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MOON : The bright side of the moon [CINÉ]

MOON 1MOON : The bright side of the moon

Voilà un film-ovni qui méritait sa colonne sur Brazil.

Moon de Duncan Jones, sorti en 2009 sur nos écrans, est un film Ouroboros aux apparences trompeuses, aux cauchemars éveillés bergmaniens.


 

MOON 4Dans un futur proche, Sam Bell, incarné par l’homme orchestre Sam Rockwell, est un astronaute exilé sur la lune depuis près de trois ans. Sa mission ? Extraire l’hélium 3, un isotope permettant aux gloutons humains de combler enfin leurs gargantuesques besoins énergétiques. Les réserves de la terre sont usées… L’humain s’est donc rabattu sur sa bouée de sauvetage perpétuelle, la lune…

Malin, le Duncan… En effet, les réserves en hélium 3 de la lune s’élèveraient selon les scientifiques à 100 000 tonnes. Toujours selon eux, deux cents tonnes permettraient aux États-Unis et à l’Europe de subsister une année sans recourir aux énergies sales comme le nucléaire… Imaginez ! À l’heure de l’indigestion planétaire, Duncan Jones —visionnaire ?— offre à notre poubelle, pardon « planète », un salut plausible en plus des énergies renouvelables : solaires, éoliennes, la biomasse, la géothermie, etc. Il redonne aussi un sens à un second voyage de l’Homme sur la Lune… Quitte à financer des voyages astronomiques autant que ça serve à nous sortir du marasme radioactif dans lequel nous baignons depuis que les politiques d’après-guerre (par peur du manque à chauffer) ont déployé sur la planète leur programme nucléaire civil. Aujourd’hui, on ne sait plus quoi faire des déchets cancérigènes qui continuent de s’accumuler à la Hague, en Basse-Normandie, à près de trois cents bornes de notre arrogance parisienne…

J’en suis la preuve vivante, Moon est un film anxiogène qui fait péter les plombs.

Revenons à nos, pardon, « notre » Sam de la luneMoon, les pieds sur terre, la tête dans la lune. Chez Mirabeau, la lune est le symbole de l’imaginaire. Et pourtant, Sam, notre astronaute n’a pas intérêt à être dans la « lune » tant sa mission est vitale pour la terre… Mais, l’empire de la lune finit par troubler son esprit…

Pour qui sonne the Bell… Trois ans à jouer au solitaire a de quoi rendre un quidam barjot… C’est le cas, semble-t-il, de Sam qui commence à capter des trucs pas clairs… Et sans prise de LSD… Dommage, à quelques semaines de la quille et des retrouvailles « olé osé » avec Tess, sa femme. La terre promise n’est qu’à 384 400 km.… Courage, Sam !

Pourtant, son inséparable compagnon artificiel, Gerty, au smiley Watchmen, est là pour veiller au bon grain. On ne se refait pas, Sam est parano à tendance histrionique, théorie du complot en sus. Alors, il cherche à comprendre ce qui cloche chez lui et cette station qui prend des allures de corbillard. Il finit par trouver une réponse multiple de lui-même qui va le conduire à mettre un terme à ce damné cycle lunaire.

Moon 6Duncan Jones nous pond là, pour son premier film, un scénario intelligent et sinueux. Avec ses extérieurs dépouillés sélénites et ses intérieurs albâtres laborantins, il nous sort la carte minimaliste et laisse place à une mise en scène astucieuse. Par moments, il fait penser —en moins tordu, mais quand même— au Darren Aronofsky de ses débuts, et parfois au George Méliès du siècle dernier… Non ? Avec son budget minimaliste, 5 millions de dollars, Duncan arrive à nous faire entrer dans la peau lessivée de Sam Rockwell et nous faire partager ses divagations sans artifices. L’acteur s’en donne à cœur joie de soliloquer ou d’échanger quelques lignes avec une boîte de conserve à la voix exquise de Kevin Spacey.

On retrouve bien sûr, dans Moon, quelques références aux grands maîtres, Kubrick et sa Space Odyssey, au Solaris de Tarkovski, et plus récemment à l’Interstellar de Nolan, mais là, c’est l’inverse, c’est Christopher qui s’inspire de Duncan… Ces films ont en commun leurs intelligences artificielles, leur paranoïa aiguë, leurs quêtes énergétiques pour la survie d’une humanité inconséquente, leur solitude de l’espace, et leurs couches d’intrigues alambiquées qui plaisent tant aux fumeurs de Marie-Jeanne.

En digne héritier de Ziggy Stardust, Duncan Jones nous sert sur un plateau astral un premier film qui annonce les boucles temporelles de son second film, le spectaculaire, Source code, sorti en 2011, avec un Jake Gyllenhaal, en grande forme paradoxale. Au passage, c’est encore lui, Duncan, qui s’est attaqué en 2014 à l’adaptation de Warcraft avec une sortie prévue si tout va bien en 2016. Un smiley rien que pour les geeks.

 


Arnaud Delporte-Fontaine


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