Abonnez-vous !

WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

Le concert des Insus-? (on y était !)…

« Il y a un concert de rock le 11 septembre au Point Ephémère à ne pas rater… Il n’y a plus beaucoup de places paraît-il » : voilà le message sybillin posté par Richard Kolinka, batteur fou de son état, ce jeudi 27 août 2015 sur sa page facebook… En zieutant la programmation de la salle, on apprend qu’un groupe baptisé « Les Insus- ? » jouera donc ce soir-là , qu’il n’a sorti aucun album, jamais tourné sous ce nom et que… les billets sont à 16 euros !?! Faisons donc confiance au garçon , les 300 places ne vont pas rester, et prenons-en donc une paire.

Insus 1Le logo du groupe, un point d’interrogation, renvoie pour qui veut bien, à un drôle de point d’exclamation, par lequel en 76 (!?) les futurs Téléphone sign(al)aient leur premier concert… Pas de site web , pas la moindre trace des ‘Insus’ sur le net, si ce n’est une page FB toute nue, sur laquelle on peut lire « Parlez ! , parlez dans… ». Tiens tiens tiens .

Le lendemain matin , c’était à prévoir, le concert est annoncé sold-out, et tout le monde commence à s’exciter —et y aller de son petit fantasme : Aubert & Bertignac ne tournent pas à cette date-là, yes, donc Téléphone est de retour, oui, voilà, parfait. RTL s’empare du truc et annonce avec force que —exclusif !— ça y est, leplusgrandgroupederockdecepays se reforme, voili voilà, lâchez-vous tous, twittez, likez et partagez au plus grand nombre le fait que vous ne savez rien, afin que tous, de France Culture à BFM, et de La Croix aux Inrocks, se fassent l’écho pendant deux semaines DU concert à venir, que TF1 et RTL joignent Corine Marienneau (qui-n’est-pas-bassiste-du-tout-nan-nan-je-suis-la-bassiste-de-Téléphone), que celle-ci réponde qu’elle n’est pas conviée à ce gig, non, et que, les amis, ce n’est pas Téléphone-du-tout, arrêtez avec ça.

… Deux longues semaines plus tard, un 11 septembre, quai de Valmy, Paris…

Des djeunz et des moins jeunes font le pied de grue devant la salle, hipsters et vieux roqueurs,  cheveux gris, cheveux bleus, « fans » de la première heure et petits malins mêlés : alors qu’autour de nous s’activent les chaînes de désinformation continue, en quête de témoignages, d’anecdotes, de matière première pour  couvrir un évenement dont on ne sait en définitive pas grand-chose. Sign o’ the times : les journalistes qui demandent à échanger leurs numéros de portable avec des spectateurs, afin de glaner quelques images du concert, de l’intérieur…

2 bd

« Nous vous rappellons que les appareils de captation audio et video sont formellement proscrits dans l’enceinte de l’établiss… »

Autour de 20 heures, les détenteurs du précieux sésame sont invités à  pénétrer dans la salle, tandis que les possesseurs de faux tickets resteront donc à quai (de Valmy) : spéculation et marché noir ont encore frappé, laissant sur la touche une dizaine de malheureux, désolé monsieur, vous êtes ici une poignée à avoir acheté le même billet…

(petit aparté pour vous prévénir que ce récit ne succombera pas à la facilité du name-dropping, nan, ce n’est pas ici que vous lirez que Nagui, Bruel, Manoeuvre ou encore Drouot était dans la salle : on est là pour la musique —et ceux qui la font)…

À noter que la salle est vraiment petite, la scène quasiment au niveau du public —et carrément « dans l’esprit » de ce que les garçons avaient toujours dit : ‘ Si on rejoue ensemble, faudra que ça soit guidé par le plaisir, et non pas par des offres à 7 chiffres pour jouer trois soirs au Stade de France’…

20h30, 21h00 ou minuit, peu importe : les premières notes de « Crache Ton Venin » retentissent, pieds au plancher, et 300  échines se mettent à frissonner… de c o n c e r t.

