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WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

GREGORY SAND tome 1 [BD/ITW]

Gregory Sand tome 1 : le gardien des rêves 

Scénario : Mobias / Dessin : Job (Josselin Billard)

Le marchand de sable vous met la poudre aux yeux dans un récit aux accents oniriques. Entre Neil Gaiman et E.T.A. Hoffmann, avec des références assumées, la verve poétique des titres de chapitres, la vivacité du graphisme et les nombreuses trouvailles ont de quoi séduire.

Gregory SandLe 12e salon Auvers BD bat son plein. De prestigieux invités d’honneur, Philippe Druillet ou Hermann, dédicacent à tour de bras, avec pour Druillet une master class à la clef. De leur côté, Julien Delval ou Michel Borderie épatent la galerie avec de fantastiques planches de fantasy. Pendant ce temps, Joan dessine en musique la petite Lucie in the Skeud. Parmi tous ces dessinateurs qui arpentent la ville de Van Gogh, j’ai le plaisir de rencontrer deux jeunes auteurs :  le scénariste Mobias et le dessinateur Job. Les planches exposées, très travaillées, attirent le regard. La BD, format comic a des traits énergiques et un titre qui sonne bien. Nous discutons des influences de Mignola ou Coppola, des animes japonais, de la culture chez les jeunes et finalement pendant la dédicace, le bavardage devient interview.

  • Comment vous êtes- vous rencontrés ?

Mobias : Nous nous sommes rencontrés sur Facebook par hasard. Nous n’habitons pas au même endroit et nous ne connaissions pas du tout. J’avais un premier dessinateur pour Gregory Sand qui était chinois et qui vivait en Écosse ! C’était très difficile de communiquer. Je devais demander à un ami de traduire en anglais le premier chapitre. C’était trop compliqué, donc nous avons arrêté. C’est en écrivant sur Facebook que le projet était annulé que Josselin m’a demandé de lire le premier chapitre. Ça lui a plu et moi j’aimais bien le travail de Job. On a travaillé d’abord sur les personnages pendant que je développais l’histoire à côté. Ça s’est accéléré une fois que nous avons trouvé l’éditeur.

  • Ce personnage, d’où a-t-il jailli ? Qu’est-ce qui a fait germer ce rêve devenu réalité ?

Mobias : C’est mon enfant qui avait des terreurs nocturnes. J’ai voulu imaginer un héros qui puisse aller dans le rêve des gens. Dans un premier temps, c’étaient surtout des enfants qu’il allait aider dans leurs cauchemars et c’est très vite devenu une histoire mêlant rêves, mythologie, etc.

  • Est-ce qu’il y a des mythologies qui vous accrochent plus que d’autres ? Grecque, scandinave, égyptienne ?…

Mobias : C’est la mythologie grecque.

Job :  Nous avons essayé de nous limiter à celle-là, qui est la plus connue et de ne pas trop nous éparpiller dans trop de domaines différents. J’avais commencé par imaginer que ce serait ce personnage-là qui aurait inspiré toutes les autres mythologies, mais du coup cela rendait trop complexe quelque chose que l’on voulait assez simple. Nous nous sommes donc concentrés uniquement sur la mythologie grecque.

Mobias : Il n’y a que l’animal de compagnie de Gregory Sand (une idée de Job) qui est tiré de la mythologie japonaise. Mais c’est un personnage secondaire qui reste intégré dans la mythologie grecque (il s’agit d’un baku bleu, tigre à tête d’éléphant censé dévorer les cauchemars, ndB3.0)

  • Job, en tant que dessinateur, avais-tu une préférence pour une mythologie particulière, en termes de recherche graphique par  exemple ? Est-ce que cela te convenait ?

Job : Je suis très fan de mythologie, je connaissais la mythologie grecque, ça me plaisait. C’était aussi le côté Saint Seiya (Les Chevaliers du Zodiaque de Masami Kurumada ndB3.0), les héros grecs c’est toujours intéressant. Même les designs de la Grèce antique sont sympas. Il fallait que j’arrive à réutiliser certains tout en étant plus moderne parfois. C’était un peu dur…

Mobias_Job_AuversBD2015Mobias : … De les rendre intemporels.

Job : Oui, c’est ça. Mais ça ne m’a pas posé problème de travailler là-dessus.

Mobias : Et puis les références à la mythologie ne sont pas poussées non plus…

  • C’est plus un clin d’œil à un imaginaire collectif, des références culturelles partagées ?

Mobias : Nous prenons les divinités de base pour illustrer le récit.

  • Si on parle de divinités, cela donne une certaine ampleur à l’histoire. Est-ce qu’on doit s’attendre à voir un récit cosmogonique? On dépasse le rêve d’une personne pour aller vers quelque chose de beaucoup plus vaste ? Sans rien révéler bien sûr !

Mobias :  Oui, on commence en douceur avec le rêve d’une enfant prise de terreurs nocturnes (j’ai repris l’histoire avec mon fils) et que Gregory Sand va libérer. Ensuite, rapidement, Gregory Sand est rattrapé par son passé et c’est là qu’on met un pied dans la mythologie et que cela devient plus « cosmique ».

