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Autre temps, autres mœurs, plus brazilien, tu meurs !

UCHRONIA-COVER COLOR webUchronia, de Christophe Goffette, bientôt sur les écrans

Autre temps, autres mœurs, plus brazilien, tu meurs…

En ce moment, se prépare un film pas comme les autres. Imaginez un autre monde, si loin, si proche. Un regard étranger pour reconnaître ce qui est familier. Du rire, sans doute, mais rira bien qui rira le dernier. Pour achever de vous convaincre, lisez donc ce qu’en dit Christophe Goffette, heureux papa du film à venir.


 

TG1

Bonjour Christophe, tu réalises ton premier long-métrage, Uchronia, qui se veut quelque chose d’atypique et d’inédit sur la scène cinématographique.

  • Oui, mais finalement par défaut. Je veux dire que je n’ai pas cherché à être atypique, c’est une fois le film écrit que j’ai remarqué qu’il était à ce point décalé.

Uchronia, c’est une question de temps. La fin se rapproche, la post-production est en cours, la crowdfunding est en marche, mais avant d’aller plus loin, dis-nous comment t’est venu ce projet d’un autre monde ?

  • D’abord, il y a eu une succession de constats à propos du cinéma. J’étais à Cannes, pour le festival, avec « Brazil » et je regardais toute cette fourmilière, du haut du Palais des Festivals, et je me disais vraiment que, au final, sur tous ces gens, peu étaient vraiment passionnés de cinéma ou même voulaient un cinéma ouvert, intéressant, novateur, humain, mais plutôt l’application de recettes et de formules sans aucune intérêt, car déjà usées jusqu’à la corde. Ajoute à cela le fait que le pognon était au cœur de toutes les discussions et débats sur le cinéma, plus que la création artistique elle-même, et tu as le point de départ d’écriture du script. Ensuite, j’y ai ajouté toutes mes colères, et j’ai laissé le mélange prendre. J’ai laissé ce monde, Uchronia, se créer de lui-même, je tenais à ce que tout ceci soit cohérent, ce qui, quand on sait à quel point il est absurde, est l’un de ses paradoxes les plus flagrants !…

Ton parcours est jalonné de rencontres et d’expériences liées au monde du cinéma ou de la musique. En quoi est-ce que cela te nourrit pour tes propres créations ?

  • J’ai toujours été très omnivore, je prends tout, je me nourris de tout. Mais pas sciemment ni consciemment. Il se trouve juste qu’avec le temps, après avoir écouté des milliers de disques ou vu des milliers de films, mon instinct me guide vers des choses qui me nourrissent davantage, et en cela mes goûts ont changé, ou en tout cas ma consommation a évolué, car je continue aussi de voir ou d’écouter des choses qui étaient déjà mon quotidien culturel il y a 20 ou 30 ans. Pour ce qui est des rencontres, ce sont surtout celles des réalisateurs qui ont eu un écho dans mon écriture. Pas tous, mais quand on passe une heure ou deux à discuter avec des gens comme Coppola, Boorman, Verhoeven, Aronofsky, Gilliam bien sûr, Lynch, Jarmusch ou d’autres, c’est un condensé de leçon de cinéma.

Ces mêmes rencontres te permettent de solliciter des acteurs ou des cinéastes reconnus pour participer à cet ambitieux projet (Terry Gilliam, Jan Kounen, Chantal Lauby ou Zoé Felix, pour n’en citer que quelques-uns). Je te laisse citer les autres. Comment on se fait un tel carnet d’adresses ? Est-ce facile de faire appel à tous ces gens ? En particulier pour un premier film ?

  • Alors, plusieurs choses… Dans certains cas, je suis allé vers les évidences ou, disons, les « obligations morales ». Par exemple, je ne me voyais pas faire un premier film sans Gilliam et d’ailleurs, par superstition je tenais à tourner d’abord ses scènes, ce qu’on a fait un an avant même que le scénario ne soit terminé. Pour les autres, qui sont majoritairement plus « classiquement » des acteurs, c’est un peu un ping-pong à l’écriture. Pour écrire un personnage ou des dialogues, j’ai besoin de savoir qui va jouer le rôle. Je m’adapte à la voix, la façon de parler, les postures, etc.  J’écris donc naturellement en ayant en tête telle ou telle personne. Puis, je vais appeler et voir cette personne, lui parler du film, du rôle dans le film, de ce qu’il implique et à quels niveaux et si l’acteur ou actrice est partant, je remodifie encore un peu le texte, souvent à la dernière minute, car j’aime que ça reste spontané. Également, comme je voulais un rendu récité pour certains personnages, parce que c’est ce monde, Uchronia, qui veut ça, je trouvais plus amusant d’avoir un décalage, d’avoir des mots qui ressemblent à de la récitation rabâchée mille fois, mais en même temps avec des hésitations, comme si, au final, même ceux qui manipulent n’étaient pas certains du bien-fondé de leurs manipulations de masse.
  • Le carnet d’adresses, il se fait naturellement, comme n’importe qui rencontrant des personnes avec qui il a envie de passer du temps, ou de dire et faire des conneries. Avec le temps, ce carnet s’est étoffé, voilà. Si je n’avais pas fait Brazil, sans doute que je n’aurais pas eu autant d’acteurs ou faiseurs de films dans mes contacts, mais non… Ensuite, pour le film, parfois ce sont des gens que je ne connaissais pas du tout et qui sont une envie d’un autre acteur et/ou de moi-même. C’était le cas de Zoé Felix par exemple. C’est l’idée de Delphine Chanéac, j’étais tout à fait d’accord et raccord sur ses arguments, je l’ai appelée et elle nous a rejoint avec le même enthousiasme, la même énergie et la même envie que tous les autres. Ensuite, premier film, cinquième film, vingtième film, je ne sais pas si ça a tant d’importance que ça. Si un rôle, un personnage, un univers est pile à la croisée d’un réalisateur et d’un acteur, ça se fait… parce que ça doit se faire !… Le film devient plus fort que nous, en quelque sorte.

