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BRYAN BROWN : Golden Brown [CINÉ/ITW]

Bryan Brown BDBRYAN BROWN : Golden Brown

Président du XVIIème Festival du Film des Antipodes à Saint Tropez, Bryan Brown est à l’image de l’Outbacker classique : ouvert, souriant et expansif. Sa filmographie recèle de vrais trésors autres que ceux qui ont établi sa réputation  tels que Cocktail, Australia ou Gorilles dans la Brume. Citons Two Hands, F/X, Beautiful Kate, Full Body Massage ou La Fin du Monde afin de s’apercevoir que l’Australien a croisé le fer avec d’excellents réalisateurs et partagé l’affiche avec de redoutables comédiens. Bryan est un mec en or !

 

  • Qu’est-ce qui attiré un jeune homme de la banlieue de Sydney dans le cinéma ?

Je n’ai pas choisi d’être acteur, du moins pas avant mes 21 ans. Je ne me suis jamais identifié à un comédien australien dans les années 50-60 parce qu’il n’en existait pas. Hollywood n’est jamais venu jusque dans les terres où je vivais. Je jouais tranquillement aux cowboys et indiens, et courait dans le bush. Je ne suis jamais allé le samedi après-midi au cinéma afin d’y voir des westerns. Lorsque j’ai eu 21 ans, je travaillais dans une grande compagnie d’assurances et on m’a convié à participer à faire du théâtre pour les fêtes de fin d’année. Je me suis dit qu’il y aurait des filles que je n’avais pas rencontrées dans l’entreprise et je suis devenu accro à la scène. Il y avait des choses que je n’avais jamais ressenties auparavant en m’exprimant ainsi. Et donc, j’ai ensuite passé mon temps dans les théâtres, à faire des répétitions et jouer des pièces. Quatre ans plus tard, j’ai dû décider de ce que je voulais faire de ma vie, cette nouvelle occupation me prenant de plus en plus de temps et d’énergie. J’ai alors vendu ma voiture afin d’acheter un billet d’avion pour l’Angleterre. Sur place, j’ai trouvé d’abord un boulot dans le Nord puis j’ai eu la chance de passer une audition pour le National Theatre of Great Britain. Devant Peter O Toole, j’ai gagné un an de contrat au Old Victoria, où j’ai finalement fait trois classes. Cela m’a prouvé que je pouvais gagner un salaire tout en m’éclatant dans ce métier. Je suis rentré en Australie où l’industrie du cinéma émergeait enfin, Peter Weir réalisait son Picnic At Hanging Rock. J’ai galéré quelques années et d’un coup j’ai tourné 15 films en 3 ans !

  • bryan-fxOn vous a découvert en France dans F/X, Effets de Choc. Vous rappelez-vous du nom du producteur du film ?

Le producteur était Dodi Al Fayet ! L’homme qui s’est tué avec Lady Diana. Dodi adorait Hollywood. C’était un homme charmant. Il désirait être producteur de films. Il aimait le cinéma. Un bon gars, choyé certes, mais très ouvert. Je vois son visage maintenant. Il avait fait équipe avec Jack Wiener afin d’ouvrir une petite boîte de productions. Le premier scénario sur leur table fut F/X. Ils engagèrent Robert Mandel à la réalisation. Puis Orion Pictures Corporation a rejoint le projet, fort de son succès avec les films de Woody Allen, Platoon et autre Sharky’s Machine. Mon agent américain m’a appelé et m’a passé le scénario. Mais ma femme travaillait et nous avions Rosie, notre première fille, à nous occuper. Mon agent a alors insisté : « Bryan, Bryan, c’est un premier rôle dans un film hollywoodien ! Tu ne peux pas refuser ! ». Je ne pouvais pas partir 11 semaines pour le tournage. Rachel, ma femme, finissait le sien dans 6 semaines. On a fait un compromis où je suis parti une semaine pour les répétitions, puis plus tard une semaine pour le tournage et ensuite Rachel m’a accompagné quelques semaines pour la finition du projet.

  • Comment avez-vous vécu votre nouvelle célébrité après les succès Cocktail, Gorilles dans la Brume, Les Oiseaux se cachent pour mourir ?

Très simplement. Hugh Jackman, Russel Crowe voulaient connaître absolument la gloire hollywoodienne. Moi, pas. Je viens d’un endroit et d’un temps où cela n’existait pas en Australie. Ce qui m’intéressait était de montrer la culture australienne, les genres d’hommes que nous étions, c’était plus intéressant que de jouer un Américain, chose que des millions d’acteurs savent faire. Je n’ai jamais joué des rôles d’Américains ! J’ai la même approche qu’un Sean Connery ou Michel Caine. Des Ecossais ou Londoniens qui puisent leur force dans leurs racines. La mienne, je la prends dans ce que je suis. Quand j’ai débuté à Hollywood, j’étais un jeune marié avec des enfants en bas âge. Je ne pouvais pas décemment m’éparpiller. Mais quand les enfants ont eu l’âge d’aller à l’école, nous avons dû prendre une décision avec Rachel. Et ce fut de vivre en Australie. Je voulais que nos enfants y grandissent. Ce fut plus dur pour mon agent américain. Personne ne devait s’absenter plus de 4 ou 5 semaines.