  • Le personnage de Gregory Sand ne porte pas ce nom par hasard. Un mot sur les origines du nom ?

Job : Ce n’est pas moi qui l’ai choisi ! (rires)

Mobias : Je voulais « Sand » pour le marchand de sable (sand signifie sable en anglais, ndB3.0). Je cherchais un prénom qui aille bien avec le nom de Sand. J’étais en plein dans la série Doctor House, et comme Grégory Sand se déguise en médecin dans la première aventure, je me suis dit  » Tiens, je vais l’appeler Gregory » (d’après le prénom du protagoniste de la série, ndB3.0). Des semaines plus tard, Job me demande pourquoi j’ai choisi Gregory et je lui raconte la même histoire. Il me demande « Tu sais ce que ça veut dire Gregory ? ».  Je lui réponds : « Non, j’en sais rien » « Ça veut dire le gardien, le protecteur ». Et Gregory Sand c’est le gardien, le protecteur des rêves. Ça colle très bien alors que ça n’a pas été voulu. Et puis Gregory Sand, je trouve que ça sonne pas mal.

  • Gregory Sand 2Nous assistons alors à la création d’un nouveau mythe ! 

Mobias : Merci !

  • Comment voyez-vous évoluer votre personnage ? Sans rien révéler là non plus.

Mobias :  Nous fonctionnons par cycles. Nous nous sommes fixé trois tomes pour le premier avec un début et une fin. On pourra s’arrêter au bout du cycle sans problème, mais avec une fin ouverte qui permettra de repartir vers une autre histoire avec un nouveau méchant, etc. Le premier cycle reste autour de la mythologie grecque, du passé de Gregory Sand ; des combats surpuissants avec une humanité pas en second plan mais presque.  Une menace d’ordre planétaire pèse sur l’humanité. Dans le second cycle qui n’est pas encore écrit, mais qui est déjà pensé, repartira sur un rythme plus lent dans le monde des rêves.

Job :  Le premier cycle c’est plus le passé du héros, alors que sur le second cycle on partirait plus sur le côté « thérapeutique », l’aide aux humains.

  • Dites-nous comment vous travaillez l’un avec l’autre sur cette série-là. Comment est-ce que vous vous partagez la tâche ?

Mobias :  En tant que scénariste,  j’écris d’abord l’histoire, que je découpe page par page à la demande de Josselin.

Job : Ensuite, je relis le scénario, nous en discutons ensemble pour voir s’il y a des choses qui me semblent trop complexes ou pas forcément bien écrites pour que je comprenne ce qu’il veut que je fasse. Je fais un story-board, dont nous parlons aussi, voir ce qui peut être amélioré, changé… Une fois que le story-board est validé, j’attaque mes planches en croquis ; ensuite l’encrage, la colorisation, le lettrage et ainsi de suite.

  • Le lettrage aussi…

Job : J’ai une formation de graphiste, je voulais pouvoir avoir le contrôle de tout. C’est moi qui fais le logo et le lettrage parce que je voulais pouvoir anticiper plusieurs choses. Pouvoir tout de suite discuter plutôt que d’attendre le retour d’un lettreur qui me dira que ça ne passe pas ou qui masquera dans l’image quelque chose qui, pour lui, n’est pas important alors que pour moi c’est presque l’essentiel. Je pouvais gérer moi-même la chose.

  • Tu parlais du logo, comment a-t-il été choisi : une forme circulaire qui rappelle un astre avec des rayons schématiques en forme de triangles, le tout relié à une petite étoile en dessous ? Il y a quelque chose d’un peu cosmique encore.

Job : Quand nous avons commencé à parler du design de l’univers, j’ai tout de suite trouvé que le monde des rêves fait très Art Nouveau. C’est un style que j’apprécie. J’ai donc fait un logo qui y fait référence. Au départ, je voulais un dessin qui fasse plus graphique dans le style Mucha (Alfons Mucha 1860-1939, à qui on doit des affiches publicitaires ou des portraits de Sarah Bernhardt, par exemple, ndB3.0). Je trouvais que c’était trop compliqué et que ça alourdissait, je suis donc parti dans quelque chose de plus normal.

  • Gregory Sand 3Avez-vous des projets ensemble ou séparément ? D’autres séries, d’autres univers ?

Job :  Pour l’instant, non. J’ai encore deux tomes à faire, je vais y aller tranquillement et nous verrons bien !

Mobias : L’avantage du scénariste,c’est qu’une fois que le scénario est fait, il a du temps pour travailler sur autre chose. Je suis sur deux projets en parallèle avec d’autres dessinateurs. Ce sera du super-héroïque principalement, parce que j’aime beaucoup l’univers des super-héros. Toujours chapitré à la manière des comics américains. C’est en création, ce n’est donc pas pour tout de suite.

  • Merci beaucoup !

Job : Merci à toi.

Mobias : Merci à toi.

À mesure qu’on avance dans l’album, la lune change de phase. Quand la nuit s’installe, ici, dans le vertige des noirs et blancs, vous verrez une planche à la Frank Miller ; là, au milieu des noctambules, vous plongerez dans un rêve d’Inception  de Christopher Nolan.

Gregory Sand tome 1 de Mobias et Job (Edition Wanga Comics, disponible)

 


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