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Le film du jour : PACTE AVEC UN TUEUR [DVD/BRD]

Le film du jour : PACTE AVEC UN TUEUR

Nous avons très récemment parlé ici même de la réhabilitation aussi récente que fulgurante du scénariste réalisateur John Flynn, avec la ressortie classieuse de Rolling Thunder, son film culte. Le réduire à cet unique ovni filmique, aussi louable soit-il, serait vite oublier ses autres pépites, essentiellement The Outfit, tourné en 73 et cet excellent Pacte avec un tueur, qui a les honneurs d’une belle et méritée ressortie parallèle à Rolling Thunder. Non, nous ne parlerons pas de Haute sécurité avec Stallone, bon film d’évasion au demeurant mais tout de même quelques étages plus bas que ce polar musclé au récit admirablement vicelard.

 

Pacte avec un tueur 2Allez savoir pourquoi, Pacte avec un tueur, qui porte bien son nom frenchie, ne sera pas resté dans les mémoires des bouffeurs de pellicules car pas resté déjà dans celle des bouffeurs de pop corn, et n’a donc rien à voir avec le Best seller de son titre originel. Pourtant, le film avait tout pour lui et reste aujourd’hui encore un petit bijou du genre, tendu comme la bedaine de mamie dans sa gaine multiplex (histoire de changer un peu des strings, quoi), moins peut-être une musique composée au synthé un peu trop envahissante, parfois.

Prenons le scénario, pour débuter par le nerf de la guerre : il est l’œuvre de Larry Cohen, un cador de l’exercice, à qui l’on doit certains des meilleurs épisodes du Fugitif ou de Colombo et qui, pour continuer de parler séries TV dans le poste, est quand même LE créateur des Envahisseurs. Bref, si vous êtes de la génération Starfix, vous lui devez aussi pas mal de choses, à commencer par une réhabilitation immédiate qu’il mérite tout autant que Flynn, sinon plus. Vous pouvez d’ailleurs commencer par les films qu’il a réalisés, en particulier It’s alive ou l’incroyable Gold told me to (aka Meurtres sous contrôle, mais le titre US colle bien à notre époque, je trouve —à quand une belle réédition blu-ray, d’ailleurs ? Il est sorti aux States, ne manque plus qu’un éditeur français pas trop frileux !), qui n’aurait pas démérité dans la film de De Palma de l’époque, c’est dire le niveau d’excellence atteint.

La principale influence de Cohen, c’est Samuel Fuller. Attendez, rien que ça, ça devrait vous calmer tous et toutes. Samuel Fuller, les amis ! Laissez-moi vous expliquer tout ça de façon schématique. Le cinéma, c’est un peu un petit immeuble à trois étages. Au rez-de-chaussée, qui est immense et souffre de surpopulation même pas chronique, il y a tous les tâcherons (certains sont même à la cave, en train de creuser), au premier les bons (ils savent tenir une caméra, c’est déjà pas mal, mais ça n’est pas suffisant), au second les très bons (eux sont généralement aussi auteurs de leurs histoires, Tarantino est donc resté à l’étage inférieur, si vous voyez ce que je veux dire. Et si vous ne voyez pas, il y est coincé quand même !), au troisième les rares incontournables (ils sont auteurs et ont un univers passionnant, en un mot : unique) et sur le toit de notre monde cinématographique quelques rares élus, parmi lesquels Peckinpah, Friedkin, Huston, Ford, Polanski, Scorsese (oui, ils ont aussi enfanté de quelques bouses, je vous l’accorde) et quelques rares autres, dont Samuel Fuller !… Eux, ils ont tout ça et encore plus. Un plus sur lequel d’ailleurs il est souvent difficile de mettre des mots. Samuel Fuller, c’est Shock Corridor, c’est Quarante tueurs, c’est aussi Dressé pour tuer. Dressé pour tuer avec lequel Pacte avec un tueur partage le même (bon) goût pour une violence âpre, implacable et même parfois imprévisible. Bref, Fuller est l’influence numbeur ouane de Cohen, à tel point que ce dernier a racheté son ancienne demeure, où, âgé de 72 ans, il continue toujours d’écrire aujourd’hui (il a arrêté ses activités de producteur et réalisateur par contre), avec de temps à autre un scénario qui se voit porté à l’écran, comme ce fut le cas avec le Phone game de Joel Schumacher. Et oui, on vous a dit que le gars était passablement vicieux et tortueux côté narration, ce n’était pas une fabulation de notre part.

