Abonnez-vous !

WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

En route pour le festival rock ultime !

FREAK VALLEY FESTIVAL :

En route pour le festival rock ultime !

Ça y est, on y est ! La saison des festivals européens s’enclenche doucement depuis le Roadburn et le Desertfest avant les mastodontes Open Air de Clisson ou d’ailleurs. Et dans cette jungle de festivals, le passionné de musique électrique et électrisante a l’embarras du choix. Le choix du bain de foule version parc d’attraction pour métalleux avec 50 groupes par jour, pourquoi pas. Le choix du plus intimiste qui prend son temps, c’est bien aussi. 

 

Ambiance3Encore peu médiatisé dans nos contrées, et malgré un contingent de Français toujours croissant (de 5 ou 6 tricolores pour la 1ère édition en 2012, à plusieurs dizaines en 2015), le Freak Valley est ce festival parfait, n’ayons pas peur des mots. Ce pélerinage des musiques rock à tendance psyché, folk et même métal. Ce lieu où il fait bon se retrouver, en petit comité (jauge limitée à moins de 2 000 personnes, sold out chaque année plusieurs mois en amont). Cette ambiance hors du temps pour 3 jours de communion autour de la musique, de la currywurst et de la pills.

“Sympa la scène, mais elle est où la main stage ?”

C’est la première réaction d’une organisatrice française de concerts stoner bien connue qui mettait les pieds pour la première fois à Netphen. Et non, malgré le niveau de l’affiche et le statut culte du festival, il n’y a pas 10 000 personnes qui se marchent dessus dans l’espoir d’aperçevoir un bout d’écran géant. Plutôt une scène de taille raisonnable pourvue de tout ce qu’il faut pour un concert réussi : un gros système son et des lights sans artifices.

Comme le bon vin, le festival se bonifie avec le temps. Au niveau de l’affiche d’abord, mais aussi sur tous les autres aspects qui font de ce festival un week-end hors du commun. Le sentiment que j’ai à chaque fois en passant les grilles le premier jour est assez simple : retour à la maison ! Le camping est toujours perché en haut de la colline au milieu des poneys, le stand de currywurst est toujours là au même endroit, la scène n’a pas changé de place, les deux buvettes principales non plus, comme pour les hamacs et les tentes qui protègent du soleil (ou de la pluie) sur les deux côtés de la fosse. Bref, rien n’a changé depuis que Kadavar a sonné la fin de l’édition 2014.

Et côté musique, ça dit quoi ?

Ok, on a compris, l’expérience est inégalable, l’accueil et l’ambiance sont au top, mais musicalement ça dit quoi ? Car si le Freak Valley a construit sa légende (oui, on peut le dire) sur ce côté chaleureux et sur son organisation irréprochable, il ne faut pas oublier l’essentiel : la programmation. Si vous êtes fin connaisseur de la scène stoner/psyché et assimilé je n’ai pas besoin de vous faire un dessin, l’affiche parle d’elle-même. Mais si vous cherchez à faire des découvertes et à enrichir votre collection de vinyles de groupes retro c’est bien aussi.

On en a d’ailleurs fait l’expérience cette année, avec une fine équipe de copains plus ou moins amateurs du style et des groupes présents. Chacun y trouvant (largement) son compte tant les styles représentés sont variés. Du krautrock 70s de Broselmaschine au sludge crasseux d’Eyehategod en passant par le blues/rock de The Muggs ou le stoner planant de Monkey3, l’éclectisme est de mise (du moment que Black Sabbath ou Pink Floyd sont invoqués de façon plus ou moins évidente).

Du gros gras de qualité !

Ne nous cachons pas, c’est avant tout le côté rock musclé qui nous intéresse au Freak Valley. Cette année était particulièrement fournie en gras, en bûche, bref en fuzz qui bave salement. Eyehategod en tête, évidemment. Le gang de New Orleans faisait un peu tâche entre un groupe de post-rock anglais et un groupe de stoner psychédélique allemand, mais ils ont su tirer leur épingle du jeu en proposant un set dévastateur. Comme d’habitude. Voir Jimmy Bower vous ratatiner la tronche le plus simplement du monde, en bermuda et en tongs, a quelque chose de jouissif que l’on ne s’explique toujours pas.

