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RACHEL WARD : ex-femme fatale [ITW CINÉ]

RACHEL WARD : ex-femme fatale

L’Anti-Gang, Les Cadavres ne portent pas de costards et Against All Odds. Trois films ont installé Rachel Ward au rayon de la femme fatale. Rachel Ward, c’était d’abord une mannequin devenue actrice par défaut, puis réalisatrice par passion. Son film Beautiful Kate, auréolé lors du Festival des Antipodes en 2011, et sa présence aux côtés de son Président de mari Bryan Brown, à ce même festival cette année, m’ont vite décidé de rencontrer la Femme Fatale par excellence.

Rachel Ward st tropez BD

  • On vous a connue modèle et actrice et nous sommes heureux d’accueillir la scénariste et metteuse en scène. Quelle carrière ! Revenons à votre enfance de jeune fille châtelaine au Royaume-Uni.

Je suis issue d’un milieu privilégié. J’ai vécu dans le confort jusqu’à mes 17 ans. Puis, je suis partie pour New York pendant trois ans où j’ai pris de cours d’acting, puis j’ai déménagé à Los Angeles…

  • Quelle a été la réaction de vos parents quand vous avez décidé d’être mannequin et actrice ?

Ils ont été ravis ! D’une certaine manière, c’étaient des Victoriens. Le mouvement féministe n’avait pas atteint l’Oxfordshire à cette époque. Mes seuls devoirs étaient la décoration florale et l’organisation de garden-parties ou d’escapades dominicales. Je n’étais qu’une potiche. L’éducation n’était pas considérée comme importante. Nous étions loin des préoccupations des classes sociales, moyennes et basses. Nous n’avons jamais envisagé ou parlé de quelques directions de carrière que ce soit. J’étais destinée à servir le patriarche et de ne pas faire de vagues.

  • 634full-rachel-wardQuand vous avez arrêté vos études à 16 ans, personne ne vous a contredite ?

Non, l’éducation pour une femme n’était pas considérée comme prioritaire. Mon père me disait : « On n’a pas besoin d’éducation quand on est suffisamment jolie pour trouver un riche mari ! ». Il avait un sens précis de l’humour. Il me disait souvent des choses à froid comme cela. En 1972, le rôle de la femme commençait à changer partout sauf dans la haute aristocratie anglaise. Mes options étaient très limitées.

  • Donc vous avez commencé à poser pour Vogue, Cosmopolitan avant de tourner des spots publicitaires, puis dans des séries télévisées.

J’ai toujours voulu travailler. Sans posséder d’éducation, ni de certificat et encore moins de diplômes. J’étais juste jolie. Alors que faites-vous ? J’ai donc œuvré sérieusement dans tout ce que je faisais, au contraire des mes collègues mannequins qui prenaient tout à la légère. Je me suis toujours bien préparée, bien investie, bien concentrée.

  • On a tendance à l’oublier, mais vous avez tourné dans les premiers films survival et slasher au début de votre carrière.

The Final Terror et Night School. Il y en a eu d’autres avant ça si on considère Repulsion de Roman Polanski comme un slasher. J’étais une jeune fille chanceuse. J’ai rencontré Darryl Hannah lors du tournage de The Final Terror et nous avons partagé un appartement ensemble ensuite à Los Angeles pendant quelques temps. D’ailleurs je suis une survivante en fait. Jeune et belle comédienne aux États-Unis, vous êtes souvent exploitée. Dans Night School, j’avais un contrat où mes seins ne devaient pas être montrés. Mais certains plans lors de la projection n’ont pas été coupés comme il le fallait. Playboy est venu sonner à ma porte afin de me demander ce que je ressentais de voir ma poitrine nue entachée de sang. J’étais interloquée ! Ils avaient élargi le négatif afin que mes seins soient apparents ! Vous deviez rester sur vos gardes afin de ne pas être exploitée. Je devais être en couverture du New Yorker en maillot de bain rouge. Je ne voulais pas de cette tenue et le magazine n’a pas tenu compte de mes exigences. Un ami m’a prévenue que le New Yorker allait quand même exploiter cette photo. Je les ai appelés pour les menacer de les poursuivre si cela paraissait. Ils m’ont alors blacklistée. Je ne voulais plus être exploitée comme sex-symbol. Vous avez de beaux seins et vous êtes jolie, vous êtes vite cataloguée.

