Abonnez-vous !

WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

BIRDPEN : Doom groove [ITW]

Birdpen3Birdpen : Doom Groove through the rabbit hole

Poètes apocalyptiques et musiciens adeptes de l’expérimental, on peut dire que Dave Pen et Mike Bird se sont bien trouvés ! Fondé en 2003, leur groupe « Birdpen » (bon sang, on se demande où donc ont-ils pu dénicher un nom pareil ?) est le précurseur du genre du Doom Groove. Au fil du temps, ces deux acharnés de travail ont accumulé les chansons qu’ils nous livrent au compte-gouttes dans leurs différents albums. Trois ans depuis leur dernier opus, ils reviennent en compagnie de leurs « imaginary friends » pour nous faire groover au bord du précipice de la vie…


 

  • Pour commencer, pouvez-vous décrire ce nouvel album en quelques mots ?

Dave Pen : Et bien, In the Company of Imaginary Friends est un album qui aborde le sujet de l’évasion, le fait de sortir de soi-même. On se laisse aller, que ce soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons. C’est un peu comme de tomber dans un trou et de lutter pour retrouver son chemin vers la surface. Je pense que bon nombre d’entre nous en ont fait l’expérience. Pour résumer, cet album est une réflexion sur jusqu’où votre esprit peut s’égarer et combien il est parfois difficile d’en revenir, de retrouver le chemin du retour… Bref, c’est plus ou moins le concept de l’album.

  • Tomber dans un trou… Cela fait penser à Alice au pays des merveilles.

D.P. : C’est exactement cela. D’ailleurs, il y a une phrase dans une des chansons qui dit clairement « Through the rabbit hole » (à travers le terrier du lapin). Alice au pays des merveilles est au final un livre très sombre, même si c’est une histoire qui semble magique. C’est très psychédélique et étrange…

Mike Bird : Effectivement, c’est une bonne analogie pour cet album.

  • Diriez-vous que vous avez été influencés par l’esprit de Lewis Carroll ?

M.B. : Non, quoique…

D.P. : Peut-être qu’inconsciemment, un peu. Notamment avec le titre « No place like Drone », mais ce n’était pas délibéré. Il y est question de s’échapper, de se cacher certaines choses et de découvrir ce qui vous entraîne vers le bas.

  • Quelles ont été vos influences pour cet album ?

D.P. : En ce qui concerne les paroles, ce sont principalement des réflexions de longue date. Notamment les sujets de la liberté et de la facilité avec laquelle on peut être poussé à bout par le monde qui nous entoure. Cela me rend malade de voir comment le monde peut facilement basculer dans la tristesse, la guerre… Cela rejoint également des éléments de ma vie personnelle. À notre époque, tout tourne autour des selfies, on doit faire partie de tout ce qui se passe tout le temps… Les « Imaginary Friends » (amis imaginaires) sont partout ! Tout le monde est ton meilleur ami virtuel, alors que rien de tout cela n’est réel. C’est un faux monde, une fausse vie et cela rend notre esprit plus fragile. Il suffit parfois de quelques morceaux brisés en nous pour que le tout s’effondre. C’est un sujet plutôt sérieux, sombre même, mais c’est tout ce que j’avais en tête au moment où j’écrivais.

  • On se demande justement qui sont ces fameux « Imaginary Friends » ?

D.P. : Et bien, c’est justement cela ! Sur Facebook, la situation est disproportionnée. Par exemple, vous recevez des demandes d’ajout d’ « amis » que vous ne connaissez même pas. Ce n’est pas réel ! En fait, je ne suis pas sûr d’où…

M.B. : …D’où se situe la limite…

D.P. : …Entre la réalité où l’on vit et le reste… C’est une époque confuse pour nous tous et l’on a parfois besoin d’aide pour retrouver son chemin. Ces amis imaginaires, ce sont, en fait, des parties de notre âme. Les enfants ont souvent des amis imaginaires.

