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Le film du jour : THRILLER [DVD]

Le film du jour : Thriller

Bach Films a eu l’excellente initiative de ressortir enfin en DVD en France —et dans une version complète non censurée— Thriller, connu également sous les noms de Crime à Froid, Hooker’s Revenge ou encore They call her one-eye, et dont le premier fan n’est autre que Quentin Tarantino lui-même, qui en s’en inspirant pour Kill Bill, a rendu l’œuvre culte, que dis-je, cultissime !…

 

ThrillerPremière moitié des seventies, les films de « viol et vengeance » sont légion, c’est même un sous-genre dans le sous-genre dans le sous-genre, qui se perpétuera jusqu’à l’aube des eighties et notamment le magnifique L’Ange de la Vengeance de Ferrara (en 1981, avec Zoé Lund dans le rôle principal, qui participera plus tard au scénario de Bad Lieutenant, où elle tient le rôle d’une dealeuse d’héro, avant de mourir elle-même d’overdose, quelques années plus tard). En Suède, Bo Arne Vibenius (qui réalisera plus tard le très bon Breaking Point), débute sous le pseudonyme d’Alex Fridolinski (??), à l’arrache —et en Super 16MM, et c’est d’ailleurs l’un des premiers à utiliser ce format, idéal pour un rendu poisseux et glauque— ce petit bijou, qui sera tout d’abord connu pour être le premier film totalement interdit par la commission de censure suédoise (en réalité, c’est le second, après The Gardener de Victor Sjöström, en… 1912 !), est passé à la postérité quand Tarantino l’a décrit comme « the roughest Revenge movie ever made » (ce qui se passe de commentaires et de traduction, dont acte).

Et effectivement, la version complète de 107 minutes présentée aujourd’hui, n’est pas sortie à l’époque, amputée à plusieurs reprises, passant à 104 minutes, puis 86, en vain, le film restant interdit pour sa cruauté, mais aussi et surtout pour les inserts porno ajoutés et voulus par le réalisateur (et tournés par un couple appelé « Roméo et Juliette »… dans un camion !). Il sortira finalement dans une version plus que tronquée de 82 minutes, en Suède, mais aussi aux États-Unis. C’est par contre la version que les amateurs de VHS déviantes ont pu voir, chez Atlantic ou Metropole —et sous le nom de Crime à froid.

Crime à froid est d’ailleurs un patronyme qui sied bien au film, tant la froideur est une constante et une dominante, et ce dès le début avec les images de la petite Frigga, violée par un vieux pervers dégénéré, images qui paraissent presque volées et qu’aujourd’hui on attribuerait facilement à un témoin muni d’un smartphone. Tout ceci est surmultiplié d’un bout à l’autre du métrage par une réalisation distante (mais méticuleuse), pas même documentaire, juste effacée à en faire froid de la dos. Ce rendu étant encore plus imposant, et par le côté complètement innocent de Christina Lindberg (qui a 22 ans au moment du tournage, mais à qui on en donne à peine 14, sauf lorsqu’elle déploie sa poitrine pour le moins imposante), et par l’utilisation de ralentis, tournés avec des caméras spéciales de l’Armée pouvant enregistrer jusqu’à 500 à 600 images par seconde. Malheureusement, une partie des rushes sera détériorée accidentellement par le labo, qui n’avait pas l’habitude de travailler avec ce type de matériel.

Le film ne serait rien sans Christina Lindberg. C’est sa présence, presque nonchalante et hypnotique, faussement résignée après une première tentative de révolte (qui lui coûte son œil gauche), qui imprime ce rythme très curieux, appuyé par une mise en scène stricte, pour ne pas dire inexistante. Elle ressort d’autant plus que l’ensemble des autres acteurs jouent comme des savates et semblent déclamer leur texte comme des zombies. Tarantino, comme beaucoup, sera marqué durablement par ce personnage et surtout sa personnification, au point de s’en inspirer, au moment de l’écriture de Kill Bill, et dans la violence inhérente à la vengeance incluse dans sa propre histoire, et dans le personnage d’Elle Driver (joué par Daryl Hannah) et à qui, comme Frigga/Madeleine dans Thriller, on a crevé un œil. Une scène sujette d’ailleurs à controverse, la production s’étant procuré, selon les propres dires de l’actrice, un cadavre dans un hôpital afin de pratiquer/filmer ladite énucléation.

Le film est présenté aujourd’hui dans son jus (les images Super 16MM pourront paraître très granuleuses à ceux qui sont plutôt habitués aux blockbusters ultra léchés —mais cela n’en renforce qu’un peu plus la cruauté mise en exergue), dans un très chouette digipak gaufré, avec trois cartes postales collector et en bonus une interview de Christina Lindberg.

Thriller DVDCONCOURS : 5 DVD À RAFLER ! Pour cela, il vous suffit de nous écrire (à l’adresse concoursbrazil3.0 (a) gmail.com) et répondre à cette simple question : quel est le prénom du playboy qui amène Frigga dans sa grande maison et la ‘transforme’ en Madeleine ? (un tirage au sort départagera les bonnes réponses reçues avant le 19 juin 2015, à minuit)

 

 

Thriller (Bach Films, DVD, disponible)

 


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