Ce concert d’Eyehategod est d’ailleurs assez symbolique du Freak Valley Festival. Entre le check des musiciens et le début du concert il est de coutume que notre grand copain barbu vienne annoncer le prochain groupe. C’est le rituel, depuis le premier concert de la première année jusqu’au plus petit concert de la deuxième scène en fin de matinée, à l’ancienne. Et là donc, en plus d’annoncer le groupe suivant il y avait le tirage au sort de la tombola (pour gagner une veste à patch collector, ça ne s’invente pas). À chaque début de phrase notre blagueur de Jimmy Bower lançait donc un gros larsen pour couvrir notre barbu préféré. Une fois, deux fois, trois fois. Fou rire général sur scène comme dans le public. Si on ajoute à cela une jeune femme nouvellement mariée qui vient sur le bord de la scène, se retourne et lance son bouquet dans les premiers rangs, vous avez une petite idée de cette ambiance si particulière. À l’allemande, en toute simplicité, entre copains.

Moins connu du grand public, mais adulé par les amateurs, le trio ricain d’Egypt a lui aussi fait de sacrés dégâts le samedi à l’heure du café. Oui c’est comme ça au Freak Valley, il n’y a pas d’heure pour la savate. Groupe culte après un unique EP (Valley Of The Kings, 2009), Egypt est revenu sous la pression populaire avec un album en 2013 (Became The Sun) et un EP avec les texans de Wo Fat la même année. Le blues version 2015, très (très) gras, en toute décontraction et avec efficacité. Pour une première tournée européenne c’est un coup de maître !

Ambiance5Le Freak Valley a le mérite de mettre en avant des groupes qu’on voit très peu ailleurs, et c’est aussi pour ça qu’on y va. Je me souviens m’être dit “Tiens, ça serait quand même pas mal de les avoir au Freak Valley l’année prochaine” quand je me passais en boucle l’album “Darkness Dies Today” sorti par Sigiriya chez Candlelight l’année dernière. Évidemment le groupe était annoncé 10 jours après. En dehors des groupes établis et déjà vus c’était sûrement celui que j’avais le plus hâte de découvrir sur scène pendant ces 3 jours (à égalité avec Goatsnake, qu’on va retrouver juste après…). Et les gallois ont été au rendez-vous ! C’est sûrement le groupe le plus excitant aujourd’hui dans le registre “NOLA version européenne”. Leur prestation du vendredi après-midi était tout simplement bluffante. L’accent a été mis sur le dernier album avec des titres qui passent merveilleusement bien l’épreuve de la scène, le gros son et l’énergie en plus. Mention spéciale à Matt Williams, vocaliste de son état, impeccable de bout en bout, la définition même d’un frontman qui fait du fucking rock n roll et mange littéralement la scène.

Pour terminer l’apologie du saint gras, il fallait absolument évoquer Goatsnake. Groupe mythique issu de The Obssessed, Goatsnake revient cette année avec “Black Age Blues”, seulement son troisième album en presque 20 ans (et le premier en 15 ans). Un véritable bijou de blues doom qui va vite devenir un classique. La preuve avec la prestation du groupe en début de soirée, le premier soir de ce Freak Valley 2015. Claque monumentale pour une bonne partie des festivaliers si l’on en croit les retours pendant le concert. Il faut dire que c’est musicalement très bien en place. Et que Pete Stahl se démène comme un damné derrière son micro et son harmonica pour ajouter cette touche “classic” (classic doom, classic rock, comme vous le sentez), marque de fabrique du groupe. Une mandale à tous les étages qui rend tout groupe suivant inutile (pauvres Blues Pills).

monkey3, en voyage intersidéral dans la nuit allemande

20150605_152610Le stoner d’aujourd’hui est très varié. Bien sûr il reste quelques groupes qui pompent allègrement Kyuss sans trop s’en cacher. Ou Queens Of The Stone Age pour les plus pop. Mais il y a aussi beaucoup de groupes qui ont su trouver leur style en partant d’un son “du désert” à base de basse bien lourde et de guitares qui groovent et qui tâchent. Plus métal pour certain, plus psychédélique pour d’autres. Mais dans chaque sous-genre plus ou moins officiel (j’entends par là officialisé par une appellation journalistique foireuse qui ne sert à rien) il y a des pionniers, des groupes qui sortent vraiment du lot. Bizarrement ils passent tous un jour ou l’autre au Freak Valley. Il était temps que monkey3 y fasse une halte. Et de nuit s’il vous plaît.

