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LAURENT ASTIER, un artiste complet [BD/ITW]

Laurent Astier, un artiste complet 

Vous avez beaucoup entendu parler en ce moment dans le petit monde de la BD de Comment faire fortune en juin 40 (Casterman, scénario de Xavier Dorison et Fabien Nury, dessin de Laurent Astier). Vous avez aussi entendu parler de L’Affaire des affaires qui permettait à Denis Robert de parler – entre autres – de Clearstream. Ça vous dit de savoir comment on s’y prend pour en arriver là ? Le dessinateur et scénariste Laurent Astier a bien voulu se confier à nous, nous présenter son travail et revenir sur plusieurs de ses albums. Laissez-vous entraîner par un auteur qu’on espère revoir souvent.

 

  • Comment faire fortuneSur Comment faire fortune en juin 40, tu interviens en tant que dessinateur. Puisqu’il s’agit de l’adaptation du roman Sous l’aile noire des rapaces de Pierre Siniac, comment se passe le travail d’adaptation en images ?  

Je me suis d’abord imprégné de la matière littéraire. Après le scénario de Fabien et Xavier, j’ai tout de suite lu le roman de Siniac que je ne connaissais pas, pour intégrer la matière originelle qui avait servi à leur adaptation, voir les différences entre les deux récits, et noter certains détails qui pourraient me servir (lieux, véhicules, armes, etc.)

J’ai aussi entamé la lecture d’un essai de Eric Alary sur l’Exode [L’Exode, un drame oublié, Eric Alary, Perrin, NDR] pour m’immerger un peu plus dans la période, même si dans le récit, cela allait servir essentiellement de background. J’aime bien me servir des projets pour connaître un peu plus de choses. Si on a une connaissance fine de la période, ça resurgira de toute façon sur le travail de dessin ou de découpage. Ensuite, il y a eu la logique travail de documentation, d’iconographie, de recherche photographique que ce soit par des livres traitant de cette période, sur internet, etc.

  • Comment les scénaristes et toi vous répartissez-vous les tâches ? 

Comme ce récit traite d’une équipe de braqueurs, Fabien et Xavier avaient envie d’avoir une démarche particulière en termes de travail et voulaient en former une pour cet album. Nous nous sommes donc réunis quasiment chaque mois une journée complète sur Paris pour des séances de travail. Suite à un premier galop d’essai de ma part au découpage, ils ont entièrement réécrit leur script. D’une, il restait quelques scories du récit dédié au cinéma et qui ne fonctionnaient pas avec le médium bande dessinée. Et de deux, ils l’ont fait à l’aune de mes envies de découpage. J’ai eu l’impression qu’on me taillait un scénario sur mesure. Et leur séance de lectures à deux voix me permettait de voir leurs envies, le rythme, le type de gag, etc.

  • Comment qualifierais-tu ta collaboration avec Xavier Dorison et Fabien Nury ?

C’était extrêmement intéressant car c’est comme si deux grands chefs me faisaient passer dans leur cuisine et me montraient les secrets de leurs recettes. Les premières séances, il a fallu que je me coule dans leur rythme effréné car c’est un ping-pong mental permanent entre deux esprits vifs qui sont amis depuis longtemps, se connaissent très bien et ont déjà eu l’habitude de travailler ensemble. Mais ils m’ont fait une belle place, car ils avaient de l’estime pour mon travail, en particulier sur Cellule Poison que j’avais mené au scénario et au dessin.

  • On reviendra sur Cellule Poison, mais d’abord, peux-tu nous expliquer comment tu procèdes pour les costumes, les décors, les véhicules, les avions, etc. ? 

Pour tout ça, je fais exactement comme pour les personnages. Il y a une sorte de grand casting. Selon les besoins du scénario, je cherche plein de véhicules, de costumes. Ensuite, je choisis ceux qui correspondent, et surtout qui auront le plus d’impact, de « gueule » pour l’histoire. En même temps, je vérifie s’ils étaient effectivement utilisés sur cette période précise car, même si c’est de l’aventure avec un grand A et non un pur récit historique, j’essaie d’être assez juste. Idem pour les décors, j’ai essayé de retracer sur une carte le parcours des personnages. Je suis même allé à Meung par un bel après-midi de printemps pour voir, sentir les lieux. Même si le pont avait été détruit à l’époque et n’avait pas été reconstruit à l’identique, je voulais voir la configuration de la ville, la géographie des lieux alentours.

