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Le billet de mauvaise humeur de l’Affreux (épisode 4)

LE BILLET DE MAUVAISE HUMEUR DE L’AFFREUX !

Ce matin, des nuages chargés d’une grisaille fielleuse pointent leur tronche au-dessus de ma trogne mal lunée… J’ai le poil torve, l’haleine chargée, j’ai mal pioncé… Un café mal ingéré avalé, je m’attelle à la petite douceur qui me fera digérer la journée, mon billet de mauvaise humeur !

Et pour ce quatrième billet au drapeau brazilien, je m’échappe furtivement du domaine culturel qui sévit usuellement sur ces pages, pour jeter un œil acéré sur le phénomène de société qui fait rire notre jeunesse désopilante, le gaz hilarant…

Épisode 4 : Fou rire jaune avec mon gaz hilarant…

Billet d'humeur 4 Frizou web

Le gaz hilarant est un petit remède au cafard du soir qui cartonne, en ce moment, chez les goddam d’Outre-Manche et commence à se répandre comme un feu de poudre pétaradante dans notre sympathique contrée…

C’est quoi le gaz hilarant ?

Un truc tout con : du protoxyde d’azote, une substance initialement utilisée en cuisine ou par les hôpitaux comme anesthésique (il faut bien ça pour annoncer aux patients leur cancer en phase terminale). Le protoxyde d’azote, aussi connu sous le nom de gaz hilarant, est stocké sous forme liquide dans des bonbonnes ou des cartouches métalliques de forme ovale. On s’en sert un peu partout, dans l’industrie, en médecine ou dans des appareils à usage domestique (il faut bien que la ménagère s’éclate). Lorsqu’il est expulsé de son conteneur, le protoxyde d’azote devient un gaz très froid, incolore à l’odeur douceâtre qui fait le bonheur de notre jeunesse au rire jaune mordoré.

Chez nos ennemis-intimes-adorés, les Anglais, c’est le carton :

Ils inhalent ça dès le petit déj’ tandis que nous on siffle ça après le petit jaune… Il faut dire qu’ils ont toujours été plus rock’n’roll que nous, les petits scarabées…

Les autorités, « en panique au secours ! », traquent les revendeurs de cette nouvelle DROGUE DANGEREUSE (on appelle « drogue » tout ce qui n’est pas homologué par l’État, comme les plantes médicinales, par exemple) sauf que celle-là est bien légale, puisqu’on la trouve en vente en grande surface, sur le net, dans les hôpitaux, dans la cuisine de votre mère-grand… Plus besoin d’aller risquer votre peau dans une ruelle sombre pour choper votre fou rire…

Sujet sociétal ô combien brazilien, oui, à Brazil, nous sommes raccords avec notre époque, et nous voulons, en bons explorateurs des grottes des lascars, piger ce qui agite le cerveau de La Jeunesse, à qui l’on va bientôt confier les clefs de notre lendemain (comme c’est beau) et de notre lectorat qui se marre en lisant nos papiers inspirés en inspirant des bouffées de gaz qui fait rire…

Un petit billet sociétal ne fait pas de mal… Si Si ?

billet-3-3-webLa drogue, à quoi ça leur sert, aux jeunes ?

But numéro 1: à s’évader d’un quotidien casse-bonbon (matraquage scolaire abrutissant, caries dentaires plombantes et connerie parentale transgénérationnelle) et du no futur pourri qui guette leur avenir sans lendemain parce qu’on leur rabâche, depuis leur chère et tendre enfance, que le chômage leur pend au nez…

But numéro 2 : se marrer avec leurs amis un soir de matage de Zabriskie Point, film psychédélique en chef, et pourquoi pas choper au passage la belle Pamela qui frotte, à son insu (pour les naïfs), ses tétons contre votre échine courbée par la timidité…

But numéro 3 : « bad triper » ses angoisses en solo, ou en groupe, et là, c’est moins fun, parce que c’est tendance….

Il faut dire que…

…plus les années passent, plus les siècles défilent oncle Émile, plus les perspectives utopiques de Thomas More narrées dans son livre Utopia se font la malle…

Eh ouais… Entre une planète qui tire sévèrement la tronche à force d’être traitée comme une poubelle titanesque, les médias et les politiques qui radotent au quotidien que « tout est foutu ! » parce que la génération d’avant a épuisé toutes les ressources naturelles de la Terre pour assouvir leur train de vie Dolce Vita, les types de Daesh qui veulent nous assassiner dans notre sommeil parce que nous sommes tous des salopards infidèles, la Corée du Nord qui pète un plomb nucléaire, ma grand-mère qui vient me tirer les oreilles depuis l’au-delà… Brrr… On a peur !!!

