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Le film du jour : LE BORD DE LA RIVIÈRE [DVD]

Le film du jour : LE BORD DE LA RIVIÈRE

Parmi les récentes remasterisations anniversaire chez Sidonis, notons deux films du légendaire Allan Dwan, souvent appelé « l’homme aux mille films » (et d’ailleurs pas loin de cet incroyable record !), l’un des pionniers et maîtres incontestés de l’âge d’or du film d’aventures à l’ancienne, un rien désuet mais quand même très charpenté, tout d’abord Suez, une petite perle de grand spectacle de la fin des années 30, avec un Tyrone Power au top de sa forme et une Loretta Young parfaitement croustifondante selon les critères de l’époque, et surtout Le bord de la rivière, l’un de ses tout derniers films, l’un des plus remarquables, accessoirement notre sujet du jour.

Le bord de la rivière1Allan (né Joseph) Aloysius Dwan était ingénieur d’origine. C’est d’ailleurs en tant qu’électro-machino qu’il fait ses premières armes sur les plateaux de cinéma, où on lui demande par exemple de trouver une alternative aux projecteurs à incandescence, qui fatiguent trop vite les yeux des acteurs. Rapidement, il remarque qu’écrire des scénarios et/ou réaliser des films est quand même autrement mieux payé, bien moins physique et aussi beaucoup plus fun. Il décide de se lancer, privilégiant dans un premier temps les formats courts (10 à 20 minutes maxi) et une mise en scène très efficace, donc réduite à sa plus stricte simplicité. Nous sommes en 1911 et pendant cette seule année il tourne près de 70 films !…

Trois ans plus tard, il réalise son premier long-métrage et est remarqué par pas moins que D.W. Griffith, qui l’embauche séance tenante dans sa compagnie Triangle. C’est d’ailleurs Griffith qui lui apprend tout de la mise en scène (déjà) moderne (contre-jour, gros plans, etc.) et qui, de manière générale lui fait faire ses premiers films ne ressemblant pas à du bête théâtre filmé. Pour le même Griffith, il fabrique une grue articulée comme il n’en existe pas encore, ce qui permet à ce dernier de filmer les décors gigantesques du classique Intolérance. Sa carrière prend alors une tout autre tournure et, s’il continue de beaucoup tourner, c’est désormais avec des acteurs d’un tout autre calibre (Douglas Fairbanks et Shirley Temple en tête). Il se partage entre les différents studios en activité (Paramount, Fox…), avec une attirance toute particulière pour le cinéma d’aventures (il est notamment l’auteur de la splendide version muette de Robin des Bois), les films de capes et d’épées ou situés dans des endroits exotiques. 

Le bord de la rivière2Curieusement, les derniers films de Dwan sont moins connus et sont même à l’époque passés quasiment inaperçus car tournés pour de plus petites compagnies de production, essentiellement la légendaire Republic Pictures. « Curieusement », car en réduisant ses budgets, par défaut, il se concentrait sur ses incroyables qualités de conteur et de metteur en scène, cristallisant au mieux le meilleur de cet esprit jamais égalé de l’âge d’or hollywoodien et signant, in fine, d’autres superbes westerns, films de guerre ou comme ici films noirs. The River’s Edge, tourné en 1957 (et sorti en France seulement… en 1999 !) fait partie de ces perles rares qui font plus que gagner à la revoyure. Gros casting déjà, avec en premier lieu l’impayable Anthony Quinn, qui vient de cartonner en Quasimodo dans le Notre dame de Paris de Delannoy, et qui est déjà une star (Viva Zapata !, Le cygne noir, Taikoun, La strada, le proscrit…). Il y croise le fer avec l’Anglais Ray Milland, tout en rigueur ; avec Debra Paget, beauté brune souvent utilisée chez Hattaway, deMille, Mankiewicz, Brooks ou Delmer Daves dans des rôles « exotiques » ; sans oublier Chubby Johnson, une bonne tête habituée aux seconds rôles (le Capitaine Mello des Affameurs d’Anthony Mann, c’est lui).

Le bord de la rivière est une adaptation d’un roman de Richard Walton Tully. Tout destinait cette histoire à un traitement sous forme de western, mais Dwan lui préféra un environnement plus contemporain et en fit un thriller noir, très noir pour l’époque même. Tourné dans des très beaux décors extérieurs au Mexique, le film se déroule près de New Mexico, dans le ranch de Ben Cameron (Quinn) et de son épouse Margaret (Debra Paget). Fait rare dans le cinéma des années 50, c’est elle, le personnage féminin, qui est en liberté conditionnelle et donc potentiellement dangereuse et en tout cas au passé trouble. Passé qui d’ailleurs refait surface en même temps qu’un de ses précédents compagnons, Nardo Denning (Milland), qui offre à Cameron une rondelette somme en échange d’une petite virée discrète jusqu’à la frontière mexicaine. Bien entendu, Denning ne lâche jamais une valise remplie à craquer d’argent, et bien entendu cet argent provient d’un hold up. Là où le film sort un peu plus des sentiers battus, c’est quand Nardo propose à Margaret de redémarrer leur histoire, riches, sous une meilleure latitude. Mais, je vous le donne Emile et je ne vous spoile pas trop le film non plus, Cameron n’a franchement pas envie de voir sa dulcinée partir aux bras d’un rival doublé d’un voleur et même triplé d’un assassin ! Bref, ça va chier et c’est tant mieux, parce que cela ne fait qu’intensifier un peu plus la tension habilement mise en exergue par Dwan. Du très bel ouvrage, à découvrir sans plus tarder.

LE BORD DE LA RIVIERE-J-3DCONCOURS : 5 DVD À RAFLER ! Pour cela, il vous suffit de nous écrire (à l’adresse concoursbrazil3.0 (a) gmail.com) et répondre à cette simple question : quel autre métier le co-scénariste James Leicester a-t-il exercé sur « Le bord de la Rivière » ? (un tirage au sort départagera les bonnes réponses reçues avant le 7 août 2015, à minuit)

 

Le bord de la rivière d’Allan Dwan (Sidonis, disponible en DVD, image et son restaurés)

 


Sam Lowry


Kankoiça
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