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Le film du jour : FELIX & MEIRA [DVD]

FELIX ET MEIRA 1Le film du jour : FELIX & MEIRA [DVD]

Après le rire, viennent les larmes. Pour son troisième long métrage, Maxime Giroux choisit de filmer une histoire d’amour aux limites de l’impossible. Avec sa mise en scène sobre (un peu trop peut-être), il parvient à nous faire vibrer à l’unisson de ses personnages et ressentir la triple effervescence qui les habite dès qu’ils se rencontrent. Effervescence libertaire… Effervescence sensuelle… Effervescence sexuelle…

 

Félix & Meira, ou comment deux apatrides se retrouvent par-delà les rivages de la religion et de la non-existence, dans le cycle de la vie… Deux êtres que tout oppose dans les apparences vont se retrouver par-delà les clivages, les conventions et découvrir les promesses de leur vie. L’une, Meira (Hadas Yaron), est une jeune femme prisonnière des mœurs séculaire du judaïsme hassidique, étouffée dans l’œuf de la piété ; l’autre, Félix (Martin Dubreuil), sans attaches, sans contraintes sociales, libre en apparence, n’a toujours pas trouvé son identité.

Meira et son mari, Shulem, dissimulent leur identité derrière les artifices imposés par leur religion : perruque de chasteté et jupes brumeuses pour elle ; papillote, barbe, chapeau et manteau nuit pour lui. L’homme et la femme n’ont pas le droit de porter atteinte à leur immunité en touchant leur visage ou leurs cheveux, symboles de leur intimité. Pour eux, aucune échappatoire n’est possible, pas même l’écoute de la musique soul de Wendy Rene, qui pourrait d’une note faire éclore leurs papillons. Dans ce climat austère, Meira n’a d’autre option que de faire la morte.

FELIX ET MEIRA 4Félix, porte-étendard de notre modernité sans foi ni loi, pourrait au contraire, goûter à ce qu’offre l’existence. Hélas, même l’héritage de son défunt père ne réveille rien en lui. Jusqu’à la rencontre avec la « bizarre » Meira, qui, parce que sa religion le lui interdit, ne peut poser son regard sur cet autre « bizarre ». Un dessin, une étincelle, une petite fille vont fissurer les remparts qui les séparent.

« Tu es bizarre. » dit l’un.

« Je ne suis pas bizarre. Toi, oui. » rétorque l’autre.

Ces dialogues-miroirs échangés par les protagonistes illustrent bien le sentiment de non-appartenance qui enveloppe le film de Maxime Giroux. En réalité, tous deux sont morts intérieurement et condamnés à répéter les mêmes gestes vains jusqu’à leur dernier souffle, tels deux Sisyphe qui poussent chaque jour la pierre de la vacuité, condamnée à retomber éternellement du même côté, celui du néant.

FELIX ET MEIRA 5On repense à la célèbre phrase de l’essai de Camus, Le Mythe de Sisyphe : « Il arrive que les décors s’écroulent. Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d’usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil et lundi mardi mercredi jeudi vendredi et samedi sur le même rythme, cette route se suit aisément la plupart du temps. Un jour seulement, le « pourquoi » s’élève et tout commence dans cette lassitude teintée d’étonnement. »

Félix & Meira, c’est le jour du « pourquoi ».

Leur croisée des chemins (est-ce la destinée ?) bouleverse le cycle de leur morne vie. Une rencontre qui va raviver les sens assoupis de Félix, lui donner l’envie d’agir et devenir l’un des artisans de l’existence, la sienne en l’occurrence. Une étoile qui va enfin offrir à la cloîtrée Meira les pleurs qui suivent les rires de l’émoi. Mention spéciale pour Hadas Yaron qui par sa générosité et sa justesse rend palpable l’évolution de son personnage et sa métamorphose d’assujettie en affranchie. On retiendra la séquence dans laquelle elle troque son uniforme asphyxiant et sa perruque de la servilité contre un jean’s libertaire et l’imperméable bleu de Leonard Cohen. Félix & Meira, un hymne à la liberté…

Félix & Meira (Urban distribution, DVD, disponible)

 


Arnaud Delporte-Fontaine


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