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Le film du jour : DEAR WHITE PEOPLE

Dear White People AFFICHEUn film en Noirs et Blancs…

Curieux objet cinématographique que ce Dear White People. L’ironie du titre se déploie tout au long de ce film en demi-teinte.


 

Dear White People1« Dear white people » (Chers Blancs) est la formule d’appel d’une émission de radio. La voix veloutée de Samantha White, jeune métisse engagée, vient ainsi titiller les oreilles des étudiants du campus de Winchester en appuyant là où ça fait mal. Le réalisateur Justin Simien livre un exercice de style pas évident. Avec une BO qui va chercher parfois du côté de la musique classique (« Lettre à Elise » de Beethoven, par exemple), on peut s’interroger sur les intentions du récit.

Un film chapitré, qui commence par la fin, nous fait comprendre que les choses ont mal tourné entre étudiants blancs et noirs. Il lance ensuite un long flashback qui nous montre comment on en est arrivé là. La narration est donc plutôt dynamisée par le procédé et crée une attente chez le public.

Cet étrange échiquier n’a pas peur de prendre des libertés esthétiques : des personnages face caméra, au sourire ironique, dont le nom apparaît en insert. Entre parti-pris et prise à partie, la distanciation est à double tranchant. Vision idéale du rêve américain ? Tout le monde est beau, tout le monde est gentil ? Pas vraiment non.

Pour mettre le feu aux poudres, Samantha et sa clique de Black Panthers en herbe jouent les agitateurs et conspuent les attitudes de leurs camarades blancs. A tel point qu’ils vont jusqu’à les humilier en public. En face, le fils du président de la fac joue le rôle de tête à claques et en même temps, pas si bête et méchant que ça. Ou encore Gabe, amoureux sincère de Samantha. Que dire de Lionel Higgins avec sa coupe afro qui prend toute l’affiche ? En mal d’écriture et de reconnaissance, il est ballotté d’une chambre à l’autre et parvient difficilement à trouver sa place.

Les technologies de communication viennent aussi avancer leurs pions. Ça  commence par le journal télévisé, vecteur des opinions américaines, ça continue avec la radio bien sûr, qui inonde le campus, mais ça se poursuit aussi avec les sms qui apparaissent en médaillon sur l’écran. Même chose pour l’utilisation des chaînes Youtube afin de diffuser au plus grand nombre sa vision du monde ou sa vision de soi. Et n’oubliez pas d’avoir des amis sur Facebook,  avec le quota de Noirs suffisant pour ne pas sembler raciste. Information, désinformation, goût de la mise en scène, désir de se mettre en avant, le rôle de la presse… Critique d’une société trop médiatique, trop orientée, fondée sur le paraître ?

Dear White People2Il y a de nombreux personnages au caractère bien dessiné, jusqu’à la caricature parfois. Une façon de se jouer des stéréotypes fabriqués par les uns pour les autres ? Pour faire bonne figure, l’histoire tente de monter les défauts et les qualités de chaque partie : des Noirs qui veulent être blancs, des Blancs qui jouent les Noirs, des malhonnêtes de toutes les couleurs. De la jeune Noire en perruque blonde et yeux bleus ou du Blanc peint en noir avec des dreadlocks qui est le plus ridicule, qui est le plus à blâmer ?

L’idée du film serait d’appeler au rassemblement alors que les protagonistes ont l’air de vouloir choisir leur camp. On comprend les controverses que génère ce long-métrage. En mettant en valeur les contradictions des uns et des autres, les paradoxes qui sous-tendent les opinions de chacun, le cynisme de tout le monde, pas facile de trancher.

Le réalisateur, noir lui-même, donne son avis à travers l’un des personnages en disant qu’il filme « a black face in a white place » (un visage noir dans un environnement blanc). Même si l’ensemble est divertissant, que le tout est joué avec humour, que cela propose des situations bien écrites, il y a le signe d’un malaise et d’un clivage qui existent toujours et qui justifient qu’on réalise un tel film encore aujourd’hui. Un tel sujet aurait-il eu la même couleur s’il avait été réalisé par un Blanc et Noir ensemble ? À vous de voir.

Dear white people, de Justin Simien, actuellement en salles

 


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