  • CommentFaireFortuneEnJuin40_Laurent_AstierQuelle est ta marge de manœuvre pour les « bruitages », le look des personnages ?

Xavier et Fabien m’ont demandé de faire comme au cinéma, des séquences, des planches de recherches pour les véhicules pour les personnages, les costumes, les véhicules, certains lieux. ça permettait de se mettre d’accord et surtout d’avoir une sorte de bible graphique qui allait me simplifier la vie dans la suite du projet. Pour le reste, j’avais entière latitude.

  • Te sens-tu prêt à renouveler cette expérience ?

C’était vraiment fun et excitant. Le récit est jubilatoire, même dans son extrême violence, dans sa noirceur, comme peut l’être Inglourious Basterds de Tarantino. A la fin du projet, Fabien et Xavier ont lancé quelques idées en l’air sur un nouveau récit en one-shot avec les personnages qui restent. Et ces quelques idées m’ont bien donné envie de retenter l’expérience. Mais ça sera après Face au Mur, le nouveau projet que j’ai déjà entamé…

  • On attend de voir ça ! En observant tes divers albums, pour ce qui concerne le traitement de la couleur, tu sembles être un dessinateur qui aime les défis. L’exemple de Gong (2003, Vents d’ouest) est franchement remarquable et audacieux. Le héros est Anton Plavel un boxeur qu’on oblige à se coucher face à Mark L Dancre le danseur (on retrouve un certain Marcel C…). Un récit de vengeance, un polar… le noir et blanc que tu emploies, les jeux de contrastes font penser  à Frank Miller sur Sin City. Les personnages ou les situations sont révélés par des aplats de noir ; des zones de couleur noire ou blanche illustrent les changements de cases, les cordes du ring servent de bandes. Tu entames ton récit dès les pages liminaires, le titre  intervient plus tard comme une onomatopée, tu mélanges pleines pages, doubles pages, gaufriers, bords perdus… C’est un album à voir !La boxe, est-ce un univers que tu connais bien ? 

A l’époque, je n’étais pas encore allé voir de combats. La boxe, je voulais m’en servir comme d’une matière épique, une matière à histoires, avec son fort aspect graphique. C’était un vrai exercice de style. J’ai écrit une histoire simple, une histoire forte, du pur polar classique. Le plus grand travail serait dans la construction. Comment pouvaient s’interpénétrer trois niveaux de lecture, trois niveaux temporels, le passé, le présent, le futur fantasmé par le héros ? Comment faire vibrer une voix de radio tout le long du récit sans que cela vienne gêner la lecture ? Comment faire pour qu’il y ait une intro avant le générique comme au cinéma ? Comment faire pour que tout cette matière bande dessinée s’efface pour que le lecteur soit dans l’histoire, qu’il entende des sons, des voix ? Je lançais ainsi les bases de mon travail à venir…

  • Personnellement, je trouve que ça marche. Quelles étaient tes inspirations pour cet album ?

Il y avait d’abord le cinéma américain des années 40, 50, les films noirs comme par exemple le Port de la Drogue de Samuel Fuller, ou Nous avons gagné ce soir de Robert Wise. Et pour la bande dessinée, il y avait tous mes maîtres en noir et blanc, qu’ils soient américains du Nord comme Will Eisner, Milton Canniff ou Frank Miller, ou du Sud comme Jordi Bernet [auteur de Torpedo].

Et puis, dans le personnage du boxeur, il y a un peu du personnage de Bruce Willis dans Pulp Fiction, un peu du père de Matt Murdock alias Daredevil. Et le mafieux semble tout droit sorti du panthéon du Parrain de F.F. Coppola ou d’Il était une fois en Amérique de Sergio Leone.

  • Gong_Laurent_AstierQue penses-tu de la réception de ce one-shot par le public ?

C’est un album qui a marqué pas mal de monde dans le milieu de la bande dessinée car on m’en parle encore aujourd’hui. A l’époque, mon éditeur m’avait dit que mon dessin avait la trempe d’un Joe Kubert,[dessinateur de Tex, le cow boy de la série culte, NDR] ce qui est un sacré compliment. Il y a d’ailleurs pleins de lecteurs qui pensaient que c’était un dessinateur plus confirmé alors que ce n’était que mon deuxième album. Mais pour le public, cet album a eu un accueil assez confidentiel. Aujourd’hui, après 12 ans d’exploitation, on a à peine dépassé les 2000 exemplaires. Alors je continue de le demander en festival car il marche très bien en dédicace.

