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GARNIER CONTRE SENTOU [HUMOUR]

Garnier et Sentou 1GARNIER CONTRE SENTOU

« Qu’est-ce qu’un ami ? C’est quelqu’un qu’on peut ne pas voir pendant plusieurs jours, plusieurs mois, voire des années et, quand on le revoit, c’est comme si on l’avait vu hier. Le problème de Garnier et Sentou, c’est qu’ils se sont vus hier et avant-hier… Et tous les jours depuis trop longtemps. Ils s’affrontent sur scène dans une aventure inspirée de leurs histoires vraies (mais pas trop quand même). Et si leur amitié ne survit pas à la représentation de ce soir, c’est qu’il fallait venir hier. » 

Duo déjanté versant dans l’absurde au premier degré. Garnier et Sentou se sont rapidement faits connaître du grand public tant par leurs spectacles que par leurs nombreux passages à la télévision dans l’émission « On ne demande qu’à en rire ». Dans leur dernier spectacle « Garnier contre Sentou », ils nous entraînent sur les traces de leur rencontre. L’occasion idéale de faire une interview revival…

Actuellement au Théâtre des Béliers au Festival d’Avignon, vous pourrez également les voir tranquillement depuis votre canapé le lundi 20 juillet à 20h50 lors du programme de « La nuit du Off » sur France 4.


 

  • Le tout premier sketch que vous avez fait ensemble… Vous vous en rappelez ?

Garnier : Bien sûr ! Ça s’appelait « Buffet froid », on avait vingt-cinq ans. C’était l’histoire de deux mecs qui squattaient dans les enterrements pour bouffer à l’œil. Et c’était au FIEALD, le dernier dimanche d’octobre 2005.

  • C’est précis comme souvenir !

Garnier : Oh, et bien on s’en souvient, c’était notre dépucellage ! On a joué une pièce avant ça, dans une salle un peu pourrie, enfin une salle de mairie… Et après, on a joué au théâtre des Deux Rives, à Charenton, qui est un super théâtre. Mais notre première fois en duo, c’était au FIEALD. D’ailleurs, c’était là où tout le monde allait, il n’y avait qu’au FIEALD où on pouvait se montrer.

  • Vous souvenez-vous de votre premier gros succès ?

Sentou : Hé bien, c’était ça aussi ! Octobre 2005 au FIEALD ! (rire général) Tout d’un coup, tu te dis « Bon et bien c’est cela qu’il faut faire clairement ! » parce qu’il s’est passé quelque chose qu’on n’avait pas spécialement prévu. Toute l’équipe du FIEALD, qui est habituée à en voir passer des artistes, est venue nous dire « Mais vous êtes qui vous ? ». C’était comme si le spectacle existait déjà depuis longtemps alors qu’il venait tout juste d’être créé. Comme si le train était déjà en marche !

Garnier : On sort tous les deux d’une solide école de théâtre et on avait déjà un peu d’expérience de la scène. Contrairement à beaucoup d’humoristes qui débutent, on avait déjà joué des pièces et donc on avait déjà de la scène dans les pattes. Et puis, on a toujours beaucoup travaillé, beaucoup répété et donc le sketch était hyper carré, hyper propre alors qu’il y a souvent des mecs qui arrivent avec des sketchs un peu bancals. C’est ça qui a surpris tout le monde. C’est qu’on sortait vraiment de nulle part…

Sentou : Et il y a une certaine magie qui émane de notre duo, dont on avait pas spécialement conscience à l’époque. C’est quelque chose qui ne s’explique pas, on est potes d’enfance, il y a ce déclic qui se passe quand on est tous les deux et qui fait que c’était particulièrement jouissif. Cette complicité, ça ne s’explique pas, ça ne se travaille pas.

  • Garnier et Sentou 4Justement, c’est ce qui fait votre rareté dans ce milieu, depuis combien de temps travaillez-vous ensemble exactement ?

Sentou : Neuf ans !

  • Et vous vous connaissez depuis ?

Sentou : Depuis l’âge de sept ans, donc vingt-sept ans…

  • Quand vous aurez 80 ans, vous pensez que vous ferez encore des projets en duo ?

Garnier : Peut-être… On verra !

Sentou : L’idée, c’est surtout de continuer d’avoir envie, parce que c’est nous deux et que c’est bien pour nous. Se forcer à rester en duo parce que c’est une valeur commerciale et qu’on n’a plus que ça, non. Ce sera hors de question. Pour l’instant, le duo continue sur sa vie, sa lancée, il a été prépubère, il a gagné en maturité, maintenant… il est bien ! (rire)

  • Garnier et Sentou 3Il est adulte ?

Sentou : Oui, je pense ! Un petit peu pré-adulte peut-être. On verra comment ça se passe. C’est un peu comme Canal+, on n’a que trente ans ! (rire)

  • En ce qui concerne ce spectacle justement : Garnier contre Sentou ? D’où vient le « contre » ?