  • Rétrospectivement parlant, vous avez dit que finalement ce n’était pas une affaire d’état que de montrer ses seins à l’écran et que vous étiez trop prude à l’époque.

Ma mère me demandait pourquoi je prenais tout cela trop sérieusement et que mon cœur était de pierre. On essaie toujours d’être moins substantiel. J’étais une Européenne travaillant aux États-Unis, bien sûr que j’étais rangée dans les fantasmes sexuels, mais c’est contre ma nature et je n’ai jamais été à l’aise avec cela. La seconde où j’ai eu l’opportunité de quitter Hollywood, de me marier et d’avoir des enfants, je n’ai eu aucun regret à le faire. Je n’étais pas une comédienne américaine comme l’était Glenda Jackson, Glen Close. Je n’avais pas ma destinée en mains. J’étais condamnée à être belle et à le montrer.

  • reylnods-sharkySharky’s Machine a été le déclencheur de votre notoriété.

J’étais à Los Angeles quand Burt Reynolds m’a appelée et m’a castée pour le rôle de Dominoe. Puis il y a eu le film de Carl Reiner, la série Les Oiseaux se cachent pour mourir, Contre Toute Attente

  • Le destin vous a remise plus tard, comme un clin d’œil, sur la route de Burt Reynolds (Johnson County War) et Richard Chamberlain (Le Trésor de Barbe Noire)…

C’était alors juste un clin d’œil car je les ai à peine croisés sur les escalators d’aéroports (rires). Mais vous êtes un vrai détective !

  • Vous aviez opté pour Jeff Bridges dans Contre Toute Attente. Qui choisiriez-vous aujourd’hui ? James Woods ou Jeff Bridges ?

Dure question. James Woods était très drôle et Jeff, juste divin. Je n’ai pas aimé ce film, du moins mon personnage. Moi et mon maillot de bain rouge. Mon personnage était bien trop démesuré mais les gens ont bien aimé.

  • Vous avez beaucoup tourné dans des films d’amour triangulaire. C’est un sujet toujours porteur et intéressant à tourner ?

Je ne rejette pas ces films ou ces sujets, avec ou sans érotisme. Je pense qu’il y a beaucoup plus d’humanité dans les femmes à développer que de les cantonner à des rôles d’objets sexuels. La plupart de ces films sont réalisés par des hommes pour un public masculin. On ne peut plus s’identifier à ça. Une femme n’apporte pas que sa part de sexualité. L’intelligence, le courage, l’héroïsme, la manipulation, la jalousie et bien d’autres qualités et défauts devraient être traités. Dans Contre Toute Attente, j’avais suggéré de jouer des moments de frustration à Taylor Hackford. Quand lorsqu’elle est abandonnée sur la plage par exemple. Cela ne l’intéressait pas du tout. D’autres profondeurs de sentiments psychologiques au personnage de Jessie ont été proposées, mais il y était complètement opposé.

  • contre toute attenteC’est donc pour cela que vous avez joué la rebelle en claquant la porte d’Hollywood avec un Outbacker !

Ah ah oui avec un Outbacker !

  • C’était un pied de nez aussi à votre famille ?

Oui certainement. Que ce soit le système aristocratique patriarcal anglais ou Hollywood, les deux sont très machistes et antiféministes. Il était évident que j’étais venue à Hollywood pour faire du shopping, trouver un mari. Je voulais rencontrer la romance, l’aventure. Je n’ai jamais vu ça dans mon monde en Angleterre. Je savais que je devais faire mes courses ailleurs afin de trouver mon barbare aux yeux bleus. Il se trouve qu’il avait un accent australien et pas américain. J’ai trouvé mon mec et je suis partie avec lui.

  • Et votre adaptation en Australie ?

Ça a pris du temps aussi. Vous avez une famille à gérer, l’industrie du cinéma n’y est pas puissante, vous devez faire des connaissances et surtout vous devez vous imprégner de la culture australienne. C’est un vrai mode de vie. Il faut aussi avoir l’accent australien et je n’étais pas très bonne dans cet exercice. J’étais une Anglaise et devait faire mes preuves. Je ne voulais pas abandonner le cinéma. Je suis retournée à l’Université afin d’y apprendre la communication, puis l’écriture et la scénarisation.

  • Il est drôle de noter que vous avez choisi le roman de Newton Thornburg, le même auteur de Cutter’s Way, dans lequel on retrouve Jeff Bridges.

Oui, le monde est petit parfois. J’ai transposé l’histoire de Newton en Australie. J’ai changé les personnages, mais c’est un passage obligé quand le roman est un peu daté. Vous prenez le squelette du roman et vous y mettez votre chair et votre peau, votre propre histoire, votre propre interprétation.

  • Newton Thornburg est décédé peu de temps après la sortie du film. L’a-t-il vu ?

Je sais qu’il a vu le film mais je ne sais pas s’il l’a aimé. Généralement, il détestait voir ses œuvres adaptées au cinéma. Quoique je n’ai pas eu de problèmes pour l’achat des droits.

  • Comment la prude Rachel Ward a–t-elle fait pour déshabiller Maeve Dermody ? C’est plus facile quand on est une metteure en scène ?

(Elle rit). C’est très hypocrite de ma part. Tout le film reposait sur la sexualisation des choses, du système, des femmes. Le pouvoir de séduction féminine. Ce pouvoir sexuel qui conduit un frère à sombrer dans la démence. J’ai compris qu’on avait une boîte à outils et que le sexe en faisait partie. J’ai fait ma précieuse et je le regrette parfois. À mon époque, la balance n’existait pas, les choses ont évolué. Dans Beautiful Kate, je pouvais montrer une adolescente insatiable dans sa curiosité sexuelle, un frère flirtant avec l’immoralité,…

  • Ce superbe film avec Sophie Lowe, Rachel Griffiths, Bryan Brown, a obtenu le Grand Prix des Antipodes en 2011. Vous n’êtes pas venue le défendre à l’époque (Sophie Lowe était présente par contre), mais on vous voit cette année pour An Accidental Soldier, film hors compétition.

Ce n’est qu’une question de disponibilité, de temps et d’argent. Cela n’avait pas pu se faire.

  • Vous travaillez sur deux projets. Le premier est l’adaptation du roman de Randolph Stow, Tourmaline et l’autre Tin Man…

Oui j’ai acheté les droits pour Tourmaline. Je dois en faire l’adaptation. L’action ne se passera plus dans les années 50. Quant à Tin Man, je l’ai appelé Seduction et cela se passe en France, et plus précisément à Paris. Je dois soulever les fonds pour ce dernier. C’est un vieux projet qui me tient à cœur et qui raconte l’histoire d’une Française qui a un enfant en Australie et qui l’abandonne suite à sa séparation avec le père, pour rentrer en France. À l’âge de 18 ans, le jeune homme part retrouver les traces de sa mère en France. C’est encore une histoire d’amour triangulaire. Juliette Binoche m’a donné son accord. C’est elle que je voulais depuis le départ. Mais elle n’est plus bancable et c’est difficile de collecter de l’argent pour ce projet. Tourner en France coûte très cher avec toutes les protections sociales. Ça coûte le double voire le triple d’une production normale ! Les choses évoluent cependant. Les quinquagénaires et plus se rendent plus au cinéma et mon histoire concerne une femme de cet âge !

  • Il est important de montrer la sexualité des femmes de 50 ans ?

On en voit de plus en plus. Regardez ici lors de ce Festival ! Des scènes très érotiques qui mettaient des femmes mûres dans des situations très chaudes (Touch et Early Winter).

  • Dans An Accidental Soldier aussi, on trouve aussi une femme forte et amoureuse.

Oui je voudrais tellement que ce film trouve son distributeur français, même pour une diffusion à la télévision. Marie Bunel, le personnage féminin, était jolie à jouer. Elle est impatiente, courageuse, douce.

 


Eric Coubard  / Photo Claire de Robespierre


Kankoiça
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