  • C’est pour cette raison que Rachel Ward a disparu des radars aux U.S.A ?

Rachel n’a jamais vraiment été une comédienne dans l’âme. Moi, oui. Elle savait qu’on l’exploitait pour ce qu’elle était : une belle jeune femme. Cela ne lui posé aucun problème de fuir Hollywood.

  • two-handsEst-il plus facile de tourner avec des gorilles ou des grizzlys ?

Les ours sont effrayants. Nous étions ultra protégés par des clôtures. Avec les gorilles en pleine nature, j’ai su que je ne craignais rien excepté si je prenais un de leurs petits dans mes bras, bien entendu. Le grizzly, dès le premier jour, m’a mis mal à l’aise.

  • Vous avez tourné avec les plus grands comédiens. J’aimerais que vous me parliez de deux d’entre eux disparus dans des mêmes circonstances : Heath Ledger et Philipp Seymour Hoffman.

J’ai connu plus intimement Heath Ledger. C’était un Australien et j’ai tourné 2 Hands en sa compagnie. Je fus très triste lorsque j’ai appris sa mort. Je savais qu’il avait des problèmes suite à sa rupture avec Michelle Williams et qu’il travaillait beaucoup. Pour l’avoir côtoyé, je peux vous affirmer qu’il ne s’est pas suicidé. Il devait être stressé, anxieux, fatigué de son travail avec Terry Gilliam et devait absorber certainement des tas de médicaments. Un mélange qui lui a été fatal. Un accident regrettable. C’était un ami fidèle, un compagnon attentif, un excellent comédien disparu beaucoup trop tôt. Je le vois encore nager, surfer, courir. Le parfait Australien, il adorait la vie. Quant à Philipp, j’ai joué avec lui dans le film de Ben Stiller, Along Came Polly. Il était très talentueux. Je ne le connaissais pas plus que ça mais j’étais impressionné de voir cet homme apparemment très conservateur, réservé et cérébral, devenir soudainement cinglé devant une caméra. D’où sortait-il ça ? Je ne le voyais pas en lui, l’homme. Il avait aussi ses démons avec lesquels il avait affaire et dont je n’avais jamais soupçonné l’existence.

  • Et Patsy Kensit, l’ex- chanteuse d’Eighth Wonder, quelques souvenirs de votre tournage avec elle ?

Oh oui ! J’ai passé quatre semaines à Venise en sa compagnie lors du tournage de Blame it on the Bellboy (Méli-mélo à Venise) en 1992 avec Dudley Moore et Richard Griffiths. Elle n’était pas encore très connue malgré qu’elle ait joué dans L’Arme fatale 2. Timebomb et Twenty-One ont presque été tournés la même année. Elle a attiré l’attention en se mariant avec Jim Kerr, le vocaliste de Simple Minds. Je ne sais pas du tout ce qu’il est advenu d’elle.

  • Puisque nous sommes au rayon féminin, pourquoi avoir accepté Full Body Massage ? Parce que c’était Nicolas Roeg, le réalisateur ? Ou parce qu’il fallait masser sous toutes les coutures une Mimi Rogers intégralement nue ?

Ah ah très bonne question ! Mimi n’avait pas encore signé lorsque j’ai accepté le rôle. Ce fut un casting très difficile. Showtime aux USA m’aimait bien et m’a offert cette proposition. C’était un scénario intrigant, inhabituel et 4 semaines de tournage. Jouer un masseur était déjà une bénédiction mais quelle serait la fille ? Beaucoup de comédiennes ont refusé le rôle. Et Mimi a accepté ! Je la connaissais très bien puisqu’elle était mariée à Tom Cruise à l’époque de Cocktail. Elle m’a toujours eu à la bonne. C’est une chic fille. Après le tournage, Mimi n’avait plus aucun secret pour moi !

  • australiaEt Rachel n’a rien dit ?

Elle s’en souciait le moins du monde. C’est drôle parce qu’on avait pensé faire des ‘sequels’ à ça. Nicolas Roeg disait : « Trouvons toutes les formes de massage sensuels des femmes partout dans le monde ! ». Tokyo, Bangkok, Istanbul…C’était pas une mauvaise idée ah ah ah…

  • En quoi est-ce différent de tourner avec sa femme et tourner sous les ordres de sa femme ?