  • 1 Birdpen ©Rahi Rezvani 2014.jpgVous définissez votre musique comme étant du « Doom Groove »…

D.P. : C’est tout à fait correct !

  • Pourriez-vous m’expliquer ce que cela signifie pour vous ?

M.B. : (rire) En fait c’est juste une expression qui résume assez bien ce que l’on essaye de faire ! Il est parfois difficile de mettre des étiquettes sur certaines musiques. On a toujours eu ce problème avec nos albums… Les gens disaient « C’est génial, mais qu’est-ce que c’est au juste ? Je ne sais pas ce que c’est et je ne sais pas quoi faire avec ! ». On a donc créé ce terme pour exprimer plus clairement ce que l’on pense qu’est notre musique en essence.

D.P. : C’est particulièrement pertinent en ce qui concerne notre deuxième album. C’est comme de se tenir face à la fin du monde avec un sourire sur les lèvres. La merde arrive, mais autant en profiter tant que ça dure ! Dans notre travail, le contenu est souvent mélancolique, sombre. Il y a un sens derrière chaque phrase. C’est pourquoi le terme « Doom Groove » correspond assez bien, car oui, cela groove, mais…

M.B. : … c’est aussi empli de ténèbres.

D.P. : Groove ténébreux, en somme ! Et nous en sommes les pionniers ! (rire)

  • Vous semblez être très prolifiques, combien de chansons avez-vous encore cachées dans vos tiroirs ?

D.P. : Des tas !

M.B. : Oh oui, beaucoup trop…

D.P. : Cela s’accumule avec les années. On a passé à peu près deux ans à ne rien faire d’autre que d’écrire et jouer. Dès qu’on finissait une chanson, on passait à la suivante. Il y en a même quelques-unes qu’on n’a même jamais terminées… Mais, si on ne les a pas utilisées à l’époque c’est qu’il y avait une bonne raison. On préfère continuer à avancer.

M.B. : C’est plus important pour nous d’aller de l’avant.

D.P. : On ne regarde pas trop en arrière. Enfin, parfois cela peut arriver et ça peut même être génial, mais on va plus naturellement vers l’avenir… Il y a aussi pas mal de mauvais morceaux dans le tas pour être honnête ! (rire)

M.B. : (rire) Effectivement, on a pas mal évolué depuis !

  • Comment faites-vous le tri entre toutes ces chansons ? Comment choisissez-vous celles qui finiront sur album ?

M.B. : En règle générale, ce n’est pas si difficile que cela. Par exemple, lorsqu’on a fait cet album, le tout nous est apparu de façon très naturelle. Lorsqu’on a fini la dernière session d’écriture, on avait déjà les trois dernières chansons de l’album, dans l’ordre.

D.P. : Quand on démarre quelque chose, on s’accroche à notre idée. Si on décide de faire un album, une chanson nous entraîne jusqu’à l’autre. On avance de chanson en chanson. C’est pourquoi, pour nous, il est si important que l’on connaisse notre direction avant de commencer un projet.

  • Et comment cela se passe-t-il entre vous deux ? Vous est-il déjà arrivé d’être en désaccord sur la manière d’aborder un album ou sur le choix d’une chanson ?

M.B. : À vrai dire, on travaille ensemble depuis si longtemps maintenant que l’on finit par se comprendre parfaitement, en tout cas artistiquement. On arrive à sentir et à comprendre très rapidement ce que l’on est en train de faire, musicalement, et à déterminer si cela va dans le bon sens ou si cela n’ira nulle part.

  • Comment décririez-vous l’évolution de votre musique depuis vos débuts ?

M.B. : Je dirais que cela a beaucoup mûri depuis ! Le fait est que nous continuons à apprendre régulièrement. On utilise des technologies nouvelles, ce qui est marrant et cool. On est plus confiant sur ce que l’on fait et sur ce vers quoi on se dirige. Notre premier album partait un peu dans tous les sens, il y avait beaucoup de chansons. Le second album était déjà plus maîtrisé.