  • Tu as également testé la bichromie dans Cellule Poison (2006-2013 , Dargaud). Pourquoi ce choix ?

Au départ, le projet Cellule Poison était prévu en noir et blanc avec des effets de trame, en 4 tomes de 200 pages, au format double manga dans la collection Big Kana. Un peu ce qu’est Last Man aujourd’hui chez Casterman.

Mais on était en 2005 et mon éditeur m’a dit que le public n’était peut être pas prêt pour ça. Il m’a donc demandé d’en faire une version couleur. Je voulais conserver la trame et surtout ne pas adoucir le propos avec des couleurs classiques. J’ai donc fait de multiples essais, et la bichromie est assez vite tombée sous le sens. Elle rappelait les couleurs des quartiers du sexe dans les grandes villes, avec ses éclairages crus au néon. Et, de plus, elle faisait référence au Pop Art et à la marchandisation de notre monde. Je parlais de trafic d’êtres humains et de marché du sexe, c’était donc exactement ce qu’il fallait. J’avais un peu peur que mon éditeur refuse ce choix, mais au contraire, il a été emballé par cette idée…

  • Voulais-tu faire passer des messages particuliers sur les personnages, l’atmosphère ou la narration en choisissant  le vert et le jaune, le bleu et le rose… ?

Je voulais que la couleur accroisse les ambiances, les sentiments des personnages. Mais qu’elle soit aussi un rappel temporel sur telle ou telle période de l’histoire. Car Cellule Poison est construit comme un vaste puzzle et il fallait donc que le lecteur ne soit jamais perdu…

  • Avec cette série dont les trois premiers tomes ont obtenu le prix Polar’encontre 2009, puis prix Polar pour l’ensemble au festival Quai du Polar en 2013, tu t’es attaqué à un sujet à la fois connu mais peut-être banalisé, celui de la traite des blanches. Tu dépeins le parcours de Claire tout juste diplômée de la police et qui va devoir infiltrer le milieu de la prostitution sous le pseudonyme Clara. Son regard faussement ingénu nous entraîne dans un enfer urbain et en même temps dans l’histoire méconnue de l’Albanie. On remarque au passage un talent pour la narration captivante et qui évite d’être linéaire. Comment as-tu fabriqué cette héroïne qui est un savant mélange de force et de fragilité, de charme et de fermeté ? 

Je ne sais pas comment ce personnage est né. Comme pour la naissance du sentiment amoureux ou du désir, c’est une part de mystère que je veux conserver d’ailleurs. Souvent, quand le projet est bon, les personnages s’imposent d’eux-mêmes. Ils apparaissent au départ comme des figures, avec une enveloppe particulière. Puis, ils deviennent très vite autonomes. Leur caractère va même modifier le scénario, comme si leurs réactions pouvaient influer sur le fil de l’histoire.

  • Cellule_poison_t4_Laurent_AstierElle en bave pas mal, non ?

C’est vrai que je me suis un peu acharné sur elle. C’est pour ça que, pour me faire pardonner, je lui ai offert un autre récit. J’avais eu de la peine de la laisser tomber après le mot fin du tome 5. Alors, comme un réalisateur avec son actrice fétiche, comme Osamu Tezuka [auteur de Astro Boy ou encore Metropolis] avec sa galerie de personnages, mon personnage fétiche avec sa coupe Louise Brooks a pu passer de Clara dans Cellule Poison à Ninon dans Comment Faire Fortune… Ah merde, elle en bave encore pas mal… voire pire… zut !

  • Toujours au rayon des sujets brûlants, il y a bien sûr L’Affaire des affaires (2009, Dargaud avec Denis Robert et Yan Lindingre, Prix France info 2010 de la Bande dessinée d’actualité et de reportage). 
    Quel est l’effet de travailler sur l’actualité ? 

Ça oblige une acuité particulière sur ce qui se passe dans notre monde. Il faut essayer de suivre l’actualité, mais surtout de la comprendre, de comprendre les enjeux qu’ils soient politiques, géopolitiques, stratégiques, financiers, les puissances en présence, etc. Je le faisais déjà un peu, mais là, en attaquant les 700 pages de l’Affaire des affaires, il fallait que j’accroisse cette tendance naturelle à aimer la grande et les petites histoires pour les mettre en perspective, et les rendre aussi pures que de l’eau. Petite blague quant au nom de Clear-stream…

  • Bien vu ! Dans ta dédicace en fin de 1er tome, tu écris  « A mes deux coéquipiers pour m’avoir offert un diamant brut que j’ai pu tailler à ma guise. Pour la vérité et la beauté du geste ». Peux tu nous expliciter cela ?

