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WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

Le panier garni de la mi-octobre [DVD]

Le panier garni de la mi-octobre [DVD]

Chers braziliens et chères braziliennes, vous trouverez dans ce panier garni un 40 Tueurs façon sauce grand veneur, un Someone You Love gribiche, du pâté de foie épicé à la Tales of Tomorrow, un The Major au poivre vert, un Custer l’homme de l’Ouest à la graisse d’urus, du Ken Russell pur jus comme on aime en voir en dégouliner, et un Venin confit dans l’alcool. Des films forts au fond tannique tapissés d’intrigues longues en bouche. Profitez les coquins !

 

jaquette40 TUEURS réalisé par ce vieux grigou grognon de Samuel Fuller avec Barbara Stanwyck , Barry Sullivan…

1880 en Arizona. Griff Bonnel, accompagné de ses frères Wes et Chico, parvient à Tombstone, dominé par une bande de hors-la-loi menée par la puissante propriétaire terrienne Jessica Drummond. Dès leur arrivée, le shérif de la ville est tué par Brockie, le frère de Jessica. Griff parvient à l’arrêter en l’assommant et l’emprisonne. Aussitôt au courant, Jessica Drummond descend sur la ville armée de ses quarante tueurs et libère son frère grâce à son avocat.

40 Tueurs n’usurpe pas sa réputation de chef-d’œuvre. Dans le jargon brazilien, on appelle ça un film somme ou un film cerveau car chaque plan concentre dix idées où les thèmes traités se connectent, se nourrissent les uns des autres dans un système d’une complexe simplicité. Pour faire plus court, si vous désirez en apprendre sur la nature humaine, matez ce western naturaliste et vous serez surpris d’y retrouver une part de vous-même et sans aucun doute beaucoup des autres.

Ici, le manichéisme n’a pas sa place. On nage en plein barnum. En effet, les règles et les lois sont dictées par celui ou celle qui tient la cravache ! Plus le film avance et plus la frontière entre le Bien et le Mal s’efface jusqu’à nous retourner la cervelle. Sam Fuller, photographe de guerre aguerri aux théâtres des opérations, offre une œuvre à la limite du documentaire tant elle colle à la peau et aux terrains. Le cinéaste ne se refuse rien. Ni l’anticonformisme, ni le sexisme, ni le féminisme, ni quoi que ce soit !

Cette Jessica Drummond, femme d’affaire et grande propriétaire terrienne a fière allure autour de ses 40 tueurs. Comme à son habitude, Fuller a tourné son film en une dizaine de jours avec peu de moyens. Résultat : la mise en scène et la photo sont à tomber. Il est l’exemple parfait de l’efficacité. Quand on pense qu’aujourd’hui il faut près d’une année pour tourner cette daube d’Avengers… 40 tueurs multiplie les propositions et les points de vue. 40 Tueurs raconte l’Amérique, 40 Tueurs raconte les grands espaces, 40 Tueurs raconte la ville, 40 Tueurs raconte l’homme, 40 Tueurs raconte la femme.

Disponible en blu-ray et DVD chez Sidonis Calysta

 

Someone you loveSOMEONE YOU LOVE réalisé par Pernille Fischer Christensen avec Mikael Persbrandt, Trine Dyrholm, Birgit Hjort Sorensen…

Après des années à Los Angeles, Thomas Jacob, célèbre chanteur au parcours chaotique, revient enregistrer son nouvel album au Danemark. Sa fille Julie, qu’il n’a pas vue depuis des années, en profite pour réapparaître dans sa vie et lui présenter son petit-fils Noa. Thomas s’est détourné de sa famille et c’est bien malgré lui qu’il doit s’occuper du jeune garçon. Sa relation avec son petit-fils évolue et il est bientôt confronté à un choix qui pourrait bouleverser sa vie.

À la lecture du pitch, on pourrait se sentir prisonnier de la classique histoire du petit-fils abandonné et son grand-père bougon. Eh bien pas du tout. C’est plus que ça et c’est mieux que ça. Certes, le rock’n roll man est un richissime misanthrope qui préfère le silence de sa tour d’ivoire aux affaires familiales. Mais très vite, on se rend compte que le film va davantage titiller du coté des faiblesses et des forces de l’artiste pour qui s’occuper des autres, la chair de sa chair, nuit à gravement à la santé de son œuvre. Ce Tom Waits danois, homme fragile et immature, est entièrement dévoué à sa musique et à son public. Il s’attache d’un cûté et abandonne de l’autre. C’est toute l’ambivalence du personnage.

Rien dans Someone you love n’excuse son apparente indifférence et son apparente cruauté. Ces hommes-là ne sont pas faits dans le même bois que nous. La cinéaste s’attache à révéler une bête qui s’humanise et qui offrira la seule concession à sa vie d’artiste hanté.

Le film se révèle d’une grande maîtrise dans son tempo. Un magnifique portrait de musicien.

