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Le film du jour : SCUM [CINÉ]

scum-320x425Le film du jour : SCUM

Il y a des films qui marquent à l’encre indélébile l’histoire du cinéma de leur pays d’origine. Pour l’Angleterre, Scum (1979) d’Alan Clarke est de ceux-là. Tourné à l’origine pour la BBC, il fut immédiatement stoppé par les grands manitous de la pensée unique de la perfide Albion. Mis en boîte en 1977, il fut mis au placard sous l’égide de cette grande démocrate qu’était Margaret Thatcher, drapée dans ses petits tailleurs aussi sexy que son surnom le laissait supposer : La dame de fer.  Trop subversif, trop dangereux, trop touch trop much trop touch too much…

D’un autre côté, la BBC s’était elle-même munie du bâton pour se faire battre, car confier un projet de film à un réalisateur plutôt très ailier gauche sur les bortsals, dans une période où le gouvernement britannique n’était pas réputé pour son ouverture. Bref… Ah oui, je viens de voir vos yeux cligner, quitter l’article et foncer vers Wikipédia, mais STOP ! Ne soyez pas impatient comme ça, je vais vous le dire moi ce qu’est un bortsal, pas la peine de foncer vérifier sur une machine qui de toute façon a été remplie par un humain (et peut-être pas bien, en plus)…

Un bortsal était un centre de détention pour mineurs où quelques bardes et poètes munis de matraques étaient censés remettre des jeunes délinquants dans le droit chemin de la vraie vie de tout un chacun soit: BIRTH SCHOOL WORK DEATH (merci les Godfathers, mais un papier sur London sans vous citer serait péché). Inutile de dire que ces centres étaient de véritables écoles pour devenir un délinquant encore plus coriace et implacable (taux de réussite proche du 100%, seuls les morts étaient recalés). Le quotidien de ces jeunes était torture, racket, drogue, viol, suicide, racisme ou comment devenir truand sans pitié avec coup férir.

Confier ce sujet à Alan Clarke était certainement un moyen de remettre en cause ces institutions ou du moins créer un débat autour du bienfait de l’existence de ces colonies de vacances pour hooligans. Évidemment, quand je parle de hooligans, il s’agit des décérébrés mentaux qui peuplaient les travées du stade de Chelsea dans les années 80, et certainement pas de la version Disney proposée par le PSG il y a quelques années (relisez donc « Football Factory » de John King, encensé par Irvine Welsh, lui-même auteur de « Trainspotting »).

Donc, en 1977, le film est prudemment rangé dans un tiroir, mais le projet ne meurt pas pour autant dans les limbes de la bureaucratie londonienne, car Clarke en remet une couche (avec l’aide de producteurs privés) pour l’adapter au cinéma dans une version qui verra le jour sur grand écran en 1979. Immanquablement, le débat sur les bortsals rejaillit, entraînant la fermeture définitive de ces centres en 1982 par le Criminal Justice Act. Ce n’est que justice, car Alan Clarke dans Scum dépeint un monde sans pitié, ultra violent, et où les éducateurs (mais peut-on les nommer ainsi ?) sont aussi tordus que pourris donnant une signification nouvelle au cri de ralliement des punks de ces années-là : no future !

Scum tofRay Winstonne (absolument formidable) décrit parfaitement l’univers psychologique de ces institutions en jouant le rôle d’un jeune voyou au passé déjà chargé qui semble vouloir purger sa peine sans se faire remarquer, mais se trouve obligé de (re)devenir une bête féroce pour survivre. Superbe composition pour un Winstonne « churchill».

Dans ses films suivants, Clarke, découvreur de talents, fera débuter Tim Roth, skinhead de 16 ans, une croix gammée tatouée entre les deux yeux dans un Made in Britain (1982), saisissant. Ou encore Gary Oldman dans The Firm (1989), une descente aux enfers dans la connerie du supporter moyen. Indispensable. La grande force du cinéma d’Alan Clarke était de proposer des photographies sur pellicules à l’instant T d’une société sans concessions, sans artifices, radical, violent et donc forcément passionnant —et indispensable.

Scum, d’Alan Clarke (ressortie salles le 26 août 2015)

 


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