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Delirium, Autoportrait [BD-LIVRE]

Delirium, Autoportrait

Avec Délirium,  on parcourt les méandres d’un esprit complexe, d’une richesse exceptionnelle. Un récit de vie, un témoignage historique, livré par un monument de la BD, Philippe Druillet, auteur précieux et rare, prochainement invité d’honneur d’Auvers BD, le salon de la bande dessinée d’Auvers-sur-Oise (les 26 et 27 septembre prochains)…

 

Delirium DruilletSur les conseils de mes bibliothécaires préférés, j’ai pris le bouquin. Trois choses dans le titre et la couverture attirent alors mon attention. La première, c’est la référence aux épisodes de Lone Sloane (Delirius), la BD phare de Druillet. En même temps, quoi ? C’est du délire ? Le journal d’un fou ? La deuxième chose, c’est qu’il y écrit « autoportrait » et pas « autobiographie ». D’accord, on est bien dans un univers graphique. Druillet va se dessiner à travers les mots ? La troisième, que j’ai failli ne pas voir, c’est un dessin en relief, comme un médaillon fantôme : un visage géométrique aux traits acérés et au regard aigu. C’est le logo de l’auteur, entre marque de fabrique et icône ?

Dans un mélange de fébrilité et d’appréhension, je tourne les premières pages. Des lignes noires barrent les premières feuilles, puis, en exergue, des citations de Lovecraft, Shakespeare et Michel Audiard qui évoquent la mort, la philosophie et la folie. Le prologue est en forme de confession, pourtant ce n’est pas de sa faute si ses parents étaient des collabos. Confession, oui ; concession, non. Dépeindre sa vie, cette vie-là, c’est plutôt un exercice d’exorcisme. Il explique pourquoi il s’appelle Philippe. Il fait la liste de ses rencontres, la première n’est pas la moindre, c’est l’écrivain controversé Céline. Et il y en aura d’autres.

En lisant le récit de cet entretien qui ne se veut pas littéraire mais authentique, voire viscéral, j’apprends comment d’Espagne franquiste il arrive en France, quels ont été ses premiers émois cinématographiques, ses premières amours, où il a vécu, de qui il a été le voisin, son sentiment sur l’école…  Et puis il y a les premières BD lues : Tintin, Flash Gordon, Blake et Mortimer ; les premiers magazines parcourus : Pilote, Hara-Kiri, Vaillant…, les premiers auteurs de science-fiction découverts : Stefan Wul, Ray Bradbury, Michael Moorcock… Plus tard, les films fétiches : Dracula, King Kong ou Frankenstein… Sans oublier les 3 G : Gustave Doré, Gustave Flaubert et Gustave Moreau, des forces d’attraction autant que des source d’inspiration.

Avec lui, j’ai senti le malaise de ne pas être à sa place : dans le XVIe, oui, mais fils de concierge dans un appartement étriqué. Amateur de mondes extraordinaires mais moqué par les tenants de l’intelligentsia. Je l’ai donc suivi lors de son apprentissage de la photo, puis de la peinture jusqu’à ce qu’il trouve sa voie : la bande dessinée. Il révèle comment est né Lone Sloane, il dévoile comment est né son amour pour Nicole à qui est dédiée La Nuit. Quand certains font leur traversée du désert, Druillet lui, entre dans la nuit en perdant celle qu’il aimait. C’est lui qui en parle le mieux et paradoxalement, tout s’éclaire.

Delirium c’est l’histoire de Druillet, mais c’est aussi l’Histoire tout court. Exemple avec 1968 : un certain mois de mai vu de l’intérieur ; une certaine Odyssée de l’espace vue sur un grand écran. Pourquoi ce titre étrange et dérangeant ? Pour nous inviter à entrer dans son univers délirant ? Peut-être à cause de cette vie de lutte. Avoir du talent, c’est une chose, mais il faut le faire connaître, il faut insister, il faut se battre, il faut recommencer, il faut le préserver. Toutes les expériences remontent à la surface, la période Métal Hurlant avec Dionnet, la période Pilote avec Goscinny, le cinéma avec Jean-Jacques Annaud, le théâtre avec Ariane Mnouchkine et toutes les premières fois qu’on lui doit…

Avec ce regard porté sur lui-même, Druillet qu’il le veuille ou non, a provoqué toutes sortes d’émotions. En le lisant, j’ai souri, j’ai eu la rage, j’ai été surpris. Je retiens aussi toutes sortes d’anecdotes sur ce qu’on pense de l’avenir de Goldorak, sur un dîner avec François Mitterand, sur les effets de la drogue, sur le caractère des célébrités… À la fin, Druillet nous explique qu’un merdeux est venu l’obliger à parler pour écrire ce livre, j’espère qu’il n’en voudra pas à un autre merdeux de vous encourager maintenant à le lire.

Delirium, Autoportrait (par Philippe Druillet et David Alliot, éditions Les Arènes, disponible). Druillet sera l’invité d’honneur d’Auvers BD, les 26 et 27 septembre prochains, à Auvers-sur-OIse

 


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