Pacte avec un tueur se déroule en deux temps. Après une scène d’introduction se déroulant en 72 qui montre trois gugusses affublés de masques de Nixon venus faire un casse dans un commissariat, avec la fusillade (gratuite juste ce qu’il faut) qui va bien avec —et les policiers tous morts, sauf un, grièvement blessé, nous basculons au milieu des années 80 (le film date de 1987) avec le rescapé de ladite fusillade, toujours officier de police, mais également écrivain à succès (d’histoires pour enfants et de romans d’heroic fantasy pour ado boutonneux… ah non, tiens, de polars plus ou moins autobiographiques). Ce dernier est contacté par un tueur, qui lui demande d’écrire un livre sur lui, bouquin censé avoir des répercussions désastreuses pour son ancien patron devenu homme respectable et même un peu philanthrope de bazar sur les bords. Bien entendu, les deux se retrouvent vite rattrapés par le cours de l’histoire qu’ils remontent eux-mêmes et en ça le scénario est doublement malin, car non seulement échafaude-t-il des relations complexes entre les deux hommes, mais en plus nous avons toujours en filigrane une enquête toujours plus dangereuse en cours.

Pacte avec un tueur 1Une bonne histoire remue-méninges, c’est essentiel dans le monde du polar, mais pour que la réussite soit totale, il faut non seulement que la réalisation sache s’effacer pour être la plus efficace possible (c’est le cas ici), mais aussi que les acteurs principaux soient du niveau d’excellence et d’exigence nécessaires. Double bonne pioche dans Pacte avec un tueur avec la paire Brian Dennehy/James Woods. Dennehy, c’est le flic qui vire Rambo au début du premier First Blood et le pourchasse tout le reste du film, avant de se retrouver lui-même être la cible. Habitués des séries B et des uniformes de flic, c’est ici un peu le rôle de sa vie. En tout cas, à voir avec quelle finesse de jeu et éventail de nuances il s’en tire avec plus que les honneurs, il est regrettable qu’on n’ait pas plus fait confiance à cet acteur irlandais vraiment remarquable. Quelques-uns des films dans lesquels il a tenu des seconds rôles ou rôles plus secondaires, histoire de vous remémorer un peu tout ça : Cocoon et sa suite, le remake d’Assaut, Gorky Park, FIST, Silverado, Les trois prochains jours ou encore Roméo + Juliette. Pas mal pour un sempiternel oublié !…

James Woods quant à lui, regard noir et fixe, tenace et implacable, était dans les années 80, l’un des acteurs sur lesquels on pouvait fonder les espoirs les plus fous. En l’espace de quelques années, il tourne Vidéodrome (LE chef-d’œuvre de Cronenberg), Split-image de Kotcheff (Dennehy est aussi de la fête, d’ailleurs), Cop (d’après l’excellent Lune Sanglante de James Ellroy), Salvador (un très bon Oliver Stone injustement trop méconnu) ou encore donc ce Pacte avec un tueur. Cumulant les revers, commercialement parlant, on ne lui donne plus trop de premiers rôles par la suite, même s’il continue d’être un performer hors pair parfois dans les bons coups (Casino, Contact, Vampires, Jugé coupable ou plus récemment le remake des Chiens de Paille (oui, ils ont osé !).

Voilà… Vous attendez quoi, là ? Vous n’avez pas encore sauté dans le premier caleçon venu pour aller claquer un billet de vingt brouzoufs ? Vous croyez peut-être que TF1 va programmer cette merveille en prime time, sans coupure et en VO sous-titrée ?… Allez, bougez votre cul, c’est pour la bonne cause !… Vous nous en direz des nouvelles (et merci aussi, ça ne mange pas de pain).

Pacte avec un tueur BR Pacte avec un tueur DVDCONCOURS : 5 BLU-RAY ET 5 DVD À RAFLER ! Pour cela, il vous suffit de nous écrire (à l’adresse concoursbrazil3.0 (a) gmail.com) et répondre à cette simple question : Allison Balson, qui joue la fille de Dennehy, est connue pour avoir participé à une série TV : laquelle  ? (un tirage au sort départagera les bonnes réponses reçues avant le 3 août 2015, à minuit)

Pacte avec un tueur (Wild Side, disponible en DVD ou blu-ray)

 

Sam Lowry

 


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