Denis (Robert) et Yan (Lindingre) avaient réalisé un premier jet storyboardé de 200 pages qui correspondait au premier tome de la série. Mais lorsqu’ils m’ont passé le flambeau pour réaliser les planches de l’album, ils m’ont laissé champ libre. Je pouvais modifier la narration, l’animer comme je voulais. Et puis, avec le récit, les livres, les documentaires, je suis rentré dans la peau de ce Denis Robert de papier qui a combattu pendant 10 ans, sans jamais baisser les bras, jamais mettre un genou à terre. Alors je le remerciais en notre nom à tous pour ce combat d’utilité publique. Et j’étais comme le personnage de son roman La Domination du Monde à qui il passe le flambeau car lui n’a plus la force…

  • Est-ce difficile de dessiner des personnes vivantes, parfois avec un poste à haute responsabilité politique ? Au cœur d’une telle polémique ?

C’est une des premières choses que j’ai faites en commençant à dessiner l’Affaire… Dans la toute première scène, il fallait que je dessine les personnages politiques les plus dessinés, les plus croqués et par les meilleurs dessinateurs et caricaturistes. Chirac, Villepin, Sarkozy, Alliot-Marie, etc. Je devais trouver leurs caractéristiques sans donner l’impression de copier, imposer ma manière de faire qui est semi-réaliste, les rendre reconnaissables. J’ai eu quelques suées pour commencer donc…

  • La politique apparaît aussi de façon plus métaphorique dans Cirk (2002-2004 Zenda) A travers cette sombre uchronie, tu dénonces un monde ruiné, tu ériges Béton-Ville comme théâtre des  tribulations du « Funambule », tu parles d’amour et de trahison, sur fond de science-fiction, mais surtout, tu montres les tentatives de renverser le pouvoir en place. Ressens-tu le besoin en tant qu’artiste d’évoquer des sujets de société ? 

Je crois que je ne suis pas un artiste de l’imaginaire mais que j’ai besoin d’avoir une réflexion sur notre monde. C’est peut être d’ailleurs pour ça que j’aime le polar, qu’il est devenu ma mythologie et que je continue dans ce genre. Il est le miroir de notre société. Le pendant noir. Celui qui recherche la lumière à travers l’obscurité. Même si j’écris un récit de SF, je crois qu’il y aura du noir encore…

  • AffaireDesAffaires_T1_Laurent_AstierAs-tu une âme de «rebelle » ou cherches-tu à écrire l’historie que tu aimerais que l’on te raconte ?

Je crois que c’est un mélange de ces deux choses qui font ce que je suis en tant qu’auteur… Et souvent, les histoires s’imposent à moi aussi.

  • La prostitution dans Cellule Poison, les révolutionnaires de Cirk, la classe politique dans L’Affaire des affaires… on peut déceler dans ton œuvre un intérêt pour la clandestinité, les puissances occultes ou les mondes souterrains, ce qui m’amène à parler d’Aven (2005-2007, Vents d’ouest). Tu confirmes ? 

Les puissances occultes ? hum… Non, je ne suis pas sûr de cela. Je ne marche  jamais complètement dans ces histoires de sociétés secrètes, de théorie du complot qui sont, je trouve, une telle simplification du monde. Lorsque je décortique tout ça, ça me fait parfois mourir de rire, ou ça me glace le sang. Je crois peut être plus au darwinisme social et à l’opportunisme de certains. C’est mon côté cartésien.

