Abonnez-vous !

WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

Nous savons qui a tué le monde [CINÉMA]

Nous savons qui a tué le monde

Je viens de regarder le fantastique dernier épisode de la série Mad Max, Fury Road (non, ne vous faites pas de bile, je ne vais pas dévoiler grand-chose de l’intrigue). L’approche que Miller a de son anti-héros post-apocalyptique est bien dans la lignée de ses précédentes incarnations ; Max agit toujours pour sa propre personne mais quand on lui met la pression il finit par rallier, à son corps défendant, la bonne cause.

DSC_3888.JPGDans Fury Road, cependant, c’est Furiosa qui est la vraie héroïne du film. Le film adresse assez directement des thèmes féministes (« nous ne sommes pas des choses » est assez explicite) et écrase quelques fantasmes patriarcaux, au point que quelques détestables imbéciles, défenseurs auto-proclamés des « droits des hommes », ont jugé bon d’appeler au boycott du film sous prétexte qu’on les aurait forcés à regarder de la « propagande féministe ».

Il a fallu convaincre Princesse Benally de voir le film car elle est, à juste titre, lasse de ce genre de cinoche bourré de testostérone. Même si ce fut éprouvant pour elle, elle a été vraiment surprise de voir qu’il passait le test de Bechdel (surtout quand on voit le peu de dialogues qu’il y a dans le film). Par contre, on a pas mal reproché au film de ne pas inclure dans le monde post-apocalyptique qu’il dépeint une grande portion de personnages de couleur. Il a vraiment fallu que Miller y mette du sien pour ne faire figurer que des blancs dans un film principalement tourné en Namibie. #colonialismecinématograhique, peut-être ? On pourra toujours penser qu’Entité, le personnage du Dôme du Tonnerre, aurait pu faire son retour, mais il y a quand même quelque chose de révélateur à observer des blancs projeter tant de peur au sujet de ce qu’ils pourraient bien se faire les uns aux autres si ça commençait à barder sérieusement.

Au fond, j’ai toujours été fasciné par les récits de science-fiction post-apocalyptiques, c’est peut-être le misanthrope en moi qui aime ça, à moins que ça ne soit en rapport avec les questions philosophiques sous-jacentes au genre. Comme la question centrale de Fury Road : « Qui a tué le monde ? ». Je ne vois pas un monde indigène qui serait tué, mais plutôt un monde basé sur le capitalisme, la suprématie blanche et l’hétéro-patriarcat qui prendrait fin. L’Apocalypse, après tout, signifie bien le « retrait du voile qui cachait la chose ». Je ne vois pas le « chaos » et le « désordre » de l’apocalypse de Mad Max comme une forme d’anarchie, mais plutôt comme la conclusion logique d’une civilisation industrielle basée sur l’exploitation de Mère Nature et de ses enfants. Peut-être est-ce juste la sensation que ce sont les cultures indigènes qui sont en quelques sortes reflétées dans le retour à la nature qui ferait suite à l’effondrement de la civilisation. J’imagine qu’en tant que survivant d’un peuple indigène, je me sens plus comme un observateur ou un mis-anthropologue du cinéma post-apocalyptique que comme un de ses protagonistes. Après tout, certains d’entre nous savent encore ce que c’est de ne vivre qu’avec une terre et la présence des uns et des autres.

L’apocalypse a toujours été une métaphore intéressante de la pop culture qui évoque l’imaginaire collectif concernant notre situation actuelle et notre avenir. À une époque de catastrophe climatique globale, d’extinction de masse et de capacité croissante à générer une destruction de masse, il reste de moins en moins de place pour l’imaginaire. La série originale de la Planète des Singes de Schaffner évoquait la guerre, l’apocalypse nucléaire et la suprématie blanche (bien qu’y voir Charlon Heston soit devenu pénible). La fin dans la série Mad Max commence par une pénurie de pétrole qui débouche sur une guerre nucléaire.

Il est important d’aller au-delà de ces récits et d’arrêter de fétichiser l’apocalypse pour commencer à se battre contre elle comme il se doit. La question n’est pas de savoir ce qui tue le monde mais de comprendre que nous allons devoir agir en conséquence.

 


Klee Benally / Traduction Yann Giraud / Photos © Warner


Kankoiça
Koiki-ya