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Sur un air de A la dérive… [BD]

aladerive1Sur un air de À la dérive

Il suffit d’ouvrir l’album à la double page sur laquelle la tour Eiffel est submergée par un déluge biblique pour saisir l’ampleur et le talent de Xavier Coste, l’auteur du pictural et pittoresque À la dérive. Assurément, une double claque. Assurément, Xavier n’est pas qu’un simple auteur de bande dessinée, mais aussi et surtout un peintre talentueux. Sans oublier le scénario qu’il signe également de son pinceau versicolore.


Xavier CosteXavier est donc un auteur « complet » qui nous offre dans son nouvel album À la dérive, une fresque apocalyptique et poétique, du Paris de 1910 gisant sous les eaux, suite à la crue centennale de la Seine. Les Parisiens se dépatouillent comme ils peuvent pour survivre dans ce climat austère et surréaliste. Certains se livrent au grand banditisme, c’est le cas de nos protagonistes, Eddie et Agatha, d’autres s’abandonnent à la dérive de leurs vies sur les eaux usées de la Seine… Après les portraits du sombre Egon Schiele et de l’explosif Arthur Rimbaud, Xavier nous dresse celui de celle que j’aime nommer « la Splendide » dans mon roman Système A, car, même les faubourgs engloutis, Paris reste la plus belle ville du monde, n’en déplaise à la Sérénissime, Venise.

Chaque page de la bande dessinée est d’une beauté à couper le souffle. Si bien qu’il est difficile de passer à la suivante, tant on a envie de patauger dans le Paris vénitien proposé par Xavier. D’ailleurs, on regrette qu’il n’ait pas encore plus exploré la capitale, tant son Paris-Atlantide est onirique. Où sont ses bas-fonds éthyliques ? On sent que le script, de facture classique, est un prétexte pour s’attaquer à la mise en image d’un Paris que peu de gens connaissent (surtout les Parisiens). On aurait aimé croiser les contemporains du Paris de la crue, les voir dans leur quotidien transfiguré, suer pour survivre dans la saucée… Mais là, n’est pas le sujet de À la dérive. Xavier ancre son histoire sur la barque branque d’Agatha et d’Eddie, ces deux américains qui, pour survivre, décident d’organiser le casse de l’American Express. Avec les Apaches, ses bandits Parigots, on se croirait dans les Brigades du tigre. La nostalgie de la jaquette et du haut de forme gagne mon cœur passéiste.

S’attaquer à Paris relève toujours du défi, surtout en bande dessinée. Mais Xavier réussit son pari et parvient à faire dériver nos imaginaires dans son univers romanesque. Xavier Coste, plus qu’un auteur de bande dessinée, est un artiste au talent d’un autre temps, dont le trait fait écho aux portraits instinctifs d’un Toulouse Lautrec. On a hâte de contempler la suite… À la revoyure…

 

  1. C’est les pieds dans l’eau, sous une pluie diluvienne, depuis les marches immergées de l’Opéra Garnier, que le talentueux Xavier Coste se prête à mon interview torrentielle.

A la dérive 2 

  • Xavier, raconte-nous tes débuts, comment tu as débuté dans la bande dessinée… Les lecteurs sont friands du parcours des auteurs…

J’ai toujours été attiré par le dessin et par l’écriture, et la bande dessinée m’offrait le moyen de concilier les deux. C’est un domaine que j’ai surtout appris sur le tas, sur mon temps libre. Après le bac, je suis monté à Paris pour faire une école d’Arts Graphiques qui m’a permis de toucher un peu à tout, surtout au graphisme et à la publicité.

  • Des conseils pour les artistes en herbe qui souhaiteraient emboîter tes pas ?

Je leur conseillerais de se diversifier, car aujourd’hui, c’est difficile de ne vivre que de la bande dessinée, et pouvoir travailler dans l’illustration est un plus. Je pense que les artistes qui débutent ne doivent pas hésiter à montrer leurs travaux s’ils ont l’occasion de rencontrer des auteurs, en salon ou autre.

  • Décris-nous ta méthode de travail. Comment tu procèdes, découpes tes planches, choisis tes  couleurs, organises tes journées ? Bref, dresse-nous le portrait de la vie d’un auteur de bande dessinée (Xavier a la double casquette scénariste/dessinateur)…

L’avantage d’être « auteur complet », c’est que je peux m’organiser comme je veux, et suivant l’humeur du moment, passer une journée à écrire ou bien à dessiner. J’aborde mes albums de façon très visuelle. Je commence directement par des ébauches de planches, et suivant des idées de cadrage, j’ai des idées pour la suite de l’histoire. Le dessin nourrit l’histoire en permanence, quand je construis mes albums.