Rachel est beaucoup plus détendue en tant que metteure en scène qu’actrice. Lors des Oiseaux se Cachent pour Mourir, nous avons eu une excellente relation en tant que partenaire. Dans La Fin du Monde et Umbrella Woman, nous avons également pris du plaisir à jouer ensemble. C’est une bonne actrice qui a reçu des récompenses pour son travail. Mais ça a été toujours douloureux pour elle. Réalisatrice, elle connaît son travail, sait diriger les acteurs et ne se demande pas ce qu’elle fait sur le plateau. Elle a l’œil et possède une grande force morale. Son film Beautiful Kate est très esthétique. Elle a écrit l’adaptation du livre et a apporté une nouvelle lecture du roman en le transposant en Australie. Avec la jeune Sophie Lowe et les autres comédiens, elle a été très efficace. Elle n’intervenait que sur des petites touches. Elle connaît les comédiens et laisse leur sensibilité prendre le pouvoir.

  • Il paraît que le budget de La Fin du Monde (On The Beach) est passé dans toute la panoplie de vos hideuses chemises hawaïennes !

(Il est mort de rire). C’était de vieilles chemises achetées dans de vieux magasins ! Le personnage l’imposait presque. J’en ai porté longtemps dans ma vie. C’est un peu comme le short où il arrive à un moment donné de ne plus en porter. Mais j’en garde une dizaine dans mon armoire. Mais des chemises très originales, très bariolées ! Ah ah…

  • Bryan, Rachel était-elle si naïve pour lui avoir fait le coup des lignes de la main afin de l’épouser ?

J’ai appris à ne pas m’acoquiner avec quelqu’un dans le travail. Si ce n’est qu’un coup d’un soir, ça peut mettre en péril le restant du tournage. C’est ce qui arrive souvent d’ailleurs… Donc on discutait tout simplement de choses et d’autres et de lignes de chance. Un ami m’avait appris à déchiffrer quelques-unes de ces lignes. Donc, on attendait de tourner nos scènes sur Les Oiseaux se cachent pour mourir et j’ai inspecté sa paume et vu qu’elle aurait trois enfants. Elle est restée dubitative. Alors je lui ai précisé que « nous aurions trois enfants ! ». On s’amusait vraiment bien. Notre relation n’a commencé que plusieurs semaines plus tard.

  • Votre article dans Var-Matin ce jour ne va pas vous apporter que des amis en France !

Le journaliste m’a promis qu’il allait expliquer mon discours ! J’avais dit à un magazine australien que 195 films français sur 200 sont des merdes, là où je me suis trompé c’est 395 films français annuels sur 400 sont des merdes. J’ai voulu lui dire, par là, que seuls 5 de ces films étaient exportés en Australie. Et que contrairement à la France, nous n’avions pas de subventions chez nous, ni d’avances sur recette, ni aide de l’Etat. Mais il y a des merdes partout. Des États-Unis, du Royaume-Uni, d’Italie, d’Espagne. Mais comparativement, en pourcentage, l’Australie s’en sort bien ! Le cinéma est devenu un pari insensé pour nous Australiens. Ce qui me désole, c’est de voir de l’argent foutu par la fenêtre pour des œuvres insipides et complètement payées par des aides et subventions.

  • SAM NEIL = BRYANIl faut quoi pour faire un bon film ?

C’est très simple. Un bon scénario, un bon metteur en scène, des bons comédiens, un producteur et que tout ce monde tire ensemble dans le même sens. Et c’est ça qui est très compliqué à réaliser ! Et même si tout cela fonctionne, il reste au public à l’accepter. C’est la roulette ! C’est un peu comme la naissance des bébés. Avec toutes ces molécules diverses. C’est fou quand cela réussit parfaitement. Pour un film, c’est pareil. Vous n’avez aucune garantie et cela exige tout de vous.

  • Qu’est-ce qui vous plaît dans le fait d’être acteur ?

De ne pas savoir de ce que mon lendemain sera fait. Faire un beau voyage en compagnie de gens inconnus la veille.

  • Qu’est-ce qui vous a le plus ému dans le cinéma français ?

Peter Weir, Fred Schepisi ont été influencés par le cinéma français. L’industrie cinématographique australienne est plus proche de la culture française que celle du Royaume-Uni ou des États-Unis. Nous avons une sensibilité commune. Lorsque j’ai vu Jean de Florette et Manon des Sources, je n’en ai pas cru mes yeux et mes oreilles. J’adore ces films et ils occupent une partie de mon esprit. Une des plus belles performances d’acteurs dont celles de Gérard Depardieu. Je me vois encore à la sortie du cinéma, les yeux embués…

 


Eric Coubard / Photo Claire de Robespierre


Kankoiça
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