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2 westerns de DELMER DAVES [DVD/BRD]

2 westerns de Delmer Daves

Il n’y a pas que John Ford ou Sergio Leone —pour rester sur les deux réalisateurs les plus populaires du genre— pour fournir des westerns de qualité, il faut aussi compter notamment sur Delmer Daves (1904-1977), auteur du mythique la Flèche Brisée (1950), connu pour être l’un des premiers films à prendre parti pour les Indiens, mais aussi du célèbre 3h10 pour Yuma (1957) avec Glenn Ford et Van Heflin, et de Cow-boy (1958), au titre évocateur, avec Glenn Ford, son acteur fétiche, et Jack Lemmon, ces deux derniers venant de sortir (chez Carlotta) dans des versions restaurées sublimes.

 

3h10 pour Yuma3h10 POUR YUMA (en Arizona, dernier état à entrer dans l’union, un personnage à part entière du film) date de 1957. Ce film sera l’objet d’un remake de James Mangold sans grands éclats, et qui n’apportera rien de neuf. Dans les rôles-titres, on retrouve Glenn Ford/Russel Crowe/Ben Wade et Christian Bale/Van Heflin/Dan Evans. Dan Evans, fermier endetté, et ses deux fils assistent sans le vouloir à une attaque de diligence et des meurtres déloyaux. Ben Wade est désigné coupable, le fermier est volontaire pour le conduire au train pour Yuma afin qu’il soit entendu au cours de son procès. Le chemin n’est pas de tout repos, car il faut compter avec les fidèles de la bande de Wade.

La frontière est ténue entre bien et mal. Il y une morale dans l’histoire. Deux mondes s’affrontent, celui des hors-la-loi et celui du bon fermier, la loi s’oppose au désordre, une des thématiques chéries du western avec l’univers manichéen. Tous les éléments mis en scène désignent clairement le genre western. Rien n’est laissé au hasard et a valeur de symbole comme l’environnement dans lequel évoluent les personnages. Les mouvements de caméra sont remarquables, car ils participent à l’action et à la psychologie des caractères. Beaucoup d’émotions parsèment l’ensemble du récit, le noir et blanc ne pose pas de problème. Il est admis dès le départ et d’origine. Il y a même une dimension religieuse qui accompagne la figure de l’anti-héros. La caméra est souple, elle voyage en même temps que les hommes. Un certain suspens monte crescendo. Le western reste un incontournable, même au-delà du goût prononcé des passionnés pour cet univers. Le train, synonyme de progrès, tient une place de choix et vole par certains côtés la vedette aux deux hommes, l’horaire du train devenant le sujet incontestable du film. Ces westerns décrivent les relations entre les hommes de l’Ouest et les valeurs morales. Les suppléments apportent un enrichissement cinéphile, notamment lors de l’entretien avec l’un des fils de Daves. Sur les traces de son père, il est devenu chef opérateur.

 

Cow-BoyCOW-BOY met en scène un duo d’acteurs surprenant. Glenn Ford, une belle gueule qui crève l’écran, avec un certain charisme, il est un habitué des films de Daves. Il interprète ici Tom Reece, le chef fermier d’une bande de cowboys indisciplinés. La bande est le reflet d’un mode de vie nomade, principalement occupée à l’acheminement du bétail jusqu’au Mexique. Jack Lemmon n’est pas encore l’acteur remarquable qui va mener une brillante carrière. Son physique particulier sert justement le rôle, il est à contre-emploi de l’image attendue du cow-boy. Le western raconte l’histoire de Frank Harris, réceptionniste d’hôtel un brin fleur bleue, qui souhaite adopter le mode de vie des hommes de l’Ouest. L’amourette avec la fille d’un riche marchand de bétail et propriétaire terrien mexicain est un prétexte pour se lancer dans une incroyable virée. Cette inclination amoureuse passe au second plan, et suffit à donner l’occasion au réalisateur de montrer la vie coutumière des Mexicains. Au départ, Frank Harris est maladroit et peu sûr de lui, son accoutrement témoigne d’un manque d’assurance évident, mais il acquiert rapidement les manières rudes des hommes de l’Ouest à la peau dure et tannée. Le film s’ouvre au fur et à mesure sur les grands espaces, plus la plaine s’agrandit plus l’homme s’affirme davantage, il a le souci du détail. Frank Harris défie Tom Reece en permanence et le pousse dans ses retranchements. Un duel d’ego s’engage, il fera naître un réel attachement de père/fils, le spectateur est le témoin privilégié de cette surprenante évolution affective.

Alors qu’au début du film Harris salue un couple d’Indiens, une autre tribu attaque le convoi et se fait abattre à grands coups de rafales de fusils. Les bonnes vieilles recettes du western fonctionnent là encore ! Mais le réalisateur fait preuve d’audace en montrant le quotidien de ces hommes privés de présence féminine, le personnage du shérif étant un exemple probant. D’aucuns diront que le film a vieilli, mais le western reste attaché et très ancré dans l’histoire des États-Unis d’Amérique. Pour connaître et comprendre la construction et l’histoire du pays, il est nécessaire de passer par le spectacle du western, tout comme par le spectacle des films de super héros qui apportent également un éclairage supplémentaire sur la construction politique de cette nation. Le film est remastérisé pour le plus grand plaisir des spectateurs. Les suppléments proposent la deuxième partie d’un entretien avec le fils du réalisateur.

Disponibles en Blu Ray disc master HD et dvd master restauré en VO et VF le 24 juin chez Carlotta

 


Sophie Sevestre


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