Abonnez-vous !

WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

CHRONIQUES JANVIER [CD/DVD/BD/livres…]

CHRONIQUES janvier 2016

On aura mis le temps (10 mois !), mais voilà que débarquent enfin nos chroniques braziliennes, chroniques qui vont se multiplier comme les petits pains (dans la gueule, parfois, forcément, on ne change pas une équipe qui dégaine) et que vous retrouverez dans un premier temps un peu bordéliques (tout ensemble), puis, peut-être, si vous êtes sage —ou si nous décidons subitement d’être raisonnables, ne comptez donc pas trop dessus quand même— bien rangées et cloisonnées par catégories (musique, ciné, lecture, blabla…). À noter qu’une seule page sera créée chaque mois, alimentée régulièrement. N’hésitez donc pas à y revenir !…

 

le dernier stade de la soifL’Exley d’alcool. Que ceux qui ne l’ont ni bu ni lu plongent. “Le dernier Stade de la Soif” dépeint une véritable réussite en terme de vie ratée. Chronique d’une de ces sublimes proses écrites en verres.

68. Au cœur d’une Amérique triomphante et héroïque, Frederick Exley a vraiment à cœur de tremper son échec dans l’alcool. L’individu titube entre une paternité désastreuse, un boulot de prof en demi-pintes et des internements psychiatriques à répétition. Il tente de se rattraper de façon à la fois lamentable et providentielle à Gifford, son idole des New York Giants. Et Exley de nous détailler précisément le grand bouillon de sa vie naufragée. 

Ils sont rares les auteurs capables de dépeindre avec une telle superbe la mare dans laquelle ils se noient, cette dérive alcoolisée qui a l’extrême intelligence de les rendre faibles. Les détails narratifs finalement importent peu, car jamais un roman n’a aussi bien retracé l’histoire chaotique de toute une survie. Allez ! Bottoms up ! TB

Le dernier stade de la soif, de Frederick Exley (Ed. Monsieur Toussaint Louverture | 448 p., 23,50 EUR) 

 

 

Le PornographeL’éditeur Elephant Films a relancé l’intérêt autour de Shohei Imamura avec la sortie simultanée de trois de ses films de jeunesse un peu avant Noël, faisant (re)découvrir un réalisateur libre-penseur, chroniqueur acerbe de son époque et il faut le dire doté d’une sacrée paire de boules de geisha dans le kimono.

Citez-moi le nom d’un réalisateur japonnais ayant obtenu deux palmes d’or à Cannes tout en restant inconnu du grand public ? Bon, c’est vrai, la palme cannoise n’est pas nécessairement un sésame pour entrer dans la mémoire des spectateurs (et accessoirement dans les programmes des complexes), mais quand même… Si ça continue, je vais vous SAKE (et oui comme dirait le louche réalisateur… Tout ça pour ça !!!).

Pour revenir à nos nems, une petite « miso-point» : Shohei Imamura, oui c’est le nom du samouraï qui découpe ses scènes au kai hey (encore plus tiré par le scalp, celui-ci !). Né en 1926, parti rejoindre Narayama en 2006, il a réalisé 19 longs métrages (fin de la bio, on n’est pas non plus dans les cahiers du cinéma ici). En France, nous connaissons tout particulièrement sa dernière phase créatrice avec ses deux palmes d’or. En 1983, La ballade de Narayama (beau, obscur, lent, poétique) et en 1997 le très abscons l’Anguille (ou la nécessité de manger du poisson pour être intelligent et personnellement « j’arrête » pas… mais bon, j’ai pas tout compris). Si je puis me permettre (vu que je ne m’adresse pas au Poelvoorde de C’est arrivé près de chez vous), je vous conseille Pluie Noire (1989) magnifique chronique sur Hiroshima et, promis je vais me soigner cette vilaine peau Benoît.

La femme insecteImamura était un réalisateur qui ne laissait pas indifférent tout bonnement parce qu’il ne filmait pas avec le dos de la baguette, ses longs métrages étaient assez (voire plus) subversifs, même si les années 60 défloraient les conventions dans bien des domaines. Le Pornographe (1966) est un modèle d’anticonformisme assez étonnant, abordant des sujets aussi légers que l’industrie (juteuse ?) de la pornographie, du viol, de l’inceste et autres sucreries interdites au pays du soleil levant ou couchant… on ne sait plus finalement. Le tout raconté et filmé sans le moindre bout de cuisse fardé d’un porte jarretelle au fin goût de lotus faisant darder le bambou d’un pauvre panda exsangue. Si vous ne deviez en prendre qu’un seul (si je peux me permettre), jetez votre dévolu sur ce pornographe sacrément couillu.

La femme Insecte (1963) est un autre sacré morceau de bravoure montrant le parcours d’une femme née dans la pauvreté la plus absolue, dotée d’un père pas très aidant, ni aidé (analphabète ? Handicapé ?). Souffre douleur de sa famille, incapable d’élever son enfant (qu’elle laisse à son père)  elle part en ville pour grimper les échelons sociaux à l’aide de son corps. Prostituée, puis à l’aide d’un fongecif réussi, gérante d’un réseau de call-girls, elle s’en sort grâce à une volonté hors du commun dans ce monde d’hommes fait par les hommes pour les hommes.