Nos jeunes sont élevés dans cet Affreux climat réjouissant… Ils croquent vite et mal leur baguette blindée d’additifs, d’amylase et de gluten (super glue qui pourrit les intestins) et dégazent sévèrement leur malbouffe en cours de physique-chimie. Faut-il y voir un rapport de cause à effet avec la drogue du moment ?

Alors, il faut les comprendre, les kids, quand ils s’envoient un p’tit truc qui les fait planer le temps d’un baiser. Qu’est-ce qu’il leur reste sinon la pilule virtuelle ?

C’était comment, avant, dans l’ancien temps ?

billet-3-1-webDu temps des hippies, et des seventies, crise pétrolière en prime bonus, c’était le LSD, les champignons magiques qui faisaient triper… Led Zeppelin, The Doors, The Beach Boys, venaient frapper à nos portes de l’inconscience… À cette époque, y’avait de la joie, malgré les horreurs du Vietnam, de l’Algérie et les traumatismes de la Seconde Guerre Mondiale… Des lendemains chantants étaient envisageables, car tout était à reconstruire… Les centrales nucléaires implantées aujourd’hui partout dans le monde n’angoissaient pas nos matinées… Les ondes invisibles n’échauffaient pas notre matière grise (tu m’étonnes qu’on soit tous en burnout)…

On pouvait, à l’époque de Bob Marley, fumer son spliff du soir et kiffer sans histoires… Aujourd’hui, t’as intérêt à éviter le stick, si t’es anxieux à tendance histrionique… Surtout si tu vis à Flamanville, la patrie du champignon radioactif…

Du temps des eighties, on avait les MDMA, des amphétamines hautes en couleur pour nous sortir de notre quotidien asphalté. C’est là que l’infâme mouvement technoïde et ses basses tabassantes issues de Détroit, aux States, ont commencé à nous gâter les tympans. C’est là aussi, que l’on a commencé à sérieusement broyer du noir et virer gothiques… Les New Rock cloutées et les mèches curistes suivirent la Joy Division… Tout ça ne présageait rien de bon… Et puis, l’infâme SIDA nous est tombé dessus et a niqué notre free sexe, notre insouciance, notre liberté, notre utopie, notre avenir déjà tout plombé… La nique sans le latex, c’était quand même plus bandant… Maintenant, t’as intérêt à chausser le caban… Car, nous sommes gouvernés par la Peur !

Seule la picole traverse les siècles sans surfer sur le contexte sociétal ou culturel. L’ambroisie des Dieux, et le houblon des moines se tapent de nos problèmes… Les bois-sans-soifs sont protégés par Dionysos, leur Saint Patron, qui chante, danse et joue de la flûte jusqu’au petit matin rien que pour eux.

Mais nos jeunes, plus aigrefins que nous, et plus flippés par les emmerdes qui leur pendent au nez, ont trouvé mieux en matière d’échappatoire, le gaz hilarant, une petite fuite en avant facile à se procurer, qui ne coûte pas un rond, sans conséquences selon les vendeurs, à consommer sans modération dès le berceau (vous trouverez du gaz hilarant premier âge dans toutes les bonnes pharmacies).

Les soirées facebook avec applications 3D, chez l’ami Tony (on a tous transité chez lui, une nuit…), place de la République en raffolent…

Aujourd’hui, le trip n’est plus musical… il est mélancolique… D’où le gaz qui rit jaune…

Le gaz hilarant selon un jeune utilisateur : « C’est euphorisant, ça entraîne un rire totalement incontrôlé et une distorsion des sons, comme s’il y avait de la réverbération. En deux-trois minutes, on est de retour à l’état normal. Ça permet vraiment juste de rigoler un coup entre amis »

Du coup, les pouvoirs publics s’en mêlent, y compris chez nous, où le gaz commence à percer, comme je me marre… Les Anglais, toujours aussi supporters des causes qui ne servent à rien, refusent de courber l’échine devant les autorités ! Ils se sont donné rendez-vous, l’été dernier, aux pieds de Big Ben, pour inhaler leur gaz publiquement ! Un soulèvement populaire, en somme…Avant, on balançait des pavés dans la tronche des Républicains… Une autre façon de soulager ses besoins pressants…

Leur revendication ? Le droit d’exploser leurs neurones en toute liberté comme le souligne le hashtag suivant : « #mymindmychoice », en français pour les vieux : « ma tête, mon choix » :

 « Nous devrions être libres d’acheter, de vendre, et de consommer les substances de notre choix si c’est fait de façon responsable et sans danger pour autrui. Ce sont nos corps, nos têtes, et nous devrions pouvoir être libre d’en faire ce que bon nous semble. »

billet-3-2-webQuelle leçon tirer de tout ça ? Y’a-t-il véritablement une leçon à tirer ? Les causes engendrent-elles toujours, de nos jours, des conséquences ? Comment un Affreux ose-t-il s’adresser à nos consciences malmenées ?

