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THE TOWN : this is my city ! [CINÉ/DVD]

The town 1THE TOWN : This is my city !

Un titre sans blason, pour The Town, second film de Ben Affleck, sorti au cinéma en 2011…

Ne nous fions pas aux apparences, car The Town a bien un nom au caractère trempé dans l’acier du fusil d’assaut des braqueurs de banque, un titre urbain pour un décor et des personnages made in asphalte.

the-town 2Ce nom, Charlestown, surnommé The Town, est un quartier de Boston qui occupe une place de second choix dans l’Histoire américaine. Ancienne banlieue de Boston, la ville a été annexée à la mégapole le 05 janvier 1874. Hélas, comme souvent, les pièces rapportées s’intègrent mal à la cité. En France, nous avons l’exemple de Belleville transformée en vingtième arrondissement de Paris en 1860 sous le diktat du Second Empire… Banlieusard un jour, banlieusard toujours!

Aux pieds du Bunker Hill de la ville de Charles, symbole de la Guerre d’Indépendance, se livre de nos jours, dans ce quartier de 1,6 km2 une guerre sans fin, opposant flics et gangsters. Ici, on est flic ou braqueur. La faute aux patrons qui ne paient pas grassement leur main-d’œuvre. Nous ne sommes pas loin de Germinal. Plus de trois cents braquages de banques ont lieu chaque année à Boston (!). Pour le côté pratique, les hors-la-loi résident à deux pas de leur lieu de travail, les banques…

The Town, c’est une ville-prison, toute puissante, démiurge, qui telle une Parque file la vie de ses habitants et tranche leur destin. Cette ville, Boston, est celle de la violence, de la misère, du non-avenir pour ses enfants. A contrario de Babylone où l’on se vautre dans la débauche, dans The Town, on se répand dans la fureur des armes cracheuses de feu. Son règne ? Celui de la voyoucratie… Le chômage est Roi ? Pas de problème pour ses fils de rien. Leur Éducation ? Le système Street et le No Futur, avec une bonne dose de débrouillardise culottée. Ces types-là, ceux des quartiers, n’ont pas froid aux yeux. Normal, me direz-vous, leurs ancêtres croupissent en prison ou dans la fosse commune.

The Town est l’adaptation du roman Le Prince des braqueurs, de Chuck Hogan, Prix Hammett 2005. Ce thriller donne l’occasion à Ben Affleck de retourner sur les lieux de son enfance et se réapproprier les mean streets de Boston. Il incarne le personnage de Doug MacRay, un jeune délinquant qui a le braquage dans le sang. Son père, joué par le buriné et burné Chris Cooper, est une légende vivante des attaques à mains armées. Bien que guidé par cet héritage aigrefin, Doug cherche à échapper à son destin. Un braquage de plus et c’est terminé, se dit-il à chaque fois, en déni du prochain.

The town 7Oui mais… Il est difficile d’échapper à ses amis d’enfance —surtout ceux qui ont fait de la taule pour vous sauver la peau (Jeremy Renner)— ou aux vieux mafiosi qui vous mettent la pression pour vous garder sous leur coupe criminelle (Pete Postlethwaite, qui excelle dans son dernier rôle à l’écran et qui aura su nous offrir entre The Duellists, In the name of the father à The Town de sacrés beaux rôles).

L’histoire ? Celle de quatre « garnements » qui incarnent l’esprit tout feu tout flingue de leur suburbaine town. Les quatre gamins qui ne connaissent rien d’autre que la violence braquent des banques pour (sur)vivre. Ils sont des pros en la matière. Tout roule jusqu’à ce que l’un d’eux, leur boss, Doug, tombe sous le charme de leur otage, Rebecca Hall (il nous fait un syndrome de Stockholm à l’envers) qui, elle, ne sait pas que son tendre voyou, s’offre des banques et des fourgons blindés, à l’heure du dîner.

Les mecs, pas amateurs pour un sou, ont deux-trois ficelles astucieuses pour mener à bien leurs bracos. Ils usent et abusent d’artifices tels des masques de films d’horreur ou des costumes de circonstance (comme ceux des flics pour le grand final) pour mieux embrouiller les neurones nécrosées des policiers overcaféinés. Leur mode d’action nous replonge avec nostalgie dans les braquages sous le soleil de Point Break (l’original, hein, pas la photocopie foirée).

Nos héros ? Un quatuor sans avenir qui sait, à l’instar de Noodles (De Niro) et ses frères de sang d’Once Upon a Time in America, que leur guide vers la terre promise est un gros calibre. Leurs couvertures ? Des boulots ingrats, des chantiers sans fonds, des gueules de bons banlieusards, des conversations de comptoir… Le quatuor ? Le chef de bande : Doug, Ben Affleck, toujours à l’aise dans les rôles de traîne-savates (Revoyez Will Hunting ou le plus récent Gone Girl). C’est fou comme ce type incarne bien le pathétique à l’écran ! Son second, son alter ego, l’ange de la violence, un Jeremy Renner suicidaire emprunt de l’énergie du personnage qu’il incarnait avec excellence dans Démineurs (The Hurt Locker) de Kathryn Bigelow, l’ex-Madame Cameron. Les deux autres comparses, avec leurs mines gredines sont impeccables dans leurs rôles de seconds couteaux.

the town 3Quand Ben ne s’acharne pas à désincarner les super-héros sur grand écran (un genre en voie de disparition selon Spielberg) et revient à ses sources bostoniennes (jetez un œil attentionné à son premier petit film Gone Baby Gone), il faut reconnaître qu’il fait du bon boulot. N’en déplaise à sa mâchoire carrée et son mauvais casting féminin (quitte à choisir une actrice de seconde zone pour incarner la candeur amoureuse, Ben aurait pu offrir le rôle à sa femme de l’époque, Jennifer Garner, plutôt qu’à la précieuse ridicule, Rebecca Hall. Même Victor Garber, l’ex-papa Bristow de Jenny dans Alias a fait son apparition dans le film. Pourquoi pas Jen ?).

The Town, c’est deux heures cinq d’action-testostérone, de courses-poursuites-couillues, d’amours sur le fil tendu, de fuites en avant direction la peine capitale, de règlements de comptes pétaradants qui font écho, évidemment, à The Heat de Michael Mann, aux films de Sidney Lumet, voire au Mystic River de Clint Eastwood également filmé à Boston. The Town, c’est un film indépendant très efficace. À aucun moment on ne se dit que le film, bien que très référencé, est une pâle copie des suscités. La raison ? La caméra amoureuse de Ben Affleck qui donne vie aux ruelles inquiétantes de l’ancienne banlieue.

L’héroïne du film, c’est Charlestown, pas une Rebecca Hall minaudière, gourgandine fan de la mâchoire square de Ben Affleck, encore moins une Blake Lively (sœur de Jeremy Renner, ex-amante d’Affleck, accessoirement mère du présumé fils de Ben… Ouais, un peu tiré par les cheveux blonds de Blake !), plus gossip que crédible dans son rôle de fille de la rue à l’accent bostonien. À croire qu’elle n’est jamais descendue de son Upper East Side. Mis à part le casting féminin foireux, Affleck a su constituer une belle band apart de voyous…

On ne s’échappe pas de The Town, ou bien ?

 

The Town, de Ben Affleck, Warner Home Video, disponible en DVD et Bluray

 


Arnaud Delporte-Fontaine

 


Kankoiça
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