Disponible en DVD chez Blaq Out

  

Tales of TomorrowTALES OF TOMORROW

Tales of Tomorrow fait partie de ces séries télévisées fantastiques cultes diffusées dans les années 50 exclusivement destinées aux adultes et qui, nous le saurons bien plus tard, donna une impulsion notable aux travaux d’Alfred Hitchcock et autres faiseurs d’histoire made in « Quatrième dimension ». Durant 30 minutes, seuls les foyers américains qui possédaient une télévision (les autres jouaient au baseball ou lisaient Paul Claudel en mandarin) s’arrêtaient de vivre le temps d’un épisode.

Tales of Tomorrow a été diffusé sur le réseau ABC entre le 3 août 1951 et le 12 juin 1953. Pourquoi tant de précision me direz-vous ? Pour la simple et bonne raison qu’il faut insister sur le caractère « précurseur » de ladite série.

Ils furent très nombreux, les acteurs et les actrices, à se faire les dents sur Tales of Tomorrow. Et pas les plus pourris du marché ! Les plus notables portent les noms de James Dean et Paul Newman. Quant aux briscards comme Véronica Lake, Boris Karloff ou Long Chaney Jr, ils eurent le bon goût de prêter leur trogne à ce nouveau format.

Le caractère unique de la série naît de son terreau. Les scénaristes puisent chez Theodore Sturgeon, H. G. Wells, Arthur C. Clarke, Oscar Wilde, Ray Bradbury, A. E. van Vogt, James P. Cavanagh, Walter de la Mare, entre autres. Que du beau linge ! Le charme suranné du vintage, vous le trouverez dans la mise en scène. Il faut bien l’admettre, chaque épisode est réalisé avec deux francs six sous. Pas trois francs mais deux francs !

Le système D fonctionne à merveille. On voit bien que tout ce petit monde s’amuse ! Adaptez les grands auteurs avec pas grand-chose, c’est quand même bien bonnard ! Dans les bonus, Stéphane Bourgoin, spécialiste du fantastique et des tueurs en série, revient sur les influences et l’influence de Tales of Tomorrow. Faites-vous plaisir avec le coffret DVD. Cette série est inédite dans les pays francophones.

Disponible chez Bach Films

 

The-MajorTHE MAJOR réalisé par Youri Bikov avec Denis Shvedov, Irina Nizina, Youri Bikov, Dmitry Kulichkov…

Un jour d’hiver, Sergueï Sobolev, capitaine de la police locale, est en route vers l’hôpital où sa femme s’apprête à accoucher. Surexcité, il renverse un enfant qui meurt à la suite de l’accident. Le capitaine a deux options : aller en prison ou cacher le crime. Sobolev décide alors d’appeler un collègue pour l’aider…

En 2013, The Major fait sensation à la Semaine de la Critique. Le cinéaste et acteur Youri Bikov dénonce une société gangrenée par la corruption où les cercles du pouvoir pourraient être assimilés aux sphères de la perdition. On y voit le simple grouillot et le chef de la police locale se moquer de la mort d’un enfant pourvu que rien n’empêche leurs affaires douteuses de prospérer. The Major à la bonne idée d’embrasser une pelletée de genre de la chronique sociale au polar urbain ultra bourrin. Vous y trouverez votre bonheur comme disait ma grand-mère.

Parfois, c’est un peu ordinaire. Le traitement des relations entre la base et la hiérarchie fait un peu cliché. L’intrigue dramatique passe par les points de vue du capitaine et de son collègue, tous deux placés sur le niveau intermédiaire de l’organigramme. Si l’un vacille quand l’autre reste droit dans ses bottes, on se rend mieux compte de qui fait quoi dans la police russe.

Les moments de bravoure, nombreux, ne manquent pas. On se rend compte que Bikov raconte la Russie d’aujourd’hui. Un pays reverrouillé par la vieille oligarchie de coco qui, après avoir été virée en même temps que Gortbatchev, reprend sa place. Merci Monsieur Poutine.

Vos papilles apprécieront ce polar russe servi glacé.

Disponible en DVD chez Arcades

 

CusterCUSTER L’HOMME DE L’OUEST réalisé par Robert Siodmak avec Robert Shaw, Jeffrey Hunter, Mary Ure, Robert Ryan…

À la fin de la guerre de sécession le général Custer a 19 ans et refuse de retourner à la vie civile. Il est envoyé dans le Dakota pour pacifier les Indiens Cheyenne. Il se prépare alors une bataille décisive contre les Indiens à Little Big Horn.

Des grandes plaines aux vallons herbeux, des rivières assassines aux prairies à bison, ne pensez pas une seconde admirer l’Amérique mais les paysages d’Almeria en Espagne. 1967. Siodmak tournait son film en 70mm pour les salles Cinerama. On constate sans trop d’hésitation que les images flattent l’œil.