Garnier  : (prenant un accent indescriptible) Ouais ! C’est un spectacle de connard, c’est pour ça ! C’est un spectacle dans lequel le duo se clashe. (reprenant sa voix normale) On revient sur notre histoire et justement ces vingt-cinq ans d’amitié on commence à les dégueuler. On se voit depuis qu’on est gamin et, maintenant qu’on travaille ensemble, on se voit tous les jours, tout le temps. On s’est demandé ce qu’on avait à raconter sur scène, qui on était réellement, nous qui n’avons rien de particulier individuellement. On a réalisé que notre originalité, c’est d’être deux. On replonge dans notre histoire d’amitié et au fur et, à mesure que les souvenirs reviennent, on va droit au clash.

Sentou : C’est plus accrocheur de se dire justement qu’il y a un combat. J’aime à penser que les affiches de théâtre sont un petit peu comme des affiches de coupe du monde de boxe. C’est la rencontre, l’affiche avec une tête face à l’autre, d’un coup, tu sens qu’il va y avoir du conflit, c’est tout de suite plus attirant même si c’est pour déconner. On va pas se dire qu’on est génial pendant tout le spectacle, c’est plus marrant de se foutre sur la gueule !

  • Surtout que j’imagine qu’en vingt-cinq ans d’amitié, il y a dû en avoir des histoires…

Sentou : Oui et c’est ça qui est marrant. 90% de ce que l’on raconte est vrai ! On a romancé et arrondi un peu les angles mais, très honnêtement, c’est notre histoire. Patrice Soufflard, notre co-auteur et metteur en scène, était un parfait médiateur lors de l’écriture. Il nous disait « Non mais on ne change rien les gars. Il n’y a pas besoin d’inventer quoi que ce soit, vous êtes déjà dingues ! ». D’ailleurs, c’est déjà arrivé que les gens pensent qu’on avait inventé les éléments réels du spectacle et vice versa. On est donc allé piocher dans nos souvenirs… Et c’est vrai qu’il y avait pas mal de choses à raconter ! C’est aussi sympa d’ouvrir un peu la porte de l’intimité, sans raconter sa vie parce que ce n’est pas ça qui est intéressant.

  • Votre amitié est donc non seulement votre force en tant qu’humoriste, mais également votre source d’inspiration ?

Sentou : Pour ce spectacle, oui ! Justement, on a toujours cherché des personnages, des situations et des styles différents, notamment dans « On ne demande qu’à en rire ». On ne va pas faire ça à l’infini mais on s’est demandé « Qu’est-ce qu’on est nous ? ». C’est le public qui nous a donné la réponse, depuis qu’on a commencé on nous parle de notre amitié. On a donc creusé le sujet et mis à jour ce spectacle !

Garnier : On avait envie de nouveau, parce que le spectacle qu’on avait avant s’était créé au fil des scènes ouvertes. Il a eu beaucoup de visages différents, mais on avait envie d’un nouveau spectacle avec que du neuf. Dans l’ancien spectacle, il y avait des sketchs qu’on jouait depuis cinq ans. Depuis, on a mûri dans notre écriture, dans notre jeu et on voulait un spectacle qui nous ressemble davantage. Qui soit plus de notre génération, plus moderne, plus frais. Et, quand on s’est mis à table et qu’on s’est demandé ce qu’on allait mettre dans ce spectacle « Quelle est notre originalité et pourquoi c’est intéressant de venir nous voir sur scène ? Qu’est-ce que l’on peut raconter nous que d’autres humoristes ne peuvent pas raconter ? ». On avait envie de livrer au public une histoire originale. Si c’est pour leur raconter ce qu’ils ont déjà entendu quarante mille fois cela ne sert à rien…

  • Garnier et Sentou 5Votre duo commence à avoir beaucoup de succès, comment le gérez-vous au quotidien ?

Sentou : Je suis sans doute le verre à moitié vide dans le duo, je sous-estime un peu le succès et  l’impact qu’on a. J’ai l’impression que je n’ai pas la vision d’ensemble. Mais, c’est vrai que, quel que soit le quartier, on me reconnaît tous les jours, et ça c’est fou !

  • Vous êtes des bosseurs acharnés, cela fait plaisir de voir que ça paye !

Sentou : Oui, c’est Jugnot qui nous a dit ça «  Putain, c’est beau parce que vous le méritez ! Vous êtes la belle histoire ! ». Il nous disait cela à la cigale, « Ahhh ! J’ai envie de chialer c’est génial !!! Parce qu’il y a des injustices et des saloperies, mais vous, vous êtes tout seuls et vous bossez et vous êtes fidèles et vous êtes talentueux ! ». C’est sympa de se dire que la force du jedi a du sens… !

 


Benzedrine / Photos © François Ayme


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