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VERONIQUE PICCIOTTO : de l’art, pas de la cochonne

veronique BD1VERONIQUE PICCIOTTO : de l’art, pas de la cochonne

Il y a encore de vrais artistes. De ceux qui tombent amoureux d’un film, Strip Search, écrit par Tom Fontana et dirigé par Sydney Lumet pour HBO. Et qui sacrifient un temps de leur vie pour monter ce projet en une pièce de théâtre poignante. À Nu, c’est l’histoire d’une immersion au cœur des méthodes d’interrogatoire. À Nu, ce sont les droits de l’homme bafoués. À Nu, c’est l’histoire d’un couple, Véronique Picciotto et Marc Saez, qui se bat pour ses idées et se met à poil pour les défendre.


 

  • Comment s’est passée votre première pendant le festival d’Avignon ?

Véronique Picciotto : Ça a super bien marché. Nous avons eu d’excellents retours. Malheureusement, on a pu compter que sur nous pour monter cette pièce à Paris.

  • Sont-ce les mêmes comédiens ?

Non, Pascale Benizane remplace Marie Lenoir. La pièce se joue dans un très beau théâtre de 250 places.

  • Vous faites beaucoup de doublages et œuvrez pour la Compagnie des Séraphins. Cela explique–t-il votre discrétion sur les écrans ?

Depuis Rires et Châtiments, j’ai tourné deux autres films. Mais on m’a coupé au montage. Il est vrai que je m’occupe des spectacles et des projets de la Compagnie, ce qui me prend énormément de temps.

  • Marc Saez a-t-il pensé tout de suite à vous afin d’interpréter le rôle principal ?

Il m’a montré le film et j’ai trouvé l’idée séduisante et intéressante. Surtout qu’il m’est arrivé de rester en garde à vue pendant une dizaine d’heures dans un pays étranger. Je fus confrontée donc à ces mêmes problèmes dans une moindre mesure, pour un petit délit que je n’avais pas commis. Tu te retrouves démunie comme la protagoniste de la pièce. Bref, j’ai craqué au bout de dix heures et j’ai signé un document dont je ne savais même pas le contenu. Juste pour sortir de là. J’avais l’impression d’être dans un mauvais film.

  • A NU2Vous avez transposé le film en un huis clos…

Ça marche très bien au théâtre. C’est très jouissif à jouer. Tout le monde peut devenir une victime, ou un tortionnaire si l’on pense que sa cause est juste. La pièce pose un regard philosophique sur tout ça. Quelle est la valeur d’aveux extorqués par la pression ? On peut tous craquer et avouer des choses que l’on n’a pas commises.

  • La nudité provoque une gêne. Qui est le plus inconfortable ? Le spectateur ou vous ?

Le spectateur. Je suis dans un rôle, dans une garde à vue qui se termine par une mise à nu. Ce n’est pas du nu pour faire joli. C’est très violent. Je deviens un objet. Le public n’est pas gêné par la nudité, il est bouleversé par l’acte violent. C’est un spectacle chargé émotionnellement, on ne va pas dans la provocation malsaine.

  • Une affiche, un titre, pensez-vous attirer aussi quelques voyeurs ?

Peut-être, je ne suis pas la seule à être nue dans la pièce ! Ils vont être pris par autre chose. Ils seront vite dans l’émotion plutôt que dans le voyeurisme. Je comprends que l’on puisse avoir une petite curiosité malsaine. D’ailleurs, lors d’un interrogatoire, si l’on dénude quelqu’un, c’est qu’il existe un rapport particulier à l’intimité.

  • Quel est votre rapport avec la séduction ?

Je pense que la séduction peut prendre tellement de formes… Ce qui nous séduit est bien plus mystérieux que ce que les magazines de mode veulent bien nous faire croire. C’est un mélange de nos désirs conscients et inconscients, de notre histoire et de l’influence aussi du monde dans lequel nous vivons (la fameuse triangulation du désir…)

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  • Êtes-vous exhibitionniste, voyeuse ?

