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Le livre du jour : LA THÉORIE DE LA TARTINE

Cause à effet d’une tartine beurrée

Au premier coup d’œil, La théorie de la Tartine a des airs de cybercarnet aux allures de roman girlie. Les trois protagonistes, Christophe, Marianne et Paul, étant les trois faces du triangle sociétal de l’auteure Titiou Lecoq. Mais très vite, le sujet (les dérives de l’Internet), l’écriture vivace et le contexte (la mondialisation de la toile) nous donnent envie d’avaler sa tartine beurrée World Wide Web.

La Théorie de la tartineEn effet, à travers ses personnages, elle nous dresse le portrait d’une génération de grands enfants ou futurs parents néo-trentenaires pas sevrés en couches-culottes connectés par ondes WiFi à la toile 24 heures sur 24, par peur de prendre une claque réelle sur le marché concret de l’offre et de la demande.

Son héroïne, Marianne, est d’ailleurs visionnaire puisque son mémoire de DEA, écrit en 2006, à l’ère où les nolifes, tels des maquisards, étaient les maîtres de ce monde parallèle (avant que nos grands-parents sangsues ou nos ex-harceleurs mythomanes ne s’emparent des tchats et ne postent sur leurs blogs online notre vie offline) s’intitule : « Les notions de spectacle et de simulacre à l’heure d’Internet ».

Déconnectés du réel, notre vie et notre intimité nous sont arrachées, tout comme Marianne qui voit ses rapports sexuels divulgués, à son insu, aux bas-ventres du monde entier. Nous sommes en plein dans la loi de Murphy qui énonce que si quelque chose peut mal tourner, alors cette chose finira infailliblement par mal tourner. La tartine beurrée tombera toujours du mauvais côté, sauf si vous êtes vous-même beurré…

La faute à qui ? À nos ventres qui crient famine parce qu’ils veulent hurler haut et fort en direct et en couleur à la terre entière leur ennui quotidien !

Le figurant n’existe plus. Tout le monde est désormais un personnage public. Y compris les nouveau-nés qui voient leurs premiers cris de délivrance forts en gueule, leurs premiers pipis sur une sage-femme turbulente et leurs premiers méconiums inodores diffusés sur le compte facebook que leur ont créé leurs parents bien avant leur naissance… Comment réagiront-ils ces mêmes kids quand, adolescents, ils réaliseront que leurs années bambines auront été disséquées par des nobodies sur la toile ? Nous mettront-ils enfin cette avoinée réelle que nous méritons ?

Malgré un bilan sans concessions de nos pratiques délatrices éhontées anonymes, la tartine, loin d’être indigeste, est avant tout une comédie de mœurs qui se lit en fast reading avec légèreté et sans maux d’estomac.

 

« La Théorie de la tartine », de Titiou Lecoq, Au Diable Vauvert, 22€


Arnaud Delporte-Fontaine

 


Kankoiça
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