Cochons et cuirassésCochons et Cuirassés (1961) est un peu moins abouti (en terme de réalisation), mais son sujet était si sulfureux et sa vision si peu consensuelle qu’elle lui valu deux ans d’interdiction de filmer. Imamura n’hésitait pas à combattre le tabou de l’occupation américaine d’après guerre qui, selon lui, forçait les Japonnais à vivre les pires humiliations. D’où cette comparaison des Américains avec nos amis porcins, responsables selon lui de la montée en puissance de la pègre, des réseaux de prostitution et du marché noir (entre autres).

Trois longs métrages plutôt kamikazes qui permettent de se délecter du  sacré-salé réalisateur : Shohei Imamura. JST

Cochons et Cuirassés, La Femme Inceste et Le Pornographe (Elephant Films, DVD ou combo Blu ray+DVD, disponibles)

 

 

Skunk AnansieUn nouvel album de Skunk Anansie est toujours un événement. De fait, on ne sait jamais à quelle sauce on va être mangé par Skin et ses zozos. Ici, il s’agit du Skunk Anansie le plus « facile d’accès » (notez quand même l’emploi des guillemets), qui se concentre autour de la voix toujours aussi incroyable de sa chanteuse, avec des titres un peu unilatéraux, monolithiques parfois avec leur basse ronflante et leur utilisation un peu exagérée des basses fréquences. Alors oui, ça sonne !… Mais on les préfère plus explosifs dans leur traitement sonore… Attention, je n’ai pas dit de ce Anarchytecture (et si le titre disait déjà tout du disque ???) qu’il était trop commercial ! Et pas non plus que le groupe ne s’aventurait pas non plus, ses constructions mélodiques en cathédrale étant tout de même des modèles du genre. Non, du bel ouvrage, produit au cordeau, pêchu, addictif. On les préfère juste quand ils défrichent des contrées plus rugueuses, plus métalliques, plus ébouriffantes en somme. Plus rock, quoi ! Oui, voilà, si ces onze nouvelles compositions font indéniablement taper du pied, elles ne décoiffent qu’en de trop rares moments (très belle doublette « That Sinking Feeling »/ »Without You » en milieu d’album). Mais le traitement du live viendra sans doute leur rendre justice. À voir sur scène donc, à Bruxelles le 7 février (Ancienne Belgique) et à Paris les 10 et 11 février (Trianon). SL

Skunk Anansie, « Anarchytecture » (Verycords, DVD ou LP, disponibles)

 

Culture RockChouette nouvelle édition de l’encyclopédie Culture Rock de l’ami Denis Roulleau, mise à jour comme il se doit (le chapitre dédié à Crossroads est toujours bien présent, forcément, avec même la mention de la création du site, nom d’une chouquette, voilà une nouvelle qu’elle est bonne !). On gagne tout de même près de 70 pages dans la manœuvre, soit un bon quart de lecture wok & woll supplémentaire, ce qui n’est pas négligeable. Surtout que l’auteur, déjà coupable du tout aussi gouleyant « Dictionnaire de la littérature rock » chez Scali en connaît un rayon !

D’ailleurs, plus qu’une encyclopédie, il s’agit presque d’un manifeste, d’un geste militant, véritable répertoire illustré de l’attitude rock, du vivre rock, et donc aussi du lire rock, si tant est que ces bestioles aient une quelconque signification. Le tout est par ailleurs maquetté un peu à l’ancienne, façon fanzines rock & punk (mais en couleurs, faut pas déconner non plus, hein !), ce qui n’est pas pour nous déplaire non plus. Belle iconographie aussi pour ce bouquin, dont l’instigateur de la première édition était notre cher Gilles Verlant —dont la simple mention en couverture nous rappelle à quel point il nous manque. Peut-être pas une bible ultime sur le sujet rock, mais pas loin non plus, puisque traitant aussi de graphisme, de BD, de cinéma, de mode, de photographie, etc. En tout cas, un ouvrage déjà plébiscité en 2001 par tout ce que le monde du rock connaissait d’activistes en France (Crossroads inclus !), et pour lequel nous répétons ici le plus grand bien que nous en pensons, à l’occasion —donc— de cette première mise à jour tout à fait réussie et parfaitement dans le prolongement du volume originel. Rock on, motherfuckers ! SL

Culture Rock, de Denis Roulleau (Flammarion, 376 pages, 29,90 EUR)

 

GuttercatsLe rock romantique et un rien hard punk glam héritier des géniaux New York Dolls n’a quasiment plus de représentants dignes de ce nom en activité. Même Hanoi Rocks a re-rendu l’éponge en 2009, c’est dire !… Et qu’on ne nous parle pas du retour de la baudruche Guns & Roses, il est question ici de « way of life », pas de posture. D’énergie et d’âme, pas de formule. Et encore moins de business !… Jouer parce que c’est ce qui fait vivre, pas « en vivre » au sens pécunier du terme. Je ne sais pas si vous saisissez la nuance ? D’ailleurs, c’est bien plus qu’une nuance, c’est un fossé, un gouffre !… Nikki Sudden, lui, en est carrément mort !… Quant aux Dogs d’Amour, cela fait un bon moment qu’ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes et en sont réduits d’ailleurs à ré-enregistrer leurs propres albums !!!!