Ni l’un, ni l’autre ou l’un et l’autre… Nous avons tout en nous et c’est que nous explorons, nous les comédiens. De là à se caractériser comme tel, non. Ce n’est pas parce que j’ai joué des rôles où j’apparaissais nue que je suis exhibitionniste. J’ai toujours servi un propos et il se trouve que je n’ai pas de problème avec la nudité à condition qu’elle soit justifiée. D’autant que je joue un RÔLE, même si c’est mon corps qui en est le support.

  • Trouvez-vous le cinéma français actuel sensuel ?

Non pas vraiment… Je trouve que le sensuel, c’est ce qui ne peut pas se dire (ce qui fait appel à nos sens) et le cinéma français est un peu trop bavard pour ça. Je dirais que ce n’est pas trop la tendance du cinéma français. Le sensuel étant, je le précise, différent du sexuel. Ce n’est pas parce qu’il y a une scène « de cul » que le film est sensuel… Mais il y a des films français sensuels, certains me reviennent à l’esprit : L’homme qui aimait les femmes, L’homme blessé (et pas parce qu’il y a une scène de fellation), Péril en la demeure et Le Secret de Virginie Wagon que j’ai vu récemment. En fait, ce sont des films qui montrent le désir en aiguisant nos sens.

  • Quelle est la scène qui vous a fait le plus fantasmer au cinéma ?

Dans le film Au-delà de Clint Eastwood, la scène pendant le cours de cuisine où Matt Damon et Bryce Dallas Howard se font goûter des aliments les yeux fermés. La scène est incroyablement sensuelle car le désir n’est suggéré que par l’éveil des sens.

  • Tourneriez-vous une scène lesbienne à l’instar de la Vie d’Adèle ? Comment la jugez-vous ?

J’ai beaucoup aimé le film, ce qu’il racontait sur la différence sociale et culturelle et ce que cela peut engendrer en amour. Ça m’a fait penser à La Dentellière, un film de Claude Goretta avec Isabelle Huppert. C’est étonnant que l’on ait parlé que des scènes sexuelles… Ça ne me semble pas le plus intéressant du film. Mais oui, bien sûr que je tournerais ce genre de scène si le scénario est aussi intéressant et si j’ai confiance en le réalisateur, car il faut être d’accord avec lui sur son point de vue pour tourner ce type de scène. Ceci dit, la scène de sexe dans La Vie d’Adèle me semble trop longue et manque de sensualité je trouve. Mais ce n’est que mon de vue, bien sûr…

  • Comment réagissez-vous à une fellation cinématographique (Le Diable au corps, Intimité, 9 songs , Brown Bunny, Antares…). Le feriez-vous ?

J’ai l’impression qu’une scène de sexe, c’est vraiment un super coup de pub pour le film, car qu’est-ce que ça fait parler !!! Je ne suis pas pour faire réellement les scènes de sexe sur un tournage. Je suis toujours abasourdie quand un réalisateur met en avant le réalisme pour demander aux acteurs de le faire. Dans ce cas, par souci de réalisme, tuons vraiment les autres acteurs si nous jouons un rôle de tueur !… Il me semble que l’art est une sublimation du réel. Alors est-on vraiment obligé de montrer un sexe dans une bouche ou dans un autre sexe pour signifier un acte sexuel ? La suggestion est souvent plus forte. Ceci dit, j’ai beaucoup aimé Intimité, sur ce que ça racontait justement de cette intimité dans l’acte sexuel qui est bien plus que du « cul »… Et c’est pour cela que l’acte sexuel n’est pas anodin et qu’il ne doit pas être traité à la légère justement dans un film. Je pense donc que pour Intimité, les scènes sexuelles sont nécessaires au thème du film mais les faire réellement ne me semble pas nécessaire.

  • Une actrice risque-t-elle d’être facilement cataloguée en donnant ainsi de son corps ?

