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Freaks’ Squeele, l’interview finale ! [BD, ITW]

Freaks’ Squeele, l’interview finale ! 

freaks-squeele1Une série qui nous rapporte les aventures extraordinaires d’un trio atypique, formé pour être des super-héros hors normes. Entre un humour référentiel, un scénario (sur)prenant et un dessin particulièrement méticuleux, c’est l’une des séries à lire jusqu’au bout. Florent Maudoux, assure la direction de cette école du bizarre et revient avec nous sur les jalons de cet étrange parcours. Vous prendrez bien une tranche de squeele ?

 

  • En prévision du dernier tome de ta série détonante, peux-tu revenir sur les grands moments de ton parcours qui t’ont amené à Freaks’Squeele ? 

Je vais passer mon parcours professionnel. Je préfère évoquer la manière dont est vraiment née la série, je trouve ça plus utile pour les jeunes qui ont pour passion la BD et qui veulent en faire leur métier. En fait, je m’ennuyais dans les métiers de l’image que j’ai pratiqués, impossible de m’épanouir dans l’univers d’un autre. Ma copine à l’époque (qui est depuis devenue ma femme) m’a encouragé à continuer les petites histoires que je griffonnais sur des bouts de papier (parfois à carreau, c’est dire). J’ai donc réussi à me lancer dans un gros manuscrit qui s’est étoffé jusqu’à faire plus de 200 pages. J’ai fait tourner ce manuscrit dans mon entourage et j’ai pu remarquer un véritable intérêt pour l’histoire et pas seulement pour le dessin. J’ai donc complété le dossier avec des planches finalisées et quelques explications sur le concept et le pitch. Puis j’ai démarché les éditeurs. Ce que je veux dire ici, c’est que le seul et unique moyen de savoir si on est fait pour la BD, c’est de la montrer à ses amis, si on te dit que c’est joli sans te demander quand est-ce que sort la suite, alors il y a problème.

  • Explique-nous ce petit Gizmo, sous les traits duquel tu te représentes dans les bonus pléthoriques des albums de ta série.

J’aime bien la double identité du Mogwaï, s’il mange après minuit il se transforme en monstre (très humain, d’ailleurs). C’est mon côté ego surdimensionné qui m’a poussé à aborder les jumeaux comme thème principal dans Funérailles.

  • Parmi tes influences, on remarque de la mythologie ou des contes (je pense aux chevaliers qui ne font plus ni, 2e tome), des films d’arts martiaux, les jeux ou encore la musique… Tu revendiques les animes, les mangas, les films d’action et j’ose… des nanars !  Cherches-tu à les revaloriser ou plutôt à t’en démarquer ?

Ni l’un ni l’autre. C’est ma culture et j’y accède naturellement. C’est amusant de pouvoir tisser un lien avec les lecteurs via ce procédé narratif, mais le fond de l’histoire doit pouvoir s’en détacher. J’ai le sentiment d’avoir construit l’univers de Freaks un peu comme le très regretté Terry Pratchett a conçu son Disque-Monde. C’est de bric et de broc, mais tout est lié par un truc indéfinissable : c’est ce qu’on pourrait appeler le Squeele.

  • freaks-squeele2Ta F.E.A.H (Faculté d’Études Académiques de Héros) est une université de super-héros. Un modèle anglo-saxon également, sans parler de la rivalité avec les lumières de l’université de Saint-Ange. Cela tient à la fois du récit initiatique et de l’hommage aux comics, non ? Ou encore à tous ces récits dans lesquels des jeunes découvrent leur vraie nature ? Est-ce un rêve d’enfant ? 

Houla, ça fait beaucoup de points à éclaircir ! L’hommage aux comics, je ne crois pas. En réalité, je me suis inspiré de mes études à l’Université Paris XI, même si le campus de la FEAH est totalement réinterprété. En revanche, le cadre scolaire me paraissait important parce qu’on parle bien d’initiation et d’accession à l’âge adulte. D’où le « A » de jeune conducteur qu’on retrouve dans le 7ème album.

