Abonnez-vous !

WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

Hommage au guitariste inconnu [GÉRARD DECARLI]

Hommage au guitariste inconnu [Gérard Decarli]

Verlaine disait : “De la musique avant toute chose”. Ou quand l’art poétique explose les ornières, ouvre ses oreilles, et nous conseille vivement d’en faire autant —et pas qu’un peu. Poésie, musique… La vie, quoi !… Et parce que la musique, c’est la vie, certains y consacrent tout leur temps de libre et y mettent toutes leurs forces, toute leur énergie et chaque petite particule d’humanité brinquebalée encore cahin-caha par leur carcasse toujours vivace en ce (bien) bas monde —et de fait pas encore terassée par le système actuel, où médiocrité, fainéantise et posture sont reines… Pouah !…

Gerard DecarliDes passionnés qui, par le biais de la composition —ou simplement de l’utilisation acharnée d’un instrument (ou même de plusieurs, soyons fous !) pensent leurs plaies (non, il n’y a pas de faute d’orthographe à “pensent”), mais qui sont aussi altruistes que possible en faisant en sorte de partager bonnes vibrations, états d’âme musicaux et les coups de cœur qui vont forcément avec, à ceux qui accepteront de se joindre à cette communion d’esprits mélomanes malins.

Généralement autodidactes, leur instrument de prédilection est la guitare… Parce qu’aucun autre instrument ne peut être autant caressé, cajolé et chouchouté qu’une guitare. Beaucoup de guitaristes utilisent cette métaphore : on peut même faire l’amour avec sa six-cordes (et même avec une douze-cordes pour les plus gourmands !). En tout cas, l’homme et la guitare sont faits pour s’aimer, pour se parler, se comprendre… Pour vivre ensemble. Et puis, la guitare est faite de bois et de métal et les guitaristes les plus émérites, reconnus, méconnus —ou inconnus, donc— sont de véritables artisans, au sens noble du terme, à rapprocher donc de ceux qui travaillent le bois ou le métal, pour rester sur la même analogie à deux balles et trois accords.

Ces passionnés qui inlassablement triturent leur instrument, chez eux, parfois de façon exclusivement solitaire, d’autres fois simplement soutenus par des proches (mais ce soutien est “good as gold” comme disent les anglosaxons : il est essentiel, vital même), je les appelle les “guitaristes inconnus”. Cette dénomination un peu stupide (je l’admets) pas pour rappeler le cloisonnement généré par leur anonymat, mais parce que je considère qu’ils devraient être commémorés et fêtés au même niveau que notre tristement célèbre soldat inconnu. Chacun de ces passionnés acharnés mériteraient qu’on dresse un arc de triomphe en leur honneur, bien plus que tous ces branleurs à la petite semaine, fils de ou copiés-collés de, sans talent ni ferveur ni passion, mais à l’opposé carriériste, opportuniste, populiste et plein d’autres trucs détestables en “iste” —ou pas, qu’on retrouve en tête de gondole dans nos supermarchés et autres solderies musicales contemporaines.

Aujourd’hui, je voulais vous faire découvrir l’un de ces “guitaristes inconnus”, Gérard Decarli, épicentre (et motivation première à l’écriture) de cet article.

Gerard Decarli_FlouArtGérard joue de la guitare depuis toujours, il a aussi longuement animé un blog pour faire partager ses découvertes ou pour mettre l’accent sur des groupes ou artistes qu’il considère injustement dans l’ombre. Plutôt attiré par les sonorités d’outre-Manche, on y retrouvait XTC, les Kinks, Mark Knopfler ou encore du folk britton plus rare… Mais l’ouverture d’esprit de notre homme l’amène aussi vers des rivages plus roots (le regretté Stevie Ray Vaughan, par exemple… guitare de haute voltige oblige !) ou même plus metalliques (Opeth !… Opeth, quoi !… Ce que le métal, sous son appellation la plus large, a donné de mieux ces vingt dernières années ! Si si… Que ceux qui ne sont pas d’accord sortent immédiatement de ce site !).

Mais surtout, Gérard a sorti un très joli disque, Flou Art qui, d’ailleurs, porte admirablement bien son nom, avec ses volutes de guitares aériennes, cotonneuses, ses mélodies éthérées tout en délicatesse. Un disque enregistré dans son coin, entièrement autoproduit mais sans que le manque de moyens ne vienne trahir ni les compositions ; ni, surtout, leur belle âme. Elles paraissent parfois un peu simplistes, mais dès que l’on accepte de se laisser envelopper par leur apaisanteur moite, teintée parfois d’un soupçon de psychédélisme, dès qu’on accepte de les écouter et pas de les entendre, elles se frayent un chemin en nous car elles sont l’expression de l’humanité d’une personne —et la réussite première de ce disque est bien de rendre vivace et de transpirer cette humanité par tous les pores, comme la B.O. parfaite d’une vie consacrée à une passion, comme un cercle qui se referme, comme l’humanoïde erectus guitarus qui reprendrait sa position foetale. Mais que cela n’empêche surtout pas Gérard de nous en faire un autre, de disque ! En l’attendant de pied ferme, nous allons lui construire l’arc du triomphe qu’il mérite.

Gérard Decarli, « Flou Art » (disponible par ici) / Et le blog, c’est par là)

 


Christophe Goffette


Kankoiça
janvier 2016
L Ma Me J V S D
« déc   fév »
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031
Koiki-ya