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WHILE WE’RE YOUNG : Allo Maman Bobo ? [CINÉ]

While we're young AFFICHEWHILE WE’RE YOUNG : Allo Maman Bobo ?

Au milieu des films à gros budgets et gros sabots qui vont envahir les salles tout l’été, entre une resucée jurassique débilitante et l’interminable reboot des robots Terminator, entre le retour de l’ours pétomane et celui de l’espion scientologue, entre la nouvelle nouvelle version des Quatre Fantastiques et un SOS Fantômes sauce Pac-Man * se cachent quelques petites merveilles indépendantes, intelligentes et revigorantes, comme autant d’oasis cinématographiques dans ce dédale de blockbusters très bruyants et pas très brillants.

 

While we’re young en fait partie. Petite merveille d’humour, de délicatesse et de clairvoyance, le film raconte comment la vie d’un couple de joyeux quarantenaires sans enfant va être chamboulée par leur rencontre avec un couple de bobos de vingt cinq ans, plein de rêves et d’idéaux. Seulement les idéaux ont parfois les dents longues, et les échecs la dent dure. Seulement on peut devenir envieux de tant de jeunesse perdue. Tout au long de leur relation, les deux couples vont ainsi s’enrichir mutuellement, avant de se bousculer, de s’interroger, puis de se remettre en question.

Portrait à la fois féroce et sensible de deux générations, cette comédie douce amère vise juste dans bien des domaines. En observant en parallèle deux couples de générations différentes qui se croisent avant de s’entrechoquer, le réalisateur analyse avec humour, pertinence et tendresse l’évolution des relations amoureuses, mais aussi des ambitions sociales, professionnelles, de la force des rêves et des idéaux de chacun. Qu’en ferons-nous, qu’en faisons-nous, qu’en avons-nous fait ? Il y a tant de gens qui passent tant de temps à faire tant de projets qu’ils ne réaliseront pas tandis que leur vie passe sans qu’ils s’en aperçoivent.

Les deux héros du film, Josh, le quarantenaire, et Jamie, le bobo de vingt-cinq ans, sont tous les deux documentaristes, l’un en pleine ascension, l’autre en proie au doute et à l’éternelle insatisfaction d’un projet inabouti depuis 10 ans. Leur profession commune est le fil rouge de l’histoire, le déclencheur de leur rencontre, et le prétexte du réalisateur pour aborder quelques questions pertinentes sur la notion de vérité au royaume de l’image et du storytelling. Un peu d’intelligence du propos dans une comédie romantique intergénérationnelle et estivale, fichtre, que c’est étourdissant !

While we're young 1Enrichi d’un sacré sens de l’observation des derniers tics sociaux à la mode (la jeune génération qui ne kiffe que les vinyles, les VHS, les vélos et les vieux bouquins tandis que les « vieux » passent leur temps dans leur SUV, sur leur tablettes, sur leurs smartphones ou à écouter des… CD’s!), soutenu par une belle réflexion, par ailleurs très drôle, sur la notion de « normalité parentale » (en gros, si tu n’as pas d’enfant à quarante ans, ce n’est pas normal) et relevé par une certaine ironie sur les paradoxes de nos temps modernes, le troisième film de Noah Baumbach, à qui l’on doit déjà le magnifique Frances Ha (2012) et le prometteur Greenberg (2010) confirme le talent de ce jeune réalisateur new-yorkais qui marche avec modernité et élégance dans les pas de Woody Allen.

Ben Stiller, qui est définitivement un acteur génial, et Naomi Watts, excellente dans un registre inhabituel pour elle, celui de la comédie, forment un couple tour à tour touchant, hilarant, fragile, fort, grave, délirant, mais surtout, surtout très attachant. On sort du film comme d’un rendez-vous avec des amis qu’on n’a pas envie de quitter.

* ça quand même c’est pas mal, je vous en reparlerai

« While we’re young » de Noah Baumbach, avec Ben Stiller et Naomi Watts, sortie le 22 juillet 2015.

 


Thomas Lecuyer


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