D.P. : On essaye de garder notre son, tout en le faisant évoluer. Spécialement sur cet album, je pense.

M.B. : Oui, ce qui est d’ailleurs assez difficile car on a tellement d’idées différentes. Il faut être prudent à ne pas trop s’éloigner un peu plus à chaque chanson. Je trouve que dans cet album, on a justement su trouver le lien entre les différents morceaux.

  • Expérimenter grâce aux nouvelles technologies est-il quelque chose d’important pour votre groupe ?

M.B. : Assurément, oui. Expérimenter, tester des plug-in…

D.P. : Il y a tellement de nouveaux sons à découvrir, de nouveaux instruments à ajouter, de nouvelles manières de créer un son…

  • Cela fait-il partie du plaisir ?

D.P. : Oui. On fait tout de même attention à…

M.B. : …à ne pas en utiliser trop. On ne veut pas en devenir esclave. Nos instruments principaux sont toujours les guitares et tout ce qui est traditionnellement dans un groupe de rock. Mais, on s’amuse beaucoup avec ces composantes technologiques.

  • Pouvez-vous me parler de votre rencontre ? Qu’est-ce qui vous attire l’un l’autre dans l’univers de chacun ?

D.P. : On s’est rencontré il y a très très longtemps… En fait, on a quasiment grandi au même moment sur la même scène musicale. Quand on s’est effectivement rencontré, j’étais dans un groupe avec des amis et Mike a rejoint le groupe. C’est là que ça a « cliqué » entre nous. On était quatre dans ce groupe, on s’amusait beaucoup, on était jeune. Puis, on a eu un manager, qui était le manager d’Archive, donc on a rencontré Archive. C’était il y a des années et des années, on est tous devenus amis. On partageait une maison et on était un rock n’roll band ! C’était l’éclate ! On avait des petits boulots à côté, mais on voulait tous devenir des musiciens célèbres, avoir un contrat pour un album. Plusieurs fois, on a été proche de ce but et puis on a grandi. Mike et moi avons réalisé que si ça allait se produire, il serait peut-être mieux qu’on se focalise sur ce que l’on faisait tous les deux ensemble. À l’époque, on avait déjà une grande alchimie. On a donc emménagé ensemble dans un appartement, on y a construit un studio. On s’y est enfermé pendant deux ans, à expérimenter des sons, des musiques… à apprendre. Et on a continué comme cela car on était aussi de bons amis, c’est une chose importante à nos yeux.

  • RAHI REZVANI BIRDPEN BACKSTAGE_bd
  • Cela semble si rare d’avoir ce genre de connexion, à la fois amicale et musicale, entre deux artistes…

D.P. : Tout à fait, c’est rare. Et je pense que c’est la raison pour laquelle on continue d’apprécier ce que l’on fait. Et de voir Birdpen évoluer… c’est un peu comme de la mousse ou un spore… C’est la progression la plus lente du monde ! (rire) Mais on s’amuse tellement, avec les personnes qu’on côtoie, les concerts qu’on donne… Ce sont des bons moments.

  • Vous avez effectivement beaucoup de projets annexes à votre groupe, notamment avec Archive. Comment trouvez-vous votre équilibre entre les différents groupes et comment déterminez-vous quelle chanson revient à qui ?

D.P. : Vous savez, en ce qui concerne Archive, c’est un collectif, une très grosse machine qui continue de grossir… Un véritable vaisseau spatial ! C’est vraiment génial de participer à ce projet, mais on garde Birdpen prioritaire pour nous. Archive est si gros et Birdpen a beau être un plus petit groupe, on s’y consacre entièrement. Quand Mike et moi écrivons ensemble, on a une sorte de… C’est étrange, en fait, je ne saurais pas le décrire… Lorsque je suis avec Archive, je me joins aux idées que lance Darius.