En tout cas, c’est un sacré coup de pub pour les actrices, car ça fait beaucoup parler d’elles… Beaucoup d’actrices ont été mises en lumière après avoir tourné des scènes « croustillantes ». Il ne faut bien sûr pas se cantonner à ce type de rôles. C’est la seule manière de ne pas être cataloguées. Ça peut aussi être préjudiciable car quand on tourne ce type de scène, on suscite aussi beaucoup de fantasmes chez les spectateurs et chez certains réalisateurs aussi et cela peu devenir gênant d’être contactée pour de mauvaises raisons et de recevoir des demandes particulières…

  • Pour Suivez la Flèche, toutes les scènes de sexe sont-elles simulées ? Un célèbre réalisateur français me disait que 80% du temps, les comédiens le faisaient réellement.

Que ne raconterait pas un réalisateur pour faire parler de son film ! Je connais un réalisateur qui a fait courir le bruit que les acteurs avaient tourné réellement les scènes de sexe alors que j’ai rencontré par la suite les acteurs pornos qui avaient été leur doublure pour ces scènes. Non, sur Suivez la flèche, les scènes de sexe sont totalement simulées ! Au risque de vous décevoir… C’est d’ailleurs très drôle de penser à quel point les spectateurs fantasment sur le tournage de ces scènes alors que ce sont souvent des scènes très « techniques » à tourner. Les mouvements et positions sont très précis, ce qui ne donne pas aux acteurs libre cours à beaucoup de plaisir.

  • suivezlafleche8Quelle actrice vous bluffe-t-elle dans ses choix ?

Je suis bluffée par les choix de Charlize Theron. Elle me surprend toujours dans son interprétation et je trouve qu’elle se surpasse à chaque fois. J’aime sa générosité d’actrice.

  • Quel metteur en scène vous fait envie de vous surpasser ?

Celui qui aura envie de travailler avec moi !

  • Vous n’en avez pas marre d’avoir un mari metteur en scène qui vous exhibe constamment ?

Je ne dirais pas que c’est de l’exhibition. Il se trouve que deux fois de suite le scénario a voulu cela. Toutes les comédiennes de la planète sont passées par là.

  • Pas forcément sous la direction de leur conjoint.

Il n’y a pas de jalousie, ni de manipulation entre nous deux. C’est l’histoire d’un metteur en scène qui est amoureux de sa comédienne.

  • Quel sentiment domine à la fin de l’aventure À Nu ?

Je suis très heureuse d’avoir participé à cette aventure car le sujet de ce spectacle est fort et créateur de réflexion. La presse et le public ont salué unanimement ce travail, ce qui évidemment est une forme d’accomplissement. Néanmoins, je trouve que ce spectacle n’a pas été suffisamment à la rencontre du public (aucune tournée n’est prévue). Nous n’avons joué que sur Avignon et Paris. C’est un thème qui aurait dû être représenté sur un territoire plus grand pour pouvoir toucher davantage de public. Les directeurs de salles sont très frileux quant au thème (le terrorisme, la torture, la liberté…) et à la forme (nu sur scène). Ce qui fait que même en ayant été séduits, ils hésitent à donner à voir ce type de spectacle à leurs concitoyens de peur des réactions que cela pourrait engendrer. Mais ils se trompent car le théâtre est fait pour cela, donner à voir le monde dans lequel nous vivons et provoquer la réflexion… Nous aurions pu organiser des débats après le spectacle car le public est très friand de ces échanges d’opinion. On a tendance à sous-estimer les attentes du public qui est bien plus curieux que certains ne le pensent.

  • Quels sont vos projets ?

Je travaille actuellement sur l’écriture d’un spectacle très particulier sur les femmes. Nous vivons une époque où nous devons être vigilantes car les droits acquis ne le sont pas depuis longtemps et ont tendance à régresser… Alors ce sera encore un sujet fort et controversé j’en ai peur !

 


Eric Coubard, photos©Marc Saez, DR

 


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