Hé bien figurez-vous, que le dernier groupe encore sur pied et méritant une oreille plus qu’attentive, ce pourrait très bien être nos Guttercats nationaux ! Et ouais ! Qui a dit déjà qu’on ne comprenait rien à la chose rock en France et qu’on n’était pas capable de torcher la moindre rock & glamerie quatre étoiles au pays du fromage et des étiquettes ? Qui ne l’a pas dit, surtout ?!…

Et Guttercats, groupe à géométrie variable, de nous prouver aisément le contraire, avec un troisième album portant le patronyme (admirable lui aussi et parfaitement bien trouvé) de Beautiful Curse. Des malédictions comme ça, on en veut bien tous les jours, et même trois fois par jour, avec ou sans ordonnance !… Le disque regorge de riches mélodies et d’harmonies tout aussi arachnéennes mais cristallines, qui sont autant d’amoncellements de guitares, électriques et acoustiques ; peu importe la six-cordes, pourvu qu’on ait l’ivresse !… Et l’ivresse, elle ne nous quitte pas une seconde, tout au long de l’écoute de ce disque qui restera comme un des grands moments de l’année passée (oui, nous sommes un peu longs à la détente, sur ce coup-là, mea maxima culpa !)CG

Guttercats, « Beautiful Curse » (Closer, CD ou LP+CD, disponibles)

 

Balkun BrothersChez Dixiefrog, la musique n’est pas affaire de rentabilité, mais de passion, d’échange et de partage. Le catalogue est majoritairement bluesy, mais on peut y retrouver l’ami Little Bob, l’avant-dernier Hell’s Kitchen ou bien ce Balkun Brothers qui fait partie de la nouvelle collection « Bordeline blues ». Label dans le label, « Bordeline blues » aura pour mission de dénicher toutes les nouveautés rock largement inspirées par la filière blues. Du blues-rock plutôt rugueux, abrasif, décomplexé joué par une jeune génération qui ne rechigne pas à puiser dans le répertoire des grands-parents afin de (re)dépoussiérer la bête blues. Et de l’énergie, les frères Firey (Steve & Nick) n’en manquent pas, oh non !!!

Pour ce premier album en tant que fratrie rock, j’insiste sur le terme fratrie, car les garçons ont déjà enregistré en 2014/2015 un disque fort sympathique intitulé Redrova (mais en trio), les frangins font fort (play loud of course). Douze titres qui vont vous desquamer les vieilles peaux tapies au fond de vos esgourdes et remettre un peu de sang neuf dans vos lobes endormis. Parce que les frangins jouent la musique du diable avec le vil feeling qui va les emmener au crossroads du nirvana. Une guitare, une batterie et vas-y les gars qui font du bordel comme douze, et finissent par vous faire taper du pied comme un abruti sous tranxen. Une juste idée du bonheur lorsqu’on écoute un bon vieil album au casque seul avec soi-même.

Une seule reprise, « Mean Town Blues », du regretté albinos Winter, disséminée façon machine à laver (mode essorage), donne le tempo du rythme assené par les frangibus. Pour canaliser ce surplus d’énergie, on trouve aux manettes du studio Popa Chubby (grand manitou Dixiefrog en chef), qui tente d’éviter que le duo ne parte dans des numéros de soliste incontrôlés (ce qu’ils doivent réussir haut la main les soirs d’ivresse musicale). On retrouve d’ailleurs la patte du boucher du Bronx sur quelques morceaux de bidoche bien tendres ; témoin ce « Bapadubap » qui a le rythme chaloupé et sexy des premiers Popa.

Pour résumer : si vous aimez flâner Leadbelly en mode Zeppelin, tanguer sur Broonzy façon Howling Iguanas, ou tout simplement vous écouter du bon blues-rock-rock-rock par deux petits jeunes aux tenues aussi improbables que le succès médiatique annoncé de cet album iconoclaste, foncez acheter ce Balkun Brothers, car il est fait pour « toi », lecteur (crossroadien-)brazilien en herbe. À consommer sans modération (le Balkun Brothers, évidemment…). Et à ne pas louper lors de la tournée hexagonale prévue en 2016. JST

Balkun Brothers, « Balkun Brothers » (Dixiefrog, disponible)

 

TO BE CONTINUED…

 


Thierry Brioul, Christophe Goffette, Sam Lowry, Jean-Sébastien Thirion


Kankoiça
janvier 2016
L Ma Me J V S D
« déc   fév »
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031
Koiki-ya