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Le film du jour : BIRDMAN [DVD/BRD]

Le film du jour : BIRDMAN ou (la surprenante vertu de l’ignorance)

Les oiseaux se lâchent pour mourir

Avec Birdman, le cinéaste mexicain signe une œuvre bouleversante où le fabuleux le dispute à l’intime pour nous offrir un big bang d’émotions. Magnifique, tant sur le fond que sur la forme, tout en steadycam, plan séquences et fondus enchaînés, avec des acteurs au zénith et une musique incroyable, assurée par un batteur béni des Dieux. Un mot encore : chef-d’œuvre.

Birdman2Outre le fait que la prononciation du nom Alejandro Gonzales Inarritu reste un exercice aussi exotique que périlleux sauf pour ceux qui ont fait espagnol seconde langue et nonobstant la victoire de Michaël Keaton au concours du meilleur sosie de Julien Lepers en 1989, loin devant celui du Grand Détournement déguisé en noir, le film Birdman, dans lequel le premier dirige le second, reste un exercice hypnotique et fascinant où l’ubuesque se confond avec l’onirisme et la mise en abyme avec les reflets des miroirs de loges d’artistes.

Avec sa cinématographie splendide, Inarritu était forcément attendu au tournant, après ses quatre années de silence qui ont suivi l’envoûtant Biutiful. Casting luxueux, pitch sexy et intriguant, et collision des deux dans un curieux exercice qui fait se disputer fiction et réalité. Et c’est formidable. Car que raconte Birdman si ce n’est en filigrane la propre histoire de son acteur principal, Michaël Keaton, superstar de la fin des années 80 avec son interprétation très glam-goth de Batman by Tim Burton, avant de passer aux abonnés non pas absents mais tout au moins discrets, si ce n’est has been, et ce en dépit de très belles qualités de jeu, hélas trop souvent mal exploitées, sauf par ce cher Tarantino, qui a le chic pour rendre classe les acteurs ringardisés (Travolta dans Pulp Fiction, Keaton dans Jackie Brown, David Carradine dans Kill Bill) ?

En retraçant la chute d’un acteur et sa ténacité désespérée, voire désespérante, à faire un come back auquel personne ne croit à travers le théâtre d’auteur, le réalisateur mexicain s’amuse ainsi à saute-frontières entre réalité et fiction, entre théâtre et cinéma, entre réalisme et onirisme. Comme à son habitude virtuose sur la forme, il propose un film qui donne l’illusion d’un long plan séquence, comme pour encore mieux brouiller les pistes et perdre le spectateur dans ce dédale émotionnel intense, tantôt dramatique tantôt franchement jouissif, avec un pic orgasmique à chaque fois que le batteur Antonio Sanchez, un des meilleurs au monde, qui signe la bande originale, apparaît à l’écran.

On sent bien qu’il s’éclate, Alejandro, à mettre en scène son propre théâtre, multipliant les références et les clins d’œil, à sa propre mythologie comme aux mythes fondateurs du culte hollywoodien. Les bagarres d’ego, le pouvoir du sexe, l’obsession du fric, l’impossibilité d’une vie privée, le narcissisme, les addictions, la presse avide, le besoin de reconnaissance, la cruauté et la tendresse du public, la soif d’amour, la solitude. Dans sa propre légende, l’acteur est un Phénix qui renaît toujours de ses cendres Alors j’en vois déjà d’ici qui critiquent le maniérisme du Mexicain, sa façon parfois dithyrambique de filmer ses acteurs en train de cabotiner face caméra pour son bon plaisir, prêts à me ressortir le vieil adage « less is more », et que donc trop d’effet tue l’effet et que trop de jeu tue le jeu. Et certes oui. Mais que voulez vous, au cinéma, personne n’est parfait, à part peut-être Ridley Scott de temps en temps.

Birdman BRCONCOURS : 5 BLU-RAY À RAFLER ! Pour cela, il vous suffit de nous écrire (à l’adresse concoursbrazil3.0 (a) gmail.com) et répondre à cette simple question : quelle nouvelle de Raymond Carver est adaptée au théâtre dans Birdman ? (un tirage au sort départagera les bonnes réponses reçues avant le 20 août 2015, à minuit)

Birdman (Fox, DVD et Blu-ray, disponibles)


Thomas Lecuyer


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