  • A la dérive 3C’est quoi la « griffe » Xavier Coste ?

Je ne sais pas s’il y a une griffe à proprement parler, mais je dirais que sur mes trois albums on retrouve un même goût pour l’Histoire, surtout pour la période de début 1900. J’aime aussi travailler des personnages complexes, essayer de saisir un tempérament. Je ne crois pas aux « gentils », c’est pour cela que mes personnages sont ambigus à chaque fois.

  • Tu te retrouves dans Tardi qui, tout comme toi dans À la dérive (sauf que ton Paris à toi  a pris l’eau et a du coup des airs vénitiens) dépeint si bien les faubourgs de Paris ? Si oui, en quoi, si non, quelles sont tes influences ?

Complètement, j’aime beaucoup le travail de Tardi. Je vis à Paris et c’est une ville que j’adore arpenter et sur laquelle je cherche à apprendre toujours plus de choses. J’ai beau avoir un style assez réaliste, dès que je dessine un bâtiment ou que je m’inspire d’une photo d’époque, je rajoute une touche un peu surnaturelle, en dehors du temps, à l’ensemble. Ce n’est pas forcément volontaire, alors j’ai cherché à en jouer sur À la dérive.

  • Tu penses adaptation « ciné » quand tu planches sur tes bandes dessinées très graphiques ? Qui verrais-tu réaliser l’une des tes œuvres ? Par pitié, ne me cite pas Jeunet…

Pas du tout. Je ne pense qu’à l’album, à l’allure qu’il aura quand il sera imprimé. J’ai cherché à utiliser à fond le médium sur mon dernier album, À la dérive, en sortant du cadre à chaque page quasiment. Je voulais que le lecteur soit surpris à chaque fois qu’il tourne la page.

  • A la dérive 4D’où te vient cette passion du romanesque, de ses personnages illustres, tels Egon Schiele ou Rimbaud dans tes précédents albums, ou du Paris submergé que tu dépeins avec une grande virtuosité dans celui-ci ?

Comme je le disais, je m’attache surtout aux tempéraments des personnages. Ce que je cherchais en travaillant sur Egon Schiele et sur Arthur Rimbaud, c’était d’arriver à les comprendre, ainsi que leurs motivations, ce qui n’est pas simple car ce sont des figures très ambigües. Pour À la dérive, j’avais envie depuis plusieurs années de faire un album sur la crue de la Seine de 1910, mais j’attendais le déclic. Je ne pouvais pas et n’aurais pas su faire quelque chose de documentaire sur un sujet qui laissait autant place à l’imagination. En feuilletant des journaux de début 1900, je suis tombé sur cette histoire de casse de l’American Express, j’ai changé la date pour que ça tombe pendant l’inondation, et c’était parti.

  • Pourquoi n’as-tu pas davantage développé, dans ton récit, la suite des aventures d’Agatha (l’autre moitié du casse) ? Le destin d’une femme qui claque de l’argent sale, ça t’emmerde ? Un brin misogyne ?

J’ai hésité à le faire, mais je trouve que ça aurait manqué de magie, elle aurait dépensé de l’argent, et ensuite aurait fini ruinée, alcoolique, ou quelque chose comme ça, si je me fie au personnage dont je me suis inspiré pour Agatha. Je préférais me concentrer sur la suite avec Eddie, au bagne en Guyane.

  • À la fin de ton récit, Eddie (la première moitié du casse) croise sur sa route océane le paquebot le plus célèbre de l’histoire de l’humanité (très bien vu !). Quelle est la symbolique de ce  « choc » final ? Raconte-nous en essayant de ne pas dévoiler aux lecteurs ta chute (exercice difficile, je sais…)

La fin que j’avais prévue devait être très dure, et j’avais envie de laisser une fin relativement ouverte… Pour moi, il n’y a pas de doute sur le sort du héros, mais en discutant avec les lecteurs, je m’aperçois qu’ils ont chacun leur interprétation sur cette page finale. Je voulais finir sur une fin ouverte, quitte à susciter des questions.

  • Tu travailles sur quoi, en ce moment ?

Je travaille sur une bande dessinée d’anticipation qui traitera d’intelligence artificielle, avec un scénariste dont j’aime beaucoup le travail, Olivier Cotte. J’avais envie de changer d’univers et c’était l’occasion de travailler en collaboration. L’album devrait sortir chez Casterman…

En bonus, Xavier a pondu, rien que pour Brazil 3.0, une esquisse inédite ! Enjoy !

Inédit Xavier Coste

Retrouvez les actus picturales de Xavier sur son site : http://xaviercoste.com/

« À la dérive », de Xavier Coste, Casterman, 18 €


Arnaud Delporte-Fontaine


Kankoiça
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