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Les chemins de l’école [DVD]

Les chemins de l'école DVDLes Chemins de L’École 

Les réalisateurs Yann l’Hénoret et Emmanuel Grionet proposent d’après une idée originale du film de Pascal Plisson une série documentaire homonyme de cette incroyable aventure. « Sur le Chemin » de l’école de Pascal Plisson avec le scénario de Marie-Claire Javoy obtient un certain succès en salles et il remporte le César  du meilleur film documentaire en 2014.

Les chemins de l'école 3C’est à travers leur rêve que se dessine le monde de demain. Le savoir s’acquiert au péril de leur vie pour ces écoliers. Une série de trois épisodes observe à nouveau des enfants en quête de savoir autour de la planète. Les familles se privent pour offrir le meilleur choix à leurs enfants, toutes ont conscience de la dureté de leurs modestes existences et souhaitent changer le futur des nouvelles générations pour que leur avenir soit embrassé en connaissance de cause. Ces familles ne veulent pas que leurs descendants suivent et subissent le même sort que celui auquel elles ont été confrontées. La vie s’organise autour de ces journées « extraordinaires ». La vie se divise entre tâches domestiques selon le sexe et l’âge et se préparer pour l’école. Les routes de l’apprentissage ne sont pas de tout repos. L’école n’est pas gratuite, elle est faite de sacrifices pécuniers et physiques. Les chemins sont semés d’embûches, les moyens de locomotion vétustes sur des routes inexistantes sont bien différents de ceux que nous connaissons, nous les européens ou même les occidentaux en général.

Pas de sensiblerie de la part du réalisateur, il accompagne les enfants au plus près de leur périple et il recueille leurs timides impressions. La témérité guide ces êtres que rien ni personne ne peut arrêter dans leur détermination à s’élever au dessus de leur humble condition. Ils font la fierté et ils sont l’espoir inestimable de leurs parents.

Une voix off plante le décor et décrit simplement le chemin emprunté. Nous ne sommes pas submergés par les commentaires,  les images suffisent pour parvenir à se faire une idée des difficultés rencontrées mais la joie règne tout au long. Chaque épisode commence avec la présentation des enfants et de leurs familles qui s’expriment avec pudeur sur les raisons qui les poussent à mettre leurs enfants à l’école. Cette volonté d’émancipation surpasse les angoisses des mères pour leur progéniture. C’est une façon singulière de repenser le monde dans toute sa complexité et son immensité.

Le premier épisode montre en parallèle Francklyn en Kirghizie, Asie Centrale, qui parcourt trois heures à dos de poney dans un paysage montagneux tortueux et risque sa vie sur la steppe glacée. Sur un autre continent, sur l’île de Madagascar, Erbol et Olivier parcourent durant cinq heures, pieds nus, des chemins de terre sous quarante degrés. C’est un véritable calvaire pour les enfants de ces deux univers contrastés qui ne se plaignent quasiment jamais malgré les péripéties qui les attendent à chaque instant sur le chemin du savoir. Si Francklyn est seul avec son poney dans le froid glacial comme unique et précieuse compagnie et un rempart sécurisé contre les loups, Erbol et olivier doivent faire face à d’autres prédateurs comme les trafiquants d’organes et une chaleur de plomb. Ces enfants pourraient nous paraître contextuellement bien éloignés des enfants européens et occidentaux, mais ils ont comme eux gardé leur insouciance. Ce serait un tort de penser que ces enfants se contentent de peu, leurs envies et aspirations n’ont pas de limites.

On est pauvre parce qu’on n’est pas instruit 

Le second épisode montre parallèlement trois enfants. Dévi, l’Indienne au grand cœur n’a que treize ans, mais nourrit l’ambition de devenir docteur pour aider les anciens. Les réalisateurs ont su justement donner un aperçu des croyances et des coutumes de chaque individu. Kritika, onze ans, la Népalaise qui veut devenir professeur pour instruire les autres ; et Olivier, dix ans, Malien, qui rêve de justice indivisible dans un pays meurtri par la guerre. Ils ne possèdent pas grand-chose, mais ce peu les réjouit. Les familles sont très unies et très impliquées dans l’éducation. Le repas est un moment de partage et de convivialité où il fait bon souffler un peu après une journée de dur labeur. À ce niveau-là, rien ne change réellement, c’est le souci de tous les parents d’être présents pour les leurs. Les habitations sont modestes et le confort spartiate. Dévi doit s’en aller quérir l’eau potable auprès du puits du village pour faire sa toilette, un exemple parmi tant d’autres qui reflète le quotidien de ces petits. Les réalisateurs ont capté avec sincérité des moments du quotidien.

L’altruisme est un fil conducteur entre ces jeunes générations

Le chemin de chacun n’est pas de tout repos, l’expression qui dit à chaque jour suffit sa peine trouve ici tout son sens. Il faut conjuguer avec les animaux dangereux, les intempéries et les voyous. Cela apparaît comme stupéfiant au vingt-et-unième siècle que ces enfants doivent se rendre sur ces chemins pour acquérir de l’instruction, le constat est aberrant. La peur chevillée au ventre, ils gardent pourtant le sourire aux lèvres, car ils sont heureux d’aller à l’école et d’être ensemble comme, paraît-il, tous les enfants du monde. Ils font non seulement preuve de courage, mais ils sont des plus habiles.

Les Chemins de l'école 2Le troisième volet montre Ani, onze ans, en Malaisie, Cho dix ans au Vietnam et Youssef douze ans en Cisjordanie. L’instruction se fait dans un esprit communautaire et solidaire. Ces enfants bénissent leur dieu et leur famille de leur donner la possibilité d’apprendre. Youssef part sur son cheval dans un pays en guerre tandis que Cho part sur des chemins abruptes et glissants, Ani part avec un copain sur une barque, il fait partie du peuple des pêcheurs Bajo. Toutes ces familles s’unissent pour offrir cette richesse inespérée. L’hygiène est un souci pour chacun et il est sévèrement contrôlé par les professeurs, l’uniforme est obligatoire.  Chaque enfant met un point d’honneur à être propre et présentable. Il est atypique de voir ces jeunes du bout du monde se laver les dents au sommet des montagnes ou dans les plaines quasi désertiques..

Bien qu’éloignés des grandes villes, ces enfants ressemblent dans leur gestuelle à tous les autres, ils ne perdent jamais de vue la quête de cette terre promise. Certains détails sont amusants et nous rappellent à notre réalité : ces enfants sont les nôtres ! Car ils regardent la télévision et portent des sacs avec une panthère facilement reconnaissable et des princesses. On oublie la misère un court moment. On devient complice de cette caméra embarquée autour du monde : un témoin privilégié.

On ne peut pas s’empêcher de penser au film Bébés de 2010 de Thomas Balmès et produit par Alain Chabat, qui montrait quatre bébés dans des pays différents. De la naissance à leurs premiers pas, le spectateur suivait des nouveaux-nés vers leur destinée aux quatre coins de la planète. En regardant le documentaire de Yann l’Henoret et Emmanuel Grionet, on a l’impression que les bébés de Thomas Balmès ont grandi. Seul regret, le manque de contenu additionnel, on aurait aimé en apprendre davantage sur les conditions de tournage et le rapport de l’équipe avec ces enfants du bout du monde.

DVD disponible le 26 août 2015 France Télévisions Distribution

 


Sophie Sevestre


Kankoiça
octobre 2015
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