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Le film du jour : RÉALITÉ [DVD/BRD]

Le film du jour : Réalité [DVD/BRD]

Audacieux, iconoclaste, étrange, original… Quatre adjectifs parmi des dizaines d’autres pour décrire l’approche cinématographique de Quentin Dupieux (et même son travail « musical » sous le pseudo de Mr. Oizo) qui, et ça n’est sans doute pas innocent dans cet état de faits, a débuté dans l’équipe de Gondry, à l’époque des clips Midi-Minuit. Ô joie, ô trépignation frénétique, son dernier pavé dans la mare stagnante d’un cinéma frenchie toujours plus figé et putréfié vient de débouler en DVD et blu-ray…

 

Réalité3Quelque part, quand on se repenche sur le travail de Dupieux côté musique électro (ceux que la house music intéresse un minimum n’ont pu passer à côté de « Flat Beat », fin du siècle précédent, et ses trois millions d’exemplaires écoulés. Oui, vous lisez bien : trois millions !), on comprend mieux son approche de l’outil cinématographique, que dis-je, du « jouet cinématographique ». En effet, il a déclaré il y a quelques années articuler son travail autour du « grand n’importe quoi » et même utiliser un logiciel de musique électronique « totalement au hasard ».

Côté pellicule (ou plutôt cartes mémoire, puisqu’on se souvient notamment que Rubber a été entièrement tourné avec deux Canon 5D —tiens, pile poil comme le Goof et son Uchronia, mais ça, on vous en reparlera bien assez tôt !) avec des gens qui bougent dessus, c’est un peu la même chose et quand on regarde ça d’un peu loin, on a l’impression que l’artiste (car oui, Dupieux est un artiste !) s’amuse à mettre tout un tas d’idées brinquebalantes dans un shaker, à secouer tout ça et à voir s’il en ressort quelque chose qui tienne debout. Et si le résultat est un joli canard boiteux du septième art, hé bien, c’est encore mieux, et au contraire il en accentue tous les défauts pour aller y chercher une certaine idée de la perfection.

Réalité2Rien que les pitchs valent leur pesant de ce que vous voudrez !… Prenez Rubber, pour rester (sous) couvert, et ne pas le remettre à plus tard (jeux de mots naze mais à tiroirs, spéciale dédicace à QD), ça raconte quoi Rubber ? Hé bien, rien moins que les pérégrinations d’un pneu un brin instable mais possédant d’incroyables pouvoirs en psychokinésie et une soif meurtrière plutôt rare du côté de nos amis solides souples de forme torique, formé de gomme et autres matériaux, notamment textiles et/ou métalliques. Avouez que ça nous change des blablateries insupportables de trentenaires cocus, ou des comédies sentimentales pas drôles ou des trucs caca-prouto-gravelesques pour beaufs qui le sont tout autant.

Bref, ça détonne dans le paysage morne des productions made in Gaule, où seuls Gondry (encore lui) ou Kounen arrivent parfois à nous surprendre. Parce que, excusez-moi, mais une provoc’ orchestrée et planifiée au millimètre (Gaspar Noé, par exemple), cela reste avant tout du marketing et le marketing est l’ennemi de la création et de l’art. Chez Dupieux, non, c’est roue libre intégrale —et je ne parle donc plus de Rubber, mais de la totalité de ses réalisations à ce jour.

Réalité1Prenez Steak, franchement, on accroche un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout même, mais on se rejoint tous sur le fait que c’est un pur ovni, un objet filmique indompté et indomptable. Et même quand le script paraît plus « normal » (Wrong Cops), c’est pour mieux être dynamité de l’intérieur, par mille trouvailles stylistiques, scénaristiques ou narratives.

Quelque part, Réalité est le film le plus proche de Dupieux, c’est en tout cas de cette façon qu’il le présente. On pense un peu à la mise en abîme de son premier long-métrage, Nonfilm, sauf que là il pousse l’idée des poupées russes jusqu’à son aboutissement le plus radical : celui où chaque spectateur est paumé ou en tout cas se retrouve à questionner le film et, mieux, se questionner lui-même, pour essayer de s’y retrouver dans ce rêve à l’intérieur d’un film qui est un rêve dans le rêve d’un film où un personnage rêve à un film… Enfin, quelque chose de cet acabit, avec même une seconde partie où les ponts et passages se multiplient et se diversifient, certains personnages se dédoublonnant ou même se détriplonnant (oui, ces mots n’existent pas, mais à film unique, terminologie inventée aussi !)…

Réalité4Bon, vous voulez quand même savoir un peu de quoi ça parle ou, disons, de quoi c’est censé parler ? OK… Alain Chabat joue un caméraman un peu ramolli du bulbe par son boulot (une émission pourave sur une chaîne de télé pourave, réalisée de manière pourave par des gens eux-mêmes assez moisis sur les bords). C’est un job alimentaire et son ambition est de réaliser un film d’horreur (avec des téléviseurs tueurs par ondes qui font « bziiizziiiiiiii »). Il va rencontrer un producteur de ses amis, enfin on ne s’est pas trop s’ils sont amis et bien sûr le producteur le tutoie de manière assez familière, tandis que lui le vouvoie de façon un rien péremptoire. Là-dessus, ledit producteur (joué par un Jonathan Lambert assez bluffant) —qui est actuellement en train de produire un film arty— accepte son idée (assez débile, quand même) de film à la seule condition qu’il puisse filmer le meilleur gémissement de l’histoire du cinéma ; et il a 48h pour le trouver !… Puis tout se mélange assez rapidement : rêve dans le rêve du rêve de Réalité (le personnage, pas le film), mise en abîme dans l’abîme dans l’abîme, etc. Enfin, ça devient rapidement le bordel… sauf qu’en fait, non ! À bien y regarder, ça n’est qu’un sondage de l’esprit de son créateur et finalement beaucoup plus autobiographique que ses films précédents, basés eux sur de pures fantasmagories. Difficile d’en dire plus sans déflorer la chose, que vous vous devez de voir de façon la plus vierge possible. Ce qui est certain, c’est que vous serez surpris par tant d’étrangeté, d’audace, d’iconoclasme, de…

Réalité BRD Réalité DVDCONCOURS : 5 BLU RAY ET 5 DVD À RAFLER ! Pour cela, il vous suffit de nous écrire (à l’adresse concoursbrazil3.0 (a) gmail.com) et répondre à cette simple question : lequel de ces films n’est pas de Quentin Dupieux : Wrong, Wrong Cops ou Cops ? (un tirage au sort départagera les bonnes réponses reçues avant le 14 juillet 2015, à minuit)

 

 

Réalité, de Quentin Dupieux (Diaphana, disponible en DVD et blu-ray)

 


Sam Lowry

 


Kankoiça
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