  • Xiong Mao, Chance et Ombre de Loup, un trio gagnant. Dans le 3e tome, tu rappelles les nombreux groupes de héros qui tournent à trois et tu te livres à un périlleux exercice de numérologie sur le label 619. Sans parler de chiffres, pourquoi cette association entre ces trois personnalités ?

Je voulais casser le trio habituel de héros composé par deux hommes et une femme. Je reviens à ce trio classique dans Funérailles, mais c’est parce que je voulais entrer dans le canon du Shonen manga [manga pour adolescents, ndB3.0] pour mieux le démonter. Là où Freaks affiche ouvertement son féminisme. Ombre est un homme qui maîtrise son côté animal et s’occupe du foyer, Chance est une femme d’affaire en devenir et Xiong Mao est un artisan hors pair.

  • Xiong Mao et la forge, c’est comme Conan et l’acier, ça donne envie de faire pareil, et en te lisant on a l’impression que tu as toi-même pratiqué. On sent que cette activité fait partie de Xiong Mao et en révèle beaucoup sur sa nature. Elle évolue grâce à cela. Pourquoi cette discipline ? Qu’est-ce que tu mets derrière ?

J’adore le film de John Milius, les premières images de Conan montrent une épée qui est coulée dans un moule, mais je crois que le processus de forge (moins rapide et moins impressionnant) aurait été peu ciné-génique. J’ai pu prendre le temps de traiter le sujet un peu plus en profondeur. Xiong Mao se forge sa personnalité en dehors des conventions (elle brise les anciennes armes pour en faire de nouvelles) et le résultat de tout ça est une épée tordue qui rend la plus maladroite des succubes quasi invincible. Xiong Mao dompte son tempérament de feu (Flamendo, littéralement la voie du feu) avec la forge. Ça peut paraître mystique dit comme ça, mais les images ont vraiment marqué les lecteurs. Les lecteurs sont beaucoup plus sensibles qu’on ne veut bien le croire. En tant que lecteur j’adore avoir le sentiment de ne pas tout saisir même si je ressens quelque chose de spécial. J’essaye de faire de Freaks ce genre d’œuvre, l’avenir seul pourra nous dire si j’ai réussi ou pas.

  • D’ailleurs, tu exploites le potentiel de cette jeune femme en lui offrant un sacré background : l’histoire de sa mère Masiko dans DoggyBags ou dans Rouge. 

Le passé de Xiong Mao était le plus amusant à développer, car il faisait référence à des moments intenses avec d’autres femmes : Masiko et Sélène. Pour Masiko, c’est un peu un hasard. En effet, cette histoire est née du pur besoin de créer un personnage pour Doggybags, mais ça a été très amusant de relier tout à ça Freaks. Puis, naturellement, tout s’est mis en place. Pour Sélène, je voulais aborder un sujet délicat et le dessin asexué de Sourya [dessinateur de Rouge, ndB3.0] m’a permis d’évoquer l’homosexualité féminine en toute pudeur. Mon dessin aurait été trop charnel et ça aurait donné un aspect un peu putassier à l’ensemble.

  • Ce qui au départ commence comme une aventure loufoque devient rapidement une histoire plus profonde avec des enjeux de taille. Les vrais liens entre les protagonistes et les nombreuses révélations donnent une épaisseur certaine. Comment composes-tu tout cela ? Sur quoi t’appuies-tu pour construire l’histoire ? Laisses-tu de la place à l’improvisation ?

Dès leur création, j’ai en tête des choses assez précises pour chacun des personnages. Cela me permet de construire une histoire globale qui se tient à peu près. En revanche, je me laisse une grand liberté quant au développement, sinon tout serait téléphoné et télécommandé. Je détesterais être le Dieu de mon univers et laisser aux personnages une plage de liberté est indispensable pour que l’ensemble soit vivant. Cela me permet aussi une certaine spontanéité de ton.

  • freaks-squeele3Travailler seul, scénariste et dessinateur, est-ce pour toi un avantage ou un inconvénient ? Pourquoi ? 

