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Le film du jour : FURY [BRD/DVD]

Le film du jour : FURY

Dans l’enfer des fers du Cheval de Troie

En attendant la sortie très attendue du gothique magnétique Suicide Squad, côté David Ayer et celle post nouvelle vague houleuse de By the Sea, côté Brad Pitt (c’est du Jolie), immergeons nos globes oculaires dans les enfers de Fury, film de guerre brutal, explosif et abyssal, disponible depuis quelques mois en DVD ou blu-ray…


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« L’histoire du cheval qu’Épéios, assisté d’Athéna, construisit, et traquenard qu’Ulysse conduisit à l’acropole surchargé de soldats qui allaient piller Troie »

Loin du film homonyme du cinéaste allemand Fritz Lang, façonné dans un tout autre feu que celui de la guerre, cette nouvelle folie furieuse que nous retrace au fusain charbonneux le réalisateur de End of Watch, dresse le dernier opus de la Seconde Guerre Mondiale, dans un décor infernal, au cœur des campagnes annihilées de l’Allemagne. Dans ces ombres calcinées, l’on suit l’ultime convoi des Alliés bien décidés à éradiquer l’horreur déclarée sur terre d’Hitler, aux prises des derniers assauts désespérés de ses factions fantômes. Nos (anti)héros de guerre évoluent vers leur mort programmée, dans le ventre de fer de leur fidèle destrier, un tank bâti en un huis clos suffoquant, d’acier et de soufre, avec, pour seule peinture de guerre le mot Fury, marqué au fer blanc, en un leitmotiv cinglant, sur le canon incandescent.

« J’entendis la voix du Seigneur, disant : Qui enverrai-je ? Et qui marchera pour nous ? Je répondis : Me voici, envoie-moi. »

Brad Pitt (coupe à l’iroquoise et philosophie d’un guerrier Cherokee —fidèle à ses propres origines—, aux cicatrices segmentant sa chair, aux séquelles des flammes pourléchant sa peau), bien loin de Aldo Raine, le plus « famous » des Inglourious Basterds au rictus caricatural, incarne, ici, un militaire en fin de course, usé, une sorte de Don Quichotte (le personnage s’appelle Don), idéaliste désenchanté sur sa vieille carne de fer et de feu, lancé à l’aveugle droit vers le carnage, passant au travers des foudres d’une guerre suicidaire, aux cotés d’un Sancho Panza, désappointé (campé par un Shia LaBeouf aux abois), et une poignée de soldats désincarnés. Une jeune recrue se retrouve parachutée, là, et nous rappelle les ingénus que nous sommes face à cette tranche d’histoire horrifique mise à nu. Confirmation de l’étoile montante Logan Lerman (The Perks of Being a Wallflower), auquel on s’attache (ainsi que Brad Pitt) instantanément.

Fury (Film du Foie, ascendant Vit*), un des plus beaux tableaux de guerre depuis longtemps esquissé, au travers de ses picturales séquences, de ses silhouettes éclairées en spectres d’histoire, de cette fatalité forgée en une fournaise de chair, de feu et de fer, nous dépeint au couteau tranchant, la fin d’une ère et d’une guerre carnassière, l’enfer de ce qu’elle fut, et le tournant anthracite du futur improbable qui en résulte : notre présent inconséquent, à regret.

Fury de David Ayer (Sony Pictures entertainment, disponible en DVD et Blu-Ray)

*voir le dossier ciné Bertillien/Brazilien : Movie’s Anatomy (http://brazil3point0.com/mag/?p=2598)


Bertille Delporte-Fontaine


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