Il est bien loin le temps où les 3 (puis aujourd’hui 4) Suisses galéraient pour trouver des concerts tout juste correctement défrayés sur des tournées de quelques jours seulement. C’était le cas la dernière fois que je les ai vus jouer, dans une configuration radicalement opposée à cette scène du Freak Valley, dans la mythique Chimère lilloise (80 personnes en poussant les murs au maximum et en se tenant chaud). Autant dire que le contraste est assez violent. La performance elle, est toujours du même niveau. Le son et la lumière d’un festival de ce calibre faisant passer le groupe dans une autre dimension. On touche la perfection, on ne peut même plus aimer ou ne pas aimer un tel concert. On est juste pris au piège du voyage interstellaire de monkey3. Les temps changent mais le groupe suisse mérite toujours son trône. Renversant.

Kamchatka, par KO

Kamchatka fait partie de ces groupes injustement méconnus en France qui sort pourtant album ultime sur album ultime depuis bientôt 10 ans. Depuis le “Volume 1” jusqu’au très bon “Long Road Made Of Gold” sorti il y a quelques jours, le groupe suédois a toujours su se renouveler en gardant une patte reconnaissable en un seul riff ou quelques notes de guitare. Pour moi, et pour beaucoup de mes compatriotes, le dernier concert de Kamchatka remonte à une première partie de Clutch au VK de Bruxelles en 2009. Ça date.

Depuis, le groupe a continué d’enchaîner les perles avec un “Bury Your Roots” de haute tenue et son titre culte “Perfect” qui ouvre l’album et encore aujourd’hui de nombreux concerts du trio, comme en ce milieu d’après-midi sur la scène de Netphen. Ils ont surtout recruté rien de moins que Per Wiberg (ex-Opeth, ex-Spiritual Beggars, ex-King Hobo…) pour tenir la basse et apporter une deuxième voix intéressante dans leur musique. Un choix payant sur album qui se ressent à l’épreuve du live tant Kamchatka tient la scène avec sa section rythmique ultra solide et son guitariste soliste génial. Un rouleau compresseur de blues/rock aux accents jazzy entre gros riffs et soli de guitare décapants. Sans tomber dans la facilité et dans la branlette de manche. Ce qui ne gâche rien.

Malgré un set de seulement 50 minutes, le groupe réussit à balayer quasiment tous ses albums tout en présentant 3 morceaux de son dernier né. Un tour de force possible en réduisant un peu les plages d’improvisation habituellement très présentes dans les concerts du groupe. De quoi privilégier l’efficacité, un choix payant en festival. Une confirmation pour les initiés, une grosse découverte pour les autres, Kamchatka a encore une fois prouvé sa valeur devant un public connaisseur et conquis. En espérant désormais que leur carrière explose un peu dans nos contrées pour les revoir un peu plus souvent que tous les 6 ans. L’apport de Per Wiberg aussi bien du point de vue musical que “business” devrait pousser dans ce sens, en tout cas on l’espère. La pépite suédoise longtemps trop bien cachée à l’ombre des groupes rétro bankable est lancée à pleine vitesse sur l’Europe du rock n roll, vivement la suite.

Ambiance1Il y aurait encore beaucoup à dire sur tous ces groupes passés pendant le week-end par les deux scènes du festival. Blues Pills, le groupe multinational élevé en quelques mois en nouvelle sensation retro rock, a fait de gros progrès depuis son passage de l’année dernière, c’est indéniable. Orchid est bien le meilleur groupe de reprises originales de Black Sabbath, tellement copié-collé que ça en devient franchement gênant sur certains titres, mais le public teuton adore et les propulse en tête d’affiche. Le krautrock tout droit venu des 70s des papys allemands de Broselmaschine n’a pas pris une ride et passe très bien même s’il fait un peu figure d’ovni sur le week-end. Siena Root s’auto-caricature en Rainbow des temps modernes à coup de virtuoses et de soli à rallonge. The Muggs s’affirme toujours un peu plus comme une valeur sûre sur scène, à la “Firebird de Detroit”, une sauce qui prend très bien. Et enfin Earthless est toujours aussi costaud sur scène, un peu long sur les parties instrumentales pour une fin de festival avec la fatigue accumulée, mais carrément jouissif sur ses reprises d’Hendrix et Led Zep en rappel.

Comme vous l’aurez compris, le week-end a été riche en rencontres, en anecdotes et en concerts que l’on n’oubliera pas de si tôt. Une nouvelle édition parfaite à tous les plans pour l’équipe du Freak Valley Festival qui nous accueillera donc une nouvelle fois début mai 2016. On vient à peine de rentrer qu’on a déjà envie d’y repartir. Avec les copains. À la maison.

 


Thomas Gouritin


Kankoiça
juin 2015
L Ma Me J V S D
« mai   juil »
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930  
Koiki-ya