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ANDREW MASON, un producteur qui en a [CINÉ]

ANDREW MASON, un producteur qui en a (sous le capot)

Une fois n’est pas coutume, nous avons rencontré un producteur, mais pas n’importe lequel, puisque non seulement Andrew Mason est plutôt (très) bon esprit pour la profession, mais en plus a-t-il à son actif quelques belles réussites, dont notamment Dark City, The Crow et la trilogie Matrix (oui, bon, les second et troisième volets sont quand même de sacrées daubes, nous vous le concédons sans rechigner)…

 

  • MatrixMatrix est-elle une œuvre qui n’aura pas de mal à affronter le temps ?

J’ai tendance à croire que le film sera toujours d’actualité, considérant que maintes personnes seront toujours intéressées par le fait que notre entourage n’est pas la réalité. C’est une question existentielle basique : et si tout cela n’était pas réel ? Et tout film qui soulèvera cette question aura une vie plus longue, car cette question suscitera toujours des interrogations et probablement de la part de jeunes personnes.

  • On trouve un élément récurrent dans la majeure partie de vos productions : pourquoi ce penchant pour les cache-poussière ?

Je possède une énorme collection de grands et longs manteaux noirs. Tous les personnages des films que j’ai produit en possèdent un. Que ce soit dans The Crow, dans Dark City, dans Matrix, dans le sequel de Matrix… Plus récemment, dans I Frankeinstein dont le metteur en scène est Stuart Betty, le personnage principal est la créature de Frankenstein, il vit encore de nos jours et… il porte un long manteau noir. Je complète ma collection.

  • I frankensteinY a-t-il de ces manteaux noirs dans Silent Hill

Oui, il y a en un qui était plutôt de cette couleur, mais j’ai dû le noircir pour l’occasion.

  • Vous avez de bonnes connections en France… 

Je possède pas mal de connections cinématographiques en France remontant à l’époque de Dark City. Le film avait été distribué via Metropolitan Film et son directeur Samuel Hadida. Il y avait eu une projection à Cannes et le public français avait beaucoup mieux compris le film que partout ailleurs. Je pense que le public français est le plus sophistiqué du monde.

  • Il est peut-être le plus amoureux de Jennifer Connelly !…

Il pourrait en effet être le plus amoureux de Jennifer Connelly et cela est très aisé à comprendre. Donc j’ai gardé ce contact, car c’est Samuel Hadida qui m’a ensuite présenté Christophe Gans. Samuel avait produit Silent Hill que j’ai fait avec Christophe Gans au Canada. Puis j’ai travaillé avec Christophe Gans sur deux films qui n’ont pas abouti. Cela m’a ouvert d’autres portes.

  • The CrowJusqu’à Anne Fontaine, par exemple ? 

Effectivement, mais par un chemin très détourné. Il y a un projet que Christophe menait avec Philippe Carcassonne qui est le producteur du film d’Anne Fontaine. En discutant de ce projet, nous avons été amenés à parler d’un autre projet que Philippe avait avec Anne et qu’ils envisageaient d’aller tourner en Australie. C’est toujours comme ça que ça se passe. Une connexion en amène à une autre et ainsi de suite.

  • On vous connaît comme producteur, mais vous avez aussi travaillé sur les SFX… 

Je me suis enfui de l’université. Mon père voulait que je continue mes études, mais ça n’a pas duré très longtemps. J’ai trouvé un boulot comme assistant monteur. Je savais monter un film de façon propre et carrée, mais je manquais d’inspiration. D’autres étaient plus talentueux que moi. Un jour, j’ai fait un test pour une publicité télévisuelle. J’avais plusieurs copies de séquences ; j’ai demandé à deux amis de les monter et j’en ai fait de même. Puis j’ai comparé et j’ai compris qu’ils avaient vu quelque chose dans ces enregistrements que j’avais complètement zappé. Ils avaient vu une possibilité de terrain pour une contribution artistique différente que je ne possédais pas. J’ai décidé à ce moment de devenir producteur. D’aider les autres à amener leur vison artistique. J’ai compris que je pouvais faire le travail, mais que je ne pouvais pas apporter le petit plus qui ferait la différence.

  • Que regardez-vous en premier quand vous décidez de produire un film ? Les SFX ?

Non, les effets spéciaux ne sont qu’un outil comme les autres. Trente, quarante ou cinquante ans en arrière, les effets spéciaux faisaient peur à beaucoup de gens. Ils étaient onéreux et difficiles à réaliser. Ce n’est plus le cas de nos jours. Les effets spéciaux sont à ranger aux côtés du département costumier ou des décors. C’est un outil qui me vient automatiquement à l’esprit pour aider quelqu’un à raconter une histoire. Si le réalisateur du film veut une scène d’un crash d’hélicoptère sur un hôtel, je suis capable de la lui fournir à bon marché. Si ce metteur en scène veut absolument cette scène afin de narrer son histoire, je m’arrangerais pour qu’il la fasse dans les meilleures conditions. Je suis beaucoup plus intéressé par des films qui ont un message à véhiculer, qui soulèvent des questions. Autre chose que juste un film. Une fois que vous avez cette histoire, vous espérez que celui qui raconte cette histoire utilisera toutes les ressources que vous lui avez apportées.

  • Dark CityQu’est-ce qu’être un producteur de nos jours ?

Il existe six ou sept boulots différents regroupés sous l’appellation « producteur ». Il y a celui qui doit lever des fonds, celui qui doit mettre en place la distribution des rôles, celui qui développe le scénario, celui qui doit être présent chaque jour sur le plateau afin d’aider le metteur en scène à résoudre les problèmes, celui qui doit faire le marketing du film dans le monde entier. Différentes personnes s’occupent de chacun de ces travaux. Et si le film possède un plus gros budget que la normale, vous avez besoin de toutes ces personnes. Un seul individu ne peut y arriver tout seul. L’idée est de trouver des producteurs pouvant marier aisément ces talents.

  • Si vous n’aviez que 2 films à emporter sur une île déserte de vos propres productions, quels seraient vos choix ?

Certainement Dark City. Dark City est le premier film que j’ai entièrement produit. Et c’est une histoire qui me hante tous les jours et je suis intrigué par cela. Le second serait Tomorrow, When The War Began qui est la première réalisation de Stuart Beattie. Il y avait un public pour ce type de roman en Australie et ce film lui a apporté exactement ce qu’il recherchait. C’est ce que j’aime en fait : donner au public ce dont il a besoin.

  • Quel film a changé votre vie ?

A Man for All Seasons. C’est un film tiré de la pièce de Robert Bolt sur le personnage de Sir Thomas More, l’homme qui s’érigea contre Henri VIII. C’est probablement le parfait condensé des principes et codes moraux. Et si vous réussissez à trouver une œuvre d’art qui épouse à la perfection vos convictions morales, vous devez la chérir.

 


Eric Coubard


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