M.B. : Il vient vraiment d’un autre monde. Quand on écrit avec lui, on démarre toujours très petit, on part d’un concept. L’important est ce que ça pourrait être, et non pas comment cela va sonner. La chanson mûrit à partir de ce concept, c’est vraiment un processus de création différent du nôtre.

D.P. : Oui, c’est très différent. Pour Birdpen, parfois, on crée une chanson seulement à partir d’un son de guitare qui nous guide. Alors qu’avec Archive, c’est un processus presque cinématographique, c’est beaucoup plus complexe.

  • Lorsqu’on écoute cet album, on a presque l’impression de vous voir en studio prendre du plaisir à le créer… Selon vous, quelle différence y a-t-il entre le plaisir que vous avez à le composer et le travailler en studio, puis de le présenter sur scène au public ?

D.P. : Il y a toujours des différences entre le morceau studio et le live. Les chansons prennent vie d’une manière différente. Très souvent, on change la manière de jouer le morceau lorsque l’on est en concert.

  • Vous sentez-vous davantage comme un groupe de studio ou de live ?

D.P. : Je pense qu’il y a toujours un peu des deux. Quand on est en studio, on est focalisé sur ce que l’on fait, et c’est la même chose quand on est sur la route et qu’on joue les chansons qu’on a créées. Bien sûr, sur la route, on peut aussi créer des chansons qui seront sur le prochain album… Ce sont deux choses vraiment différentes, mais l’une ne va pas sans l’autre.

M.B. : C’est vrai que c’est différent. Quand on est en live, on ne peut pas reproduire exactement ce qui s’est passé en studio. On doit être vigilant à ne pas en faire trop d’ailleurs car la dynamique du live est différente. Cet album, lorsqu’on le joue en live, il prend vraiment de la hauteur. Les réactions du public sur la tournée étaient excellentes. Cela apporte une énergie différente, parfois l’adrénaline prend le dessus sur tout le reste.

D.P. : C’est dans ces rares moments que l’on reçoit quelque chose en retour. Lorsque l’on enregistre, on a aucune idée des réactions que cela peut produire. En live, on reçoit énormément du public.

  • J’aime bien les anecdotes de tournée, en avez-vous en réserve ?

M.B. : Pour cette tournée justement, on s’est rendu en Suède pour la toute première fois. Cela nous a pris deux jours de voiture pour aller jusque-là, et l’on n’a pas vendu un seul album…! (rire général)

D.P. : C’était la première et unique fois que ça nous arrivait !

M.B. : De toute notre carrière, ça ne s’était jamais produit !

  • Le public suédois n’est donc pas sensible à votre art !

M.B. : J’imagine que non !

D.P. : Il faut dire qu’ils nous ont fait jouer dans un Night Club, ça ne devait pas être le bon lieu pour nous…

M.B. : Oui, plusieurs personnes sont venus nous demander « Pourquoi diable jouez-vous ici ? Vous feriez mieux d’aller jouer dans le Rock Club plus bas dans la rue ! ». On aurait peut-être dû y penser avant !… Bref, donc on est reparti pour deux jours de voiture à travers l’hiver… C’était plutôt pénible !

D.P. : Très pénible… Mais plutôt marrant aussi !

M.B. : On préfère en rire.

D.P. : C’était un long voyage… On est reparti pour Bruxelles juste après, c’était plus sympa !

M.B. : Oh oui ! On a vécu plusieurs moments complètement dingues sur la route.

  • Vous venez régulièrement jouer en France ; comparé à la Suède, est-ce plus sympa ?

M.B. : Oh oui ! Assurément plus sympa ! C’est toujours une joie de se produire ici, d’ailleurs cela fait trop longtemps qu’on ne l’a pas fait, cela nous manque ! Avec un peu de chance nous viendrons jouer ici à l’automne prochain !

Birdpen, « In the company of imaginary friends » (CD, Jar records, disponible)


Benzedrine / Photos Rahi Rezvani

 


Kankoiça
Koiki-ya