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Le film du jour : PIXELS [CINÉ]

Pixels AFFICHELe film du jour : PIXELS

Les Nerds à Vif

Sur l’affiche de Pixels, on peut lire : « Par Chris Colombus, le réalisateur d’Harry Potter à l’Ecole des Sorciers ». Super les gars, mais on n’est pas là pour jouer au Quidditch. Si la prod du film l’avait joué finaude, elle aurait écrit « Par le scénariste de Gremlins et des Goonies. Des trucs de geeks quoi. Ou plutôt, non, de nerds.


 

Pixels 1Car ouvrons le débat : tandis que dans la version US, les héros du film sont des « nerds », ils sont transformés en « geeks » dans la version française. Quelle est la différence entre ces deux typologies ? Il semblerait que le geek soit plus fréquentable, plus branché, moins asocial que le nerd, qui est vraiment l’archétype du boutonneux grassouillet et binoclard qui fantasme sur Lara Croft en se goinfrant de Pringles, quand il n’est pas occupé à calculer la masse extensible de l’univers pour se détendre aux toilettes. En d’autres termes, le geek, c’est chic, tandis que le nerd sent le renfermé.

Le cas échéant, les quatre héros de Pixels sont bel et bien des nerds, et la traduction française s’est bel et bien mis le doigt dans l’œil. L’idée de génie du film, qui part pourtant avec le lourd handicap d’un scénario qui tient sur une feuille de Sopalin (bien souvent par ailleurs la meilleure amie du nerd), est de bricoler ainsi une pure brochette d’anti-héros neuneus qui sentent des aisselles et de leur assigner la lourde tâche de sauver l’humanité alors même que l’un des leurs, lourd comme un triple Whooper, est devenu Président des États-Unis ! Alors bien sûr, un Président des États-Unis con comme un camembert qui fait appel à une bande de gamers pour sauver le monde d’une attaque extraterrestre qui prend la forme des meilleurs jeux d’arcade des années 80, Pac Man, Centipede, Space Invaders, Donkey Kong et Galaga, c’est dur à croire. Quoique pour le président, je vous promets, on a déjà vu pire, et plus près de chez nous.

Pixies 2Plus régressif que ça, tu reviens à l’état foetal. Et ça aurait pu sentir le gros raté. Mais voilà, comme dit plus haut, le père Colombus n’est pas né de la dernière pluie, et sait bien raconter les histoires, même les plus neuneus (souvenez vous du succès phénoménal de Maman j’ai raté l’avion ou de Madame Doubtfire qui ne brillent pourtant pas par leur dramaturgie élaborée !). Alors oui, on prend du plaisir avec Pixels, un plaisir très régressif, très coupable, comme quand on avait treize ans et qu’on vidait un paquet de crocodiles Haribo en abusant du Minitel Rose en cachette le soir pendant que les parents regardaient Ciné Dimanche, ou qu’on vivait ses premiers émois en feuilletant les pages lingerie du catalogue La Redoute avec notre ami Sopalin, on qu’on piquait dix balles dans le porte-monnaie parental pour aller les claquer en jeux d’arcade en faisant croire qu’on allait réviser les maths avec notre copain Maxime. Et non, ce n’est pas particulièrement mon adolescence que je raconte. Moi, j’étais plus « Les Trois Suisses » que « La Redoute ».

Pixels est un monde fait sur mesure pour le fantôme de nos treize ans. C’est un film auquel on pourrait jouer à la récré. Il y a quatre héros gamers qui doivent sauver le monde attaqué par des Pac Man et des Donkey Kongs géants, un Président débile mais gentil, une colonel de l’armée trop sexy (avec un ensemble de lingerie La Redoute sous son joli tailleur, sans aucun doute), une princesse en pixels trop bien gaulée, des armes très grosses et très rigolotes avec des uniformes qui font penser à SOS Fantômes, dont le film est un hommage assumé.

Mais il y en a aussi pour le nerd qui sommeille en nous : le casting, hyper malin, fait se côtoyer les acteurs icôniques de Game of Thrones, Peter Dinklage et Sean Bean, avec Adam Sandler et Kevin James, héros des comédies régressives US les plus marquantes de la dernières décennie, comme Amour et amnésie, Quand Chuck rencontre Larry, Rien que pour vos cheveux et Copains pour toujours, tandis que la la bande son déroule sa collection de tubes rock eighties. Quant aux filiations de Pixels avec SOS Fantômes, Futurama, dont l’épisode Histoires Formidables 2 raconte exactement la même chose, ou encore le court métrage éponyme de Patrick Jean, en 2010, connu par quelques aficionados seulement, dont votre humble serviteur, elles ancrent le film dans le terreau fertile d’une culture riche en sébum comme en idées farfelues.

Pixels, de Chris Columbus, avec Sean Bean, Peter Dinklage, Adam Sandler et Kevin James, en salles

 


Thomas Lecuyer


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