Eh bien… la leçon est simple… Si si ! Laissons ces jeunes s’éclater les neurones avec leurs ballons de baudruche bidonnants… C’est vrai, quoi, cette génération, que l’on surnomme la Lost generation (Non ? Maintenant si !) s’est enfin trouvé un kif qui colle à ses réseaux sociaux à rallonge, ses tablettes son et lumière, ses applications Ali Baba, sa nouvelle manière de draguer fissa via computer qui évite les vents réels, son monde désincarné, dématérialisé parce que la planète est trop petite et trop « pourrite » (comme disent les collégiens) avec ses océans plastifiés qui ne sont pas à la hauteur des océans virtuels bleus pétaradants de James Cameron…

Depuis leur plus jeune âge, on leur a prédit qu’ils allaient pointer au Pôle emploi et finir comme leur grand-père pompier, avec un cancer du poumon.

Qu’on ne s’étonne pas que le petit Bastien, mon voisin de douze ans, préfère dégommer du Troll dans World of Warcraft que se préoccuper de ce qu’il aimerait faire quand il sera en âge de travailler (boucher ? Dexter ?) Travailler pour quoi faire ?

Faire plaisir à une maman qui n’a jamais trouvé, la sienne, de vocation ? Et à qui vous avez gâché la vie parce qu’elle a sacrifié la sienne, de vie, pour vous élever, sales ingrats ? Travailler pour enrichir un patron ventripotent qui vous chie sa colique à la gueule ? Polluer encore plus nos campagnes et nos assiettes en usinant pour EDF ?

Qu’on les laisse festoyer dans leur tête en paix, ces gamins !

Attention, les cathos, je ne suis pas en train de dire que « la drogue c’est fun », je ne suis pas payé sous le manteau par les vendeurs de came, je dis simplement, calmement, d’humeur détestable, parce que je suis né du mauvais pied (et parce que c’est le but de cette rubrique de tirer dans le troufion des bien-pensants), que laisser à ces kids l’illusion de s’évader ne fait de mal à personne, si ce n’est à eux-mêmes…

Le gaz hilarant n’a rien d’un problème majeur, aussi, « Les Autorités, je vous demande de vous arrêter », crié-je haut et fort en hommage à Balladur.

billet 3 6Une jeunesse qui voit ses promesses brisées n’a pas trop envie de s’insérer, comme ils disent, dans la communauté Orwellienne… Alors, pourquoi ne pas s’offrir un p’tit ballon ?

Là, je fais l’avocat du Diable… Je ne suis pas con (un peu quand même)… Je sais bien que le funny gaz a ses revers… En Angleterre, des ados sont morts suite à « une consommation sans modération » (comme pour toute substance « sympa », le café y compris, faut savoir lever le pied…). Et le gaz, pire qu’un mauvais pet de Jean-Marie Le Pen a aussi ses effets secondaires : nausée, crampes abdominales, céphalées, arythmie cardiaque, troubles musculaires, neurones qui partent camper sans vous, connerie en masse, etc.

Donc, les kids, amateurs de Marie-Jeanne et autres bonbons, allez-y mollo quand même, histoire de veiller à ce que nos politiques du présent et du futur (et les patrons qui couchent avec) ne nous foutent pas plus dedans… Car, l’univers sera vôtre, quand nous serons morts, nous, la Génération Aluminium (si vous ne pigez pas la référence, foncez piquer mon roman, Système A, à la FNAC près de chez vous).

L’expérience, même la plus idiote qui soit, comme faire du saut à l’élastique quand on a une spondylarthrite ankylosante (ah, le con !), c’est important dans une vie… Le truc, c’est de savoir jongler entre les bonnes et les mauvaises expériences, histoire de ne pas trop cramer les ailes de Cupidon.

Et, gare à ce qu’elle ne prenne pas le pas sur votre vie, cette « expérience » (en deux pas on refait le monde)… Car, se plonger dans son existence est le plus beau trip qui soit…

La perspective est-elle si Affreuse ?

Sur ces beaux maux, je vais faire un tour à l’hôpital Pompidou, à deux pieds de chez moi, et piquer deux-trois caisses de ballons bidonnants…

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAffreusement vôtre, les jeunes.

L’Affreux.

To be continued…

Un billet acéré par le fleuret spadassin d’Arnaud Delporte-Fontaine et ciselé par le fusain sanguinaire de Frizou.


Arnaud Delporte-Fontaine

 


Kankoiça
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