Je rappelle aussi le travail graphique de l’affiche du film, réalisée par Réza Benhadj. Tu veux bien nous l’expliquer un peu ?

  • J’avais besoin d’une pré-affiche. J’ai expliqué à Reza de quoi le film parlait, les principales lignes, les principaux éléments, le fait que les gens étaient devenus des matricules, un peu comme des plaques d’immatriculation de bagnole, qu’ils n’étaient plus que des travailleurs-consommateurs, baladés en permanence… Il a pondu ce dessin très vite. Ça m’allait. On l’a gardé tel quel.

Parmi les visuels, il y aussi cette cocotte en pognon qui en dit long. Pour accompagner l’impact visuel, est-ce que tu peux nous en dire plus ?

  • Tout tourne autour de la cocotte en papier, en fait. Ça n’était pas écrit comme ça, ça s’est ajouté au bout d’un moment. J’avais une scène dite « de travail », avec mon personnage féminin principal et puis cette scène (où l’on voit des femmes entassées bosser sur des bouts de papier, de manière un peu frénétique, avec des slogans pro-travail rabâchés et rythmés presque comme les percussions pour les esclaves dans les galères) débouchait sur une autre, que techniquement on n’a pas pu tourner comme je l’avais imaginée. Alors j’ai pensé à autre chose, et j’ai imaginé cet endroit, ultra sécurisé où est stocké le fruit de ce travail. Un endroit où ces bouts de papier, qui passent par un complexe système mécanique, sont transformés en cocotte en papier. Après, l’idée de la cocotte comme concrétisation d’un objectif de société m’a amusé et on en a fait des billets de banque, puis carrément la ville entière, qui a la forme d’une cocotte à plat, en 2D…

Sans dévoiler tout ce qu’il y aura mais pour donner envie quand même, que peux-tu nous révéler sur cette histoire pas comme les autres ? Comment écrit-on un scénario pour ce monde-là ?

  • Le principe est simple : prendre tout ce qui m’horripile ou me fout en rogne dans notre monde, et le tirer dans tous les sens jusqu’à le rendre complètement absurde. Par contre, je ne pouvais pas tout « adapter » à Uchronia, on ne pouvait pas se le permettre pour des questions de moyens, il y a donc des choses qui juste n’existent pas dans cet univers, comme les voitures et autres moyens de locomotion personnels. Mais, sachant que ces choses n’existaient pas, tout l’univers a été imaginé sans, et ça ne pose aucun problème. Là-dessus, le récit est construit comme une romance, avec ces principales étapes (premier rendez-vous, etc.), mais simplement pour que les spectateurs ne soient pas trop largués, car c’est assez dense au niveau des idées… et des absurdités (rires)…

yooUchronia, c’est forcément aussi un jeu de miroirs. 1984 de George Orwell ou Brazil de Gilliam ont chacun proposé des vues alternatives de notre monde. Qu’aimerais-tu que le spectateur en retienne ?

  • Si quelqu’un accepte de s’ouvrir au film et de le prendre pour ce qu’il est —et ni plus ni moins— il en résultera je pense quelque chose qui lui sera personnel, un peu comme la claque que j’ai prise quand j’ai vu « Brazil » à 15 ans. Après, si « Uchronia » peut continuer de vivre en certains d’entre eux, ce sera une réussite. Ce n’est pas un film qui va plaire au plus grand nombre, beaucoup vont rester en lisière et n’auront sans doute simplement pas les couilles d’en passer le palier. Ce n’est pas un film facile et ce n’est pas un film qui brosse le spectateur dans le sens du poil. C’est à prendre ou à laisser. Certains prendront et en retireront je ne sais quoi, mais d’autres le laisseront.

Côté technique et esthétique à quoi doit-on s’attendre ? Est-ce que tu voulais un grain particulier, un type d’images ou d’effets ?

  • On a essayé de faire de belles images, parce qu’on aime les belles images, et l’apport du directeur de la photographie Eddie Brière est indéniable à ce niveau-là, mais c’est un film dont le contenu est bien plus important que le contenant. Nous jouons d’ailleurs à plusieurs avec la « chose cinéma », avec son enveloppe, son emballage, c’est aussi en filigrane dans le déroulement du récit.

Si tu avais un souhait lié à Uchronia, quel serait-il ?

  • Pour l’instant, je n’ai qu’un objectif en tête : clôturer cette campagne de financement participatif pour pouvoir le terminer sereinement et dans de bonnes conditions, le plus tôt possible. Ensuite, qu’il trouve son public. Qualitativement parlant, pas quantitativement parlant. Ce n’est pas un film qui fera des millions d’entrées et si c’était le cas, ça voudrait dire que je me suis trompé sur toute la ligne (rires)…

Merci beaucoup ! A bientôt en salles !

  • Merci à toi.

Je rappelle que vous pouvez vous aussi contribuer en suivant ce lien : https://www.kickstarter.com/projects/1384014760/uchronia-un-long-metrage-de-christophe-goffette

 


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