3 bd

Richard K., chef-d’orchestre

4 bd

♪ Tu es le long looong serpent ♫…

Ils s’appellent  Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac, Richard Kolinka et Aleks Angelov, s’appellent Les Insus et, instruments en mains, vont transformer l’endroit en une véritable fournaise, marée de sourires, de poings brandis, de motion et d’émotions, pendant 1h30 sans répit. Ce qui frappe d’emblée , c’est la puissance-présence sonique du groupe, mélange de savoir-faire (la scène est leur terrain depuis quelques années, quand même), et de fraîcheur, mariage de candeur et d’expérience,  répétitions et ignition, musiciens passés maîtres dans l’art de rendre le gens dingos.

Pour quelqu’un né en 83, n’ayant encore jamais vu Aubert et Bertignac jouer ensemble plus de trois titres, c’est  un spectacle trippant/bien fascinant que de les voir « s’ équilibrer » comme ça, complices et indépendants, (é)pris de court parfois quand l’autre s’aventure en  territoires inexplorés, hors zones de confort, 200 à l’heure dans l’inco… nNu.

Aubert est en nage dès le deuxième titre, cordes vocales de jeune adulte de ’55, Epiphone de ’54 en bandoulière, il donne à voir, et à entendre sur tous ces titres Téléphonesques une chose : cet homme est en p l e i n e possession de ses moyens —et de son art. Ceux qui l’on vu lors de ses dernières tournées, ré-invitant ré-inventant son répertoire, Vian, Houellebecq et Barbara cohabitant avec les Who, Lennon et le Zim’, peuvent en témoigner : il a trouvé, il a créé une manière, sa manière de ‘vieillir’, sa façon de faire rimer jeunesse et sagesse, folie avec jolie, et sueur avec cœur…

5 bd

6 bd7 bd…Ce papier vire lyrique ? Mais on s’en cogne, les amis. Je ne vais pas vous parler de la set-list  (ah si, quand même, il leur manque de nouvelles compositions !), ni évoquer les beaux jeux de lumières (cinquante smartphones brandis devant la scène —mon dieu, les gens, V I V E Z un peu les concerts auxquels vous assistez, et pas qu’au travers d’un écran  !!—  ; non, je ne peux qu’essayer de vous parler de ressentis, de… euh… de comment ces hommes-là balayent tout sur scène, oui voilà !?

…de Richard Kolinka, qui cogne aussi fort que son sourire de gosse illumine la scène, et qui semble prendre son pied aussi fort que les spectacteurs du concert…

…de Louis et Jean-Louis qui, depuis 40 ans, ne se sont jamais, jamais, jamais économisés sur scène…

…et qui sauront ce soir encore donner à voir, entendre, sentir, ce que m u s i q u e l i v e  et g é n é r o s i t é  veulent dire.

…deux musiciens qui donnent l’impression de se retrouver enfin, après avoir voyagé trente ans sur mille  continents musicaux, deux musiciens qui ont vécu, créé, douté, cherché, trouvé, vibré, joué, joué et joué encore, deux musiciens compères, maintenant pères, amis et amours, qui s’autorisent à j o u e r, déconner et recréer ensemble… et en public.

 (mince, quel bonheur !) 

8 bd

1978 , le couple Aubertignac dans ses oeuvres

9 bd

Enteeeends-moi !

Une heure trente de feu, des créateurs heureux, une audience qui lévite et… une demande folle du public, qui veut voir se répéter la magie et se produire maintenant partout ces loulous-là.

La balle est dans leur camp, ils peuvent remplir n’importe quel stade (mais quid de la musique ?), dealer avec les plus gros tourneurs, bénéficier du support des plus grosses radios… comme continuer à investir des clubs, presque à l’improviste, un concert ici, trois concerts là, v i v r e et se redécouvrir ensemble, en dehors de la scène, cultiver à leur(s) rythme(s) leurs espaces de libertés et écrire de nouveaux chapitres à cette (H comme) histoire, jolie petite histoire, la l e u r.

  • C’était bien, Téléphone, ce vendredi 11 septembre 2015 ?
  • – C’était magnifique, oui, mais ça n’était pas Téléphone, espèce de journaliste. C’étaient, ce sont Les Insus et c’est juste…
11 bd

… juste un autre groupe

 


Texte et dessins : Lilyan                                                                          


Kankoiça
septembre 2015
L Ma Me J V S D
« août   oct »
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
282930  
Koiki-ya