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Sam Peckinpah [LIVRE]

Sam Peckinpah, le livre

Publié à l’occasion de la rétrospective Peckinpah (courant août sur Locarno pour ceux ayant un pied-à-terre ou un coffre-fort en Suisse, puis en septembre-octobre à la Cinémathèque Française), ce recueil intéressera tous les amateurs d’un des enfants les plus terribles du cinéma américain.

Sam Peckinpah livreInsoumis, incompris, en lutte permanente avec tout le monde (y compris lui-même), Peckinpah reste un réalisateur à part, impossible à caser dans une catégorie si ce n’est celle des jusqu’au-boutistes du Népal…  Au bout du bout du bout du bout du studio, il y a les pas de Sam… sans concessions est certainement une définition encore un peu trop faible pour cet homme. Quatorze films en tant que réalisateur, du bon, du très bon, du magnifique, mais aussi —il faut l’avouer— du très dispensable. Trop intégriste pour aller au bout d’un projet lorsqu’il n’était pas en phase avec le truc, mais bon sa vie dissolue (voire très très dissolue) coûtait une blinde. Donc moteur !…

La discussion (une sorte de masterclass, en public, datant de 1979) qui est retranscrite au début du livre, fait bien ressortir les fêlures de Peckinpah et l’incroyable combat qu’il aura dû mener tout au long de sa vie d’artiste. Ce qui n’excuse pas complètement le comportement odieux que le garçon pouvait avoir avec ses collaborateurs (enfin, avant de les virer, bien sûr !). Cette ambivalence du personnage ressort bien dans le témoignage de Gordon T Dawson (homme à tout faire entre 65/74) ou l’entretien (malheureusement trop court) de son ami Kris Kristofferson.

Et puis, au fil des pages, sa filmographie revient sur toutes ces belles pépites et notamment des westerns de haut calibrePat Garrett & Billy the Kid ainsi que La horde sauvage sont clairement deux joyaux de la couronne western et figurent sur tous les tops et classements du genre. N’omettons pas le magnifique Major Dundee (qui, ça tombe bien, ressort en version six coups en ce moment dans vos salles) qui risque d’en surprendre plus d’un. Ce film était (peut-être ?) tombé dans un certain anonymat, pourtant il conserve une sacrée puissance de nuisance dans bien des domaines. On aura rarement vu Charlton Heston dans une composition aussi ambiguë et dangereusement «border-line», surtout pour un officier yankee (on peut dire qu’il est loin le tunique bleu mode John Wayne).

Un nommé Cable Hogue n’est pas non plus à négliger avec son humour corrosif et la prestation incroyable de Jason Robbards. Un film tourné dans une ambiance de beuveries incroyable entre le réalisateur et son acteur. On apprend d’ailleurs que toute l’équipe de tournage couchait avec tout le monde dans tout l’hôtel répandant des maladies vénériennes sur le moindre bout de moquette !… Ah, les seventies et leur litanie de grand nez qui coule…

Sam Peckinpah aura d’ailleurs tout le long de sa filmographie utilisé les compétences d’acteurs excessifs avec qui il partait dans les délires les plus extrêmes (beuveries, drogues, bastons…). Jason Robbards, James Caan, Steve Mc Queen, Robert Ryan, des garçons qui flirtaient avec les lignes dans tous les domaines. En dehors de ses sublimes westerns, il aura aussi magnifié Dustin Hoffman dans Les chiens de paille (Straw Dogs), qui reste encore aujourd’hui un sacré morceau de bravoure sur la loi du talion.

Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia reste le meilleur Tarantino que Quentin ne tournera jamais. Un film de grand malade devant l’Absolut !… Croix de bois, Croix de fer, véritable ovni sur la guerre, sera le dernier grand film de Peckinpah. Un objet improbable tourné avec les deniers d’un producteur de porno allemand !… Le livre se termine sur les séries TV qui ont permis au réalisateur américain de sortir du ranch fin des années 50 pour se lancer à lasso du cinéma. Un bon survol de la carrière d’un homme qui aura été en marge de tout le système, et qui (comble de l’ironie) aura la gageure d’être aujourd’hui une référence absolue adoubée par moult de ses congénères. Il aurait « adoré » ces mords-moi le nœud …

Sam Peckinpah, aux éditions Capricci, 23 euros

 


Js Thi


Kankoiça
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