Custer l’homme de l’Ouest est à la fois généreux et maladroit. C’est un western à grand spectacle mais furieusement cucul la praline.

Cucul la praline au sens qu’il traite Custer et ses hommes façon western. Il manque ce supplément d’âme qui aurait pu et dû présenter ce général meneur d’hommes comme le fou qu’il était façon tragédie psychologique. Custer fut ce qu’il y a de pire dans l’Ouest. Un arriviste et un assassin.

Le film se suit sans déplaisir mais il est loin de remplir sa mission. Custer était un sombre crétin.

Disponible en DVD chez Sidonis Calysta

 

loveLOVE réalisé par Ken Russell avec Oliver Reed, Alan Bates, Glenda Jackson…

Rien à voir avec la vieille rengaine du début des années 20 signée Wesley Ruggles. Et encore moins avec le récent Gaspar Noé ! On parle là d’un film réalisé par le grand Ken Russell (le titre originel en est d’ailleurs Women in Love), alors au meilleur de sa forme (nous sommes en 69, il a réalisé Dante’s Inferno pour la télévision deux ans plus tôt, et sortira son chef-d’œuvre, Les Diables, deux ans plus tard).

Love est une œuvre faussement fluide (et donc finalement très confuse —et ce n’est pas péjoratif du tout) sur la confusion, nous replongeant début du siècle passé, avec ces deux femmes au fort caractère, émancipées comme rarement à l’époque (ce sont les années 20), bien décidées à mener leur barque comme elles l’entendent, tout en usant de leurs armes de séduction (massive-s) envers deux riches industriels qu’elles mettent facilement sens dessus-dessous.

C’est ce film qui lancera Ken Russell sur le chemin de la controverse, où il excellera comme personne durant une bonne partie des années 70. À noter que le scénario avait été proposé dans un premier temps à Peter Brook et Stanley Kubrick, mais qu’aucun d’eux n’y vit matière à construire une œuvre forte, ce que fit pourtant —et sans peine— Ken Russell, dont on savait à quel point il pouvait s’accaparer un film de commande et le faire sien, c’est-à-dire tout en excentricité assumée et mise en scène audacieuse (revoir Un cerveau d’un milliard de dollars, pour s’en convaincre, si nécessaire).

À noter un casting impeccable, emmené par Oliver Reed, alors lui-même au faîte de la gloire, et un Alan Bates d’une froideur déconcertante. Glenda Jackson, elle, explose littéralement (c’est le film qui la révéla, après quoi on la revit notamment chez Schlesinger (Un dimanche comme les autres), Losey (Une Anglaise romantique) ou Apted (Triple Echo) mais aussi à nouveau chez Ken Russell (The boy friend, la symphonie pathétique…). Enfin, Jennie Linden, plus rare (remember le délirant Docteur Who contre les Daleks ??), interprète la seconde sœur, plus en nuances, même si avec moins de grains à moudre.

Un film qui, au final, et comme l’intégralité de l’œuvre de Ken Russell, n’a pas trop vieilli, malgré une certaine patine, en particulière dans des choix de mise en scène un peu patauds parfois.

Disponible en DVD chez Sidonis Calysta

 

VeninVENIN réalisé par Piers Haggard avec Klaus Kinski, Oliver Reed, Nicol Williamson…

Une gouvernante et un chauffeur mettent au point un plan machiavélique pour enlever le fils de la maison. L’opération va s’avérer plus difficile que prévu : le petit Philip vient d’acquérir un mamba noir, le serpent le plus dangereux au monde. Après une erreur de livraison du labo, celui-ci se retrouve en toute liberté dans la maison.

Venin est une série B ultra bonnarde sortie au début des années 80. Même si l’intrigue est en bois, le casting, lui, est béton. Un vrai festival de trognes ! Rien n’est bien compliqué dans ce huis clos. Un petit-fils, son pépé et la tripotée de méchants devront faire face au mamba noir, une véritable saleté qui mérite seulement d’être écrasée par le nouveau Range Rover V8 Biturbo. Du kidnapping, on s’en moque un peu car on attend le moment où la caméra se plantera devant la bête juste avant l’assaut et les convulsions sur le tapis du salon. Attention ! Personne n’en fait des caisses ! Non, j’déconne.

Très recommandé pour les collectionneurs vintage.

Disponible en DVD chez Sidonis Calysta

CONCOURS : 5 DVD de LOVE et 5 DVD de VENIN À RAFLER ! Pour cela, il vous suffit de nous écrire (à l’adresse concoursbrazil3.0 (a) gmail.com) et répondre à cette simple question : dans lequel de ces films, Oliver Reed, à l’affiche de Venin et de Love, n’a-t-il pas joué : Paranoiac, les Rubans rouges ou Gladiator ? (un tirage au sort départagera les bonnes réponses reçues avant le 28 octobre 2015, à minuit)

 


Cédric Janet (et Sam Lowry pour Love)


Kankoiça
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