Je pense que c’est un gros avantage, surtout en termes de productivité. Je n’ai de comptes à rendre qu’à moi et les éventuels changements de dernière minute sont possibles et très rapides à mettre en œuvre. Après pour avoir bossé avec Run et Céline sur un épisode de Doggybags [Run et Céline Tran scénaristes sur DoggyBags n°6, ndB3.0], j’ai découvert qu’on pouvait aussi trouver ce genre de liberté si on travaille en bonne intelligence. Mais selon moi rien ne vaut le travail solo, on peut tout assumer, y compris les erreurs. C’est bien pour le développement personnel et le rapport à la critique.

  • Beaucoup de personnages notables côtoient nos trois héros, un exemple avec la touchante Val, hommage aux magical girls de notre enfance. Un regret lié à Gigi, Creamy et toutes les autres ? 

Oui, j’aimais beaucoup ces programmes étant tout jeune même si je n’osais pas l’avouer. Je suppose que voir une petite fille grandir à vue d’œil pour devenir une femme a quelque chose de fascinant. Val représente bien les enjeux de Freaks, elle est destinée à devenir une déesse de la Mort, mais tout ce qu’elle désire est de faire vibrer le cœur des enfants.

  • Sablon à la sagesse orientale, Changelin à la libido trouble, Scipio l’ambitieux Doyen de la F.E.A.H pour n’en citer que quelques-uns, sont autant de facettes de l’univers que tu as bâti. L’un d’entre eux se détache, Funérailles, puisqu’il a droit à sa propre série en forme de prequel, avec des titres empruntés aux standards du rock. Je salue au passage la qualité éditoriale de l’ensemble avec des albums aux pages noires d’une grande élégance. Peux-tu nous en dire plus sur ce qui t’a motivé à parler de ce chevalier noir, sur les nombreux clins d’œil qui jalonnent ton récit ?

En fait, Funérailles aurait dû faire partie du trio de héros, mais ma femme l’a trouvé trop complexe et trop sombre par rapport à l’univers que j’allais développer. Du coup est venue l’idée de le passer sur la génération suivante et d’en faire un professeur. J’aurais normalement dû raconter sa jeunesse au sein même de Freaks, mais le ton en aurait été encore une fois trop sombre. Donc pour bien marquer le coup j’en ai fait une série. Run m’a suivi à fond là-dessus, son influence a été évidente et il m’a permis d’éviter quelques écueils pour que Funérailles soit une série plus originale et entre dans les canons du label 619. Bref, depuis le début j’avais envie de développer ce personnage et son alter ego et la succès m’a permis de réaliser ce rêve.

  • freaks-squeele couvertureSept tomes, était-ce un choix dès le départ ? Y a-t-il un symbole caché derrière ce chiffre emblématique ?

Très honnêtement, non. C’est un hasard de la vie, même si c’est vrai que c’est un beau chiffre. Pour Funérailles, j’aimerais m’arrêter à 11 histoire de boucler la boucle sur le sujet de la gémellité.

  • L’info circule en ligne, tu prévois des tas de bonus pour finir en beauté, une sacrée version collector, une édition sans les maillots de bains des filles… Tu nous gâtes ! D’autres révélations ? 

Je travaille sur un web comic lié à l’univers de Freaks.

  • As-tu des projets après Freaks’ Squeele ? 

Difficile à dire. Quand j’étais au Collège, je changeais de projet de BD tous les mois en fonction de ce que je voyais au cinéma, ou lisais en littérature. Je n’ai jamais terminé un seul projet. J’ai conçu Freaks pour ne jamais avoir à m’ennuyer et jusqu’à maintenant ça fonctionne. J’espère un jour pouvoir y apporter un vrai point final, mais je suis incapable de vous dire de quoi mon avenir est fait.

  • On se prépare pour cette prochaine sortie. Merci encore !

Merci à toi.

Freaks’Squeele, 7e et dernier tome : A-Move & Z -Movie à paraître le 30 octobre 2015.

 

Filakter 


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