par les hommes du bandit, Carmody décide de se faire passer pour lui. Il se rend à la mission que le prêtre devait rejoindre. Il finira par prendre fait et cause pour les villageois et les aidera à affronter Mieh Yang.

La Main gauche du Seigneur est ce que l’on appelle une œuvre « vintage ». La dégaine nonchalante d’Humphrey Bogart fait toujours son petit effet. Bogart peut tout jouer. Il enfile une soutane, joue au curé, colle deux mandales au premier peigne-zizi qui l’embête et hop, on y croit dur comme fer. C’est un peu ça l’effet Bogart ! Le film n’est pas génial, ce n’est pas le meilleur « Dmytryk » mais Bogart est là, et quand Bogart est là, tout va. Je dois bien avouer que j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre ce petit drame d’aventure. Si La Main gauche du Seigneur vous donne l’envie de découvrir L’Homme aux colts d’or ou Les Ambitieux du même Dmytryk, je reprends volontiers une assiette de moules.

 

 

LE BRUIT ET LA FUREURLE BRUIT ET LA FUREUR réalisé par Martin Britt avec Yul Brynner, Joanne Woodward, Stuart Whitman…

Les Compson ont été l’une de ces riches familles du Sud des États-Unis, puissantes et orgueilleuses. Mais aujourd’hui, ils sont ruinés et se déchirent. Avec la misère, leur univers familial s’est désintégré, frappé par l’alcoolisme, la décadence, l’abjection. La jeune Caddy rêve de s’enfuir.

Yul Brynner porte une perruque. Voilà qui est dit. D’emblée, il faut évacuer toute problématique existentielle qui pourrait apporter de la confusion au débat. Le Bruit et la fureur est l’adaptation éponyme du roman de William Faulkner. Une chronique familiale ultra complexe qui joue sur les effets de miroir et de la dystopie. Comme il fallait s’y attendre, le film s’est fait éreinter par la critique. Adapter l’œuvre de Faulkner, c’est une tentative de suicide artistique (James Franco vient de s’y atteler avec Jon Hamm, nous espérons une sortie sur les écrans de cinéma français). Orson Welles aurait été l’homme de la situation. Mais que reste-t-il de ce naufrage ? Il reste un film aux accents désenchantés, mélancolique et nostalgique, où les souvenirs des années fastes hantent chaque coin et recoin de la vieille demeure familiale. On imagine le prestige d’antan, la maison aux mille influences. Désormais, le manoir décrépi, ventre boursouflé d’une baleine échouée, abrite les âmes tourmentées. Le bruit et la fureur ont vaincu. Si le film n’était pas l’adaptation inadaptable d’un pensum, on oserait affirmer que c’est un bon film. Il l’est.

Tous les films sont disponibles en DVD chez Rimini Editions


Cédric Janet


Kankoiça
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