Ou alors oui, mais celles qui sont à l’intérieur de nous plutôt. Souvent, pour le besoin des histoires graphiques, les forces occultes cachées en nous ont besoin d’avoir leur pendant visuel. A l’adolescence, j’ai fait pas mal de recherches sur le chamanisme et j’ai vécu des choses qui me font parfois dire que le réalité est plus complexe qu’il n’y parait. Alors je ne sais pas vraiment… Je sais, c’est une réponse un peu mitigée…

  • Aucun problème, tu expliques beaucoup de choses sur tes influences et on revient au monde du dessous. Dès le premier tome d’Aven (réalisé avec ton frère Stefan, lui au scénario et vous deux à la couleur. ),  « Les lois de l’attraction », on goûte les jeux de mots, l’amour du langage, l’humour noir malgré des couleurs claires. Tu mets en scène les suicidés du pont d’Aven qui s’étalent comme des galettes. Tu as une façon très habile d’indiquer la date de l’histoire avec les références au vol d’Apollo XI en cours. Le nom même de la ville Aven , joue un rôle. Tu peux nous expliquer comment tout cela t’est venu ?

Mon frère avait écrit cette histoire en 1993. A l’époque, il m’avait raconté toute l’histoire et j’avais beaucoup aimé. Il y avait un côté plus familial car c’était le petit-fils d’un des suicidés qui revenait au village. Il avait même commencé à réaliser quelques planches qui était très belles, dans une ambiance de brumes automnales. Puis, comme pas mal de projets, il avait fini par abandonner avant de l’avoir présenté à qui que ce soit.

10 ans plus tard, je me suis souvenu de cette histoire et je lui ai proposé qu’il la reprenne et que je la dessine. La première raison était que cette histoire était vraiment géniale et qu’elle ne méritait pas de finir dans un tiroir. La deuxième était qu’il mette lui aussi un pied dans la bande dessinée. C’est mon frère aîné et c’est grâce à lui si je fais de la bande dessinée. Je l’ai copié une bonne partie de mon enfance et c’est moi qui ai eu la chance de débuter une carrière. Alors je voulais l’emmener dans l’aventure. Je lui ai demandé si ça ne serait pas plus intéressant de placer cette histoire sombre en plein été, en plein soleil. Pour jouer à fond sur le contraste.

  • Cirk_T3_Laurent_AstierC’est vrai que cet effet est très marqué, maintenant que tu le dis. Le héros de cette trilogie le jeune inspecteur Léo Walec me fait dire que tu apprécies le héros torturé, en proie aux doutes, qui mène parfois un combat contre une grosse machine ou contre lui-même. Peux-tu nous donner ton point de vue sur les héros comme tu les aimes ?

C’est vrai que Léo Walec est un héros comme je les aime. Pas vraiment un héros, ni complètement un anti-héros. Mais pas un mec normal non plus. Je crois que j’aime les personnages qui n’ont pas tout à fait le profil sur le papier, mais qui ont la force de caractère suffisante et qui sont obligés à un moment de se dépasser, de se surpasser pour réussir.

  • A côté des bandes, il y a les cordes. Le public peut écouter des démos rock de The Troubles. Peux -tu nous en dire un peu plus cette formation mi réelle mi-virtuelle ?

Après mes études, en 1997, j’ai fait de la musique avec mon voisin qui était devenu un ami. Il m’a poussé à écrire puis à chanter. Comme j’étais un garçon plus que timide, il a fallu du temps pour que j’accepte. Deux ans plus tard, je suis parti à Paris pour le travail. Il a donc fallu que j’apprenne la guitare car il n’était plus là pour m’accompagner et je voulais continuer à composer mes propres chansons. A l’époque, je bidouillais pas mal pour enregistrer des petites démos inaudibles sur mon ordi. Puis, on s’est retrouvé en 2004 et on a continué ensemble. Mais on faisait surtout du rock français et les structures couplets-refrain commençaient à m’ennuyer. J’ai donc composé quelques chansons dans la langue de Shakespeare, inspiré de mes groupes mythiques comme les Beatles, les Kinks, les Floyd, etc.

Et j’ai trouvé le nom du groupe. The Troubles. Avec ces morceaux plus sophistiqués, le batteur et le guitariste n’y trouvaient plus leur compte en termes d’énergie. Alors la formation a splitté, même si nous sommes restés de très bons amis. Je me suis donc retrouvé tout seul avec mes chansons sur les bras, et je ne voulais pas qu’elles disparaissent. Alors j’ai donc décidé d’enregistrer toutes ces démos tout seul, en faisant tout, guitares, basse, voix. Il n’y a que les percussions qui sont des boucles de batterie virtuelles. Et voilà comment ce projet de groupe réel est devenu un one-man band virtuel…

  • Tu es donc un artiste à lire à voir et écouter à qui on souhaite de faire fortune de nos jours. Merci encore et à bientôt !

 


Filakter


Kankoiça
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