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Le film du jour : WALKABOUT [RESSORTIE SALLES]

WALKABOUT LA RANDONNEELe film du jour : WALKABOUT

Revoir sur grand écran l’un des ovnis de Nicolas Roeg est foncièrement une bonne nouvelle. Certes, nous n’attendrons pas (sauf énorme surprise) des foules de queue pouvant concurrencer feu Siffredi. Mais la version remasterisée du film de cet Anglais fou devrait ravir les courageux cinéphiles, qui vont se précipiter au chevet de ce que l’on pourrait appeler une œuvre fondatrice du cinéma australien.


 

walkabout3Mais kekidi le gars, il nous parle d’un réalisateur anglais pour cimenter l’Australie !??! Bah oui, au même titre d ailleurs que Wake In Fright de Ted Kotcheff (Américain de chez Rambo) sorti la même année. Ces deux films vont mettre en lumière que tout là-bas au bout du monde (parce que l’Australie en 1971 c est vraiment le bout du bout du monde) le cinéma existe aussi. Question : pourquoi 35 ans après aller voir Walkabout plutôt que Mad Max par exemple ? Déjà, une petite leçon d’ethnologie, parce que l’on ne se refuse rien sur Brazil 3.0. C’est quoi le walkabout ? Tout simplement un rituel aborigène au cours duquel l’adolescent doit quitter son clan, survivre seul dans le bush, afin de devenir un homme avec un grand H. Imaginez un petit francilien devant partir de sa chambre pour rejoindre banlieue 13 avec comme consigne de ne pas parler wesh-wesh, ne pas devenir chanteur de rap et surtout ne pas rouler en substances interdites. Bonjour la mission !… Même Tom Cruise la refuse.

Holà, je vous arrête, Walkabout n’est pas non plus un documentaire sur la culture aborigène mais plutôt une réflexion darwiniste sur le devenir du monde, des peuples et des civilisations. Un peu comme si vous demandiez à votre voisin de palier- « Reste-t-il une place, pour une ethnie vivant aux antipodes du modernisme dans ce monde purement matérialiste basé uniquement sur l’économie ? » Nicolas Roeg posait cette question en amenant son œil acéré d’Anglais qui, en terme de colonialisme, connaissait son affaire. « This is the Inde » auraient chanté les Doors. Le pitch est simple (le film un peu moins) : un col blanc dépressif abandonne ses deux enfants en plein bush avant de se mettre une balle dans la tête. Sa grande fille de 17 ans (Jenny Aguter, actrice anglaise connue pour ses rôles dans des feuilletons pour enfants, qui ici virait son physique à 369 degrés provoquant l’émoi dans la perfide Albion) se retrouve avec son petit frère de 5-6 ans, complètement paumés dans le désert, sans Capdevielle, ni boussole. Heureusement, ils vont croiser la route d’un jeune Aborigène qui par hasard fait son walkabout sans GPS, muni uniquement d’un bâton et de sa grande lance.

C’est parti pour une errance entre deux peuples qui ne se connaissent pas (alors qu’ils sont sensés vivre ensemble dans cette lointaine contrée…). Il ne vous reste plus qu’à écarquiller les yeux devant le spectacle austral, de ce désert inhospitalier bien loin des images hollywoodiennes d’Australia. Ici le bush est aussi dur que Georges. Œuvre à multiples tiroirs (mais qui connaît le cinéma de Roeg n’en sera pas surpris), renforcée par une réalisation énigmatique, bourrée d’ellipses par un rosbif qui ne devait pas tourner non plus qu’au Vittel-fraise, Walkabout n’en abordait pas moins des thèmes qui restent encore d actualité (société de consommation, difficulté pour les peuples à vivre ensemble, etc.). Cette rencontre entre deux mondes allait donner lieu aux premiers émois de l’amour entre deux adolescents qui quittaient définitivement le monde de l’enfance.

Ce qui fut un véritable choc pour l’Australien moyen, qui ne pouvait pas encore concevoir qu’une Occidentale de bonne famille puisse avoir du désir pour un Aborigène sauvage. Énorme tabou australien, pour un peuple qui durant son histoire n’a pas été des plus tendres avec ses habitants d’origine. Alors, imaginez une famille avec un enfant blond, une mère blanche de bonne famille et un père aborigène… Mettant exsangue le vieil adage de Sydney, là où il y a de l’aborigène il n’y a pas de plaisir !!… Le plaisir, justement, on le retrouve avec un énorme P sous les traits de David Gulpilil, qui tournait là son premier long-métrage. Formidable acteur qui illuminait de sa présence cette randonnée initiatique, et qui allait devenir tout naturellement l’emblème de son peuple au cinéma. Un rôle (pas de composition car de son propre aveu il n’a toujours pas compris ce qu’on lui demandait) qui lui permit de parcourir le monde, découvrir Cannes (il n’en a aucun souvenir), et même de rencontrer les Beatles (le film était produit par Apple, la pomme de Liverpool). Il a même fumé son premier joint avec Georges Harrison, rencontrant ce soir-là son ancêtre Lucy dans le ciel bardé de diamants.

walkabout2Dans Walkabout, il a une présence physique incroyable, une démarche alliant puissance et grâce. Il est vrai qu’il était un danseur tribal de très haut niveau (c’est comme ça qu’il avait décroché le rôle), montrant notamment ses aptitudes physiques dans la danse de l’amour qui clôture Walkabout (une véritable liane en mouvement)… Pour ceux n’ayant pas la possibilité de voir Walkabout sur grand écran, il existe chez Potemkine une excellente version DVD avec notamment en bonus One red Blood, documentaire remarquable sur David Gulpilil tourné par une cinéaste du crû Darlene Johnson. À découvrir absolument… Seul petit bémol concernant Walkabout, la partition musicale de John Barry (et aussi un Rod Stewart pas encore « Da ya think I’m sexy » mais déjà Faces) qui, avouons-le, a pris un petit coup de vieux. Ce qui ne vous empêchera pas de vous délecter des images somptueuses qui gagnent vraiment à être revues sur un grand écran.  Question : serait-il possible aujourd’hui de changer une bande son, de lui donner un coup de fraîcheur (au même titre que la remasterisation de l’image) sans que l’on puisse crier à la trahison ? À voir…

Avec ce film, Nicolas Roeg mettait déjà le spectateur en garde contre une certaine société de consommation, un mode de vie qui éloignait inexorablement l’être humain de son bien le plus précieux : la Terre et ses bienfaits. Malheureusement, le discours alarmiste passé est aujourd’hui bien ancré dans le présent, condamnant malheureusement (inéluctablement ?) les peuples plus traditionnels à une fin inexorable. Le progrès a-t-il et aura-t-il toujours cet effet pervers sur notre planète appelée Terre ? Ramassage des copies après Walkabout

Walkabout, ressortie en salles le 3 juin. 

 


JS Thi


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