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Le livre du jour : LE VIVANT

Le livre du jour : Le Vivant

L’âge d’or de la SF —ne parlons pas de ces romans de gare insipides à base de vaisseaux spatiaux perdus dans des trous noirs et autres vilains et belliqueux aliens— correspond plus ou moins, mais sans que bien entendu les deux faits soient liés, avec la guerre froide. De fait, peu d’auteurs issus du bloc de l’Est ont pu se faire remarquer sur le moment, sauf peut-être le Polonais Stanislas Lem (Solaris, c’est lui) et il faut remonter bien plus loin, à Tolstoi notamment (mais aussi à Zamiatine et son Nous Autres, écrit avant son exil à Paris) et aux années 20 pour retrouver l’un des rares (le seul ?) classiques de la SF d’origine russe, avec Aelita, connu aussi en France sous le nom de Le déclin de Mars.

 

Le VivantMais aujourd’hui, tout est différent… La Russie est « total aware » et ultra-connectée, elle a absorbé des décennies de romans, nouvelles, séries TV et films, et sa mémoire culturelle collective se gargarise des Gagarine et est au même niveau que nous autres occidentaux, ce qui a eu pour conséquence notable l’éclosion d’une génération d’auteurs absolument remarquables. Notamment d’Anna Starobinets, notre sujet du jour, une jeune moscovite déjà remarquée l’an passé avec son recueil de nouvelles Je suis la reine, disponible aux mêmes éditions Mirobole (définitivement tournées vers l’Est, puisqu’ayant notamment déjà publié l’excellent récit post-apocalyptique Vongozero, de la Russe Yana Wagner) traduit en huit langues et finaliste du Prix Masterton et sélectionné pour le Grand Prix de l’Imaginaire, ce qui n’est pas rien.

Le Vivant se déroule dans un futur assez lointain. La population planétaire est constante et fixe/fixée à trois milliards d’individus qui ne connaissent plus la mort, mais parfois une recodification génétique dans un nouveau corps, moins vieux et moins usé. Tous sont connectés via des implants à un réseau monumental et forment d’une certaine manière un organisme vivant planétaire, le fameux « Vivant ». Le style d’Anna Starobinets manque parfois de grain, de densité, de corps en somme, mais elle compense ceci par une imagination débordante et surtout une parfaite connaissance de notre société moderne, de ses rouages et de sa ‘double vie virtuelle’ actuellement en construction.

Au final, son futur, aussi lointain fut-il, n’en reste pas moins le miroir de nos quotidiens actuels et, à bien y regarder, nous vivons déjà un peu beaucoup dans ce monde collectif et chaque jour moins individuel et personnel. En cela, Le Vivant est finalement presque un récit de terreur, un guide documentaire et traumatisant de nos us et coutumes d’êtres plus trop humains et se rapproche assez du travail fait par Romero via sa série de films de zombies, tous des constats, critiques et débats sociétaux. Ce roman est donc aussi un acte militant, une prise de position et, de fait, un acte politique. En cela, il jouxte d’une certaine manière l’approche d’un Orwell ou même —histoire de retourner du côté de feu le bloc de l’est— d’un Kafka, pour ces hommes déracinés que nous sommes devenus bien malgré nous.

 

CONCOURS : 5 LIVRES À RAFLER ! Pour cela, il vous suffit de nous écrire (à l’adresse concoursbrazil3.0 (a) gmail.com) et répondre à cette simple question : qu’est-ce qui figure en couverture du recueil Je suis la Reine d’Anna Starobinets, aux éditions Mirobole ? (un tirage au sort départagera les bonnes réponses reçues avant le 19 juillet 2015, à minuit)

Le Vivant (par Anna Starobinets, Mirobole Éditions, 474 pages, 22 €, disponible)

 


Sam Lowry


Kankoiça
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