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Le Château des étoiles 1869 [BD]

Chateau des étoiles COUVLe Château des étoiles 1869 : la conquête de l’espace, vol. II

Les chevaliers du ciel repensent le XIXe siècle dans une explosion de références…

Paru d’abord sous forme de 3 gazettes, avec en bonus des articles d’Alex Nikolavitch, mais aussi en collector grand format, le deuxième tome du Château des étoiles est sorti aujourd’hui. L’auteur de Siegfried (chez Dargaud) ou Le Troisième Testament (Glénat) assume pleinement l’influence de Jules Verne pour faire aboutir ce voyage extraordinaire. Pour preuve, une couverture bleue au design assez proche des collections Hetzel du XIXe siècle.


 

Le château des étoiles 3Un des intérêts de l’album, c’est de s’appuyer sur les visions de notre imaginaire collectif et sur les auteurs variés qui ont façonné notre vision de la science-fiction, de la fantasy et du fantastique. Alex Alice change sa colorisation habituelle, préférant cette fois la douceur de l’aquarelle. Les traits des personnages ne sont pas sans rappeler les héros des mangas et autres animes qui titillent notre rétine depuis des décennies. Même le titre est le miroir déformant d’un Château Ambulant ou d’un Château dans le ciel de Miyazaki. Comme toujours, les espaces sont grandioses, les vues en perpective sont vertigineuses, les architectures taillées au cordeau, les décors et les engins sont extrêmement soignés et précis.

L’action se déroule dans un XIXe siècle imaginaire, où des savants français ont mis au point un ballon qui doit les emmener jusqu’à la lune (toute ressemblance avec le voyage du Baron de Münchhausen est voulue). De l’uchronie donc et plus précisément du steampunk, moins enragé que celui de William Gibson et Bruce Sterling (créateurs du genre dans La Machine à différences), mais quand même. Les ingrédients sont là : science, fiction, vapeur. Dans le premier tome, on assistait au départ de Claire Dulac, aventurière céleste qui, telle un nouveau Christophe Colomb, partait à la conquête de l’éther, pour ne plus revenir. Selon les conceptions antiques, l’éther était le cinquième élément qui remplissait l’espace inatteignable, la partie la plus haute et la plus chaude du ciel, réservée aux dieux. Il était revenu au reste de la famille Dulac de poursuivre ses recherches et de les faire aboutir : son mari et son fils Séraphin. Séraphin, comme les anges aux ailes de feu, tiens…

Pendant que la guerre de Prusse se préparait et que Bismarck envoyait ses espions, Séraphin et son père étaient accueillis par le roi Ludwig, en Bavière, dans son château perché sur le Rocher du Cygne. Vous reconnaissiez sans peine le château de contes de fées de Neuschwanstein que Louis II de Bavière avait fait construire sur les hauteurs. Le premier volume se clôturait sur le départ de l’éthernef, un engin volant aux allures de cygne (Schwan, en allemand), faisant allusion à Lohengrin le chevalier au cygne de Wagner. D’ailleurs un buste du compositeur accompagne les voyageurs pour lester l’engin tout en le décorant.

Chateau des étoiles plancheAu début du second tome, nos héros sont donc en route vers la Lune. Comme tous les conquérant du ciel, ils ont à affronter des dangers. Le mur de l’éther, là où Chuck Yeager a dû affronter le mur du son dans son Bell-X1. Ils vivent les mêmes tourments et inquiétudes que les voyageurs dans leur obus, dans De la Terre à la Lune de Jules Verne : un choix de Sophie entre s’écraser sur la Lune ou dériver dans l’espace. Enfin, ils sont confrontés à la trahison qu’ils imputent à Hagen Von Gudden, le chambellan du roi resté sur Terre. Hagen… nom d’un traître ! Dans la Chanson des Niebelungen, ce poème épique médiéval allemand, c’est celui qui a percé le dos du héros Siegfried, là où la feuille de tilleul a empêché le sang du dragon de le rendre invulnérable…

La face cachée de la Lune offre un visage familier : la neige, en s’évaporant, fait naître un air respirable, comme chez les Premiers Hommes dans la Lune de H. G. Wells. Et ces grottes glacées qui renferment bien des mystères, Hergé les avait dessinées dans On a marché sur la Lune. Pour autant toutes ces références, allusions et citations ne gâchent pas plus le talent d’Alex Alice que celui de Georges Méliès. Celui-ci en effet dans son Voyage dans la Lune reprenait déjà allègrement les histoires des autres pour les adapter au cinéma. Les mystères qu’ils sont allés chercher constituent un nouveau graal, ils sont les chevaliers de l’éther, accompagnez-les dans leur quête.

Bonus :

Parmi les trouvailles d’Alex Alice, il y a la bonne idée d’avoir fait faire les combinaisons des personnages, en vrai, par des costumiers, des vrais, aux ateliers Les Vertugadins situés à Ivry-sur-Seine dans la Val de Marne, aux portes de Paris 13e. C’est bluffant ! Une autre façon pour la BD de sortir des cases.

Le Château des étoiles 1869 : la conquête de l’espace, volume II (Rue de Sèvres, Scénario et dessin Alex Alice)

 


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