Abonnez-vous !

WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

Le billet de mauvaise humeur de l’Affreux (épisode 2)

LE BILLET DE MAUVAISE HUMEUR DE L’AFFREUX !

Ce matin, des nuages chargés d’une grisaille mélancolique pointent leur tronche au-dessus de ma trogne mal lunée… J’ai le poil torve, l’haleine chargée, j’ai mal pioncé… Un café mal ingéré avalé, je m’attelle à la petite douceur qui me fera digérer la journée, mon billet de mauvaise humeur !

Et pour ce second billet aux couleurs braziliennes, c’est un billet hommage, extrait de mon roman, le Système A, qui s’invite sur vos écrans endeuillés, pour saluer les valeureux Parisii qui ont rendu l’âme ce vendredi 13 novembre 2015 et notre vieille Dame aux jolis restes, la bien-nommée, Paris.

Épisode 2 : A NOUS PARIS !

A-NOUS-PARIS sa

Fantasme d’un Paris qui n’existe plus que dans l’imaginaire éthylique d’Affreux en voie de disparition.

Paris est aujourd’hui la destination favorite de nos amis américains avides de baisers volés sur le pont des Arts, de Japonais friands de photos débridées devant la pyramide du Louvre, de Chinois en repérage pour une invasion militaire, des gens de l’Est en quête de papiers plastifiés non falsifiés, des Anglais qui n’ont toujours pas avalé la flèche plantée par Jeanne d’Arc dans leurs séants à Orléans en 1429.

Sa dame Eiffel, sa Liberté, son Panthéon, sa pyramide du Louvre, sa tour Saint-Jacques, ses bateaux qui font mouche, sa drôle de Dame auront conquis notre Sacré-Cœur. Et pourtant… Paris, tout comme le masque de la tragédie du théâtre grec, porte plusieurs visages. Le tableau dépeint ici est celui du Paris touristique connu par le monde entier comme la plus belle ville du globe.

Le Paris que vous connaissez, Parisiens, n’est pas le suscité. Il est celui de la bourse maîtresse de vos mains aux larfeuilles, des enseignes des Champs Élysées, quasi égalées par celles du forum des Halles, des bars et restaus branchés du moment (Belleville et le Marais se disputent la palme de l’éphémère), des couloirs malodorants de son métro criard, des trottoirs stressés par vos jambes aux démarches endiablées, des coups de frein de scooters caféinés, des pique-niques bières-bides-boules en bord de Seine. Mais Paris ne serait pas Paris sans ses gargantuesques CLAC. Et vous ne seriez pas Parisiens sans vos virées hebdomadaires dans ces temples aux trésors cachés. Pour les retardataires, paysans ou touristes afghans, courez consommer à la CLAC, ainsi vous aurez la fierté d’arborer dans les rues de la capitale, en guise de sac à main, le sac plastique couleur fientes de pigeon. Bientôt, Lagerfeld organisera des défilés sac à CLAC.

11ILOVE2bisIl existe un autre Paris. Celui de la ville endormie. Celui des poètes trépassés. Celui des mythes et légendes qui se content dans les passages couverts de Choiseul, des Panoramas ou du Grand-Cerf. Celui des fleurs du bitume de Saint-Denis, celui des gargotes du canal Saint-Martin, celui des péniches de l’Arsenal, celui des quais à bouquins. Un Paris visité par l’esprit de Musset, de Huysmans et Maupassant pour ne citer que ces trois auteurs que nous affectionnons particulièrement dans le Système A.

C’est dans ce Paris qu’Affreux et crevards œuvrent de concert. Parfois, les touristes comme les Parisiens s’aventurent dans ces contrées, avec l’espoir de s’y encanailler. Ils peuvent y croiser, selon leur bonne fortune, le temps d’une soirée, deux alcooliques aluminés Affamés, des crevards de comptoirs en démolition, des vieilles rombières décomplexées de la jarretière, des clochards plus bruyants qu’Aristide Bruant, des rats en quête de souris en quête de cafards en quête du confort de vos appartements chauffés.

Ce Paris-là ne se hume qu’après moult tournées de blondes maltées, vins de comptoirs bavoirs, sans oublier la tournée offerte (il faut insister) par le patron de Chez Adel, rade qui dégoise du bon crevard, rue de la Grange-aux-belles aux abords du canal Saint-Martin.

Ce Paris-là se vit une nuitée comme il s’oublie un jour de gueule de bois. Ce Paris, celui dont raffole le Système A, est malheureusement à l’agonie. Il est en perte de repères face à cette société toujours plus gloutonne. Il est petit à petit remplacé par les enseignes marchandes qui pètent plus haut que nos centrales nucléaires, les places to be aux additions trop salées pour nos tubes digestifs miteux.

Les abattoirs des Halles de Paris se sont transmutés en à-valoir sur des vestes en cuir. Les vieux comptoirs qui ont fait le succès des Hugo, Zola et Balzac sont fermés pour durée indéterminée. Les bars de nuit ont cédé devant les boîtes de nuit. La good vibe de la sono a étouffé le son des noceurs.

Bientôt, ce Paris qui était presque A nous les soirs de gueule de bois n’existera plus que dans l’imaginaire de deux Affreux poivrots et des Affamés du caniveau de la plus belle ville du monde.

Allez, un petit dernier pour la route avant fermeture définitive du bar :

— PARIS EST A NOUS !

Affreusement vôtre.

L’Affreux.

To be continued…

PAGE 9_Système AUn billet Acéré par le stylo parigot d’Arnaud Delporte-Fontaine, illustré par le fusain parisien de Bertille Delporte-Fontaine.

Extrait du roman Système A de Arnaud Delporte-Fontaine/ Daphnis et Chloé


Arnaud Delporte-Fontaine


Kankoiça
novembre 2015
L Ma Me J V S D
